Les conservateurs face à la guerre d’Ukraine: une source de divisions?

Le fait que Giorgia Meloni ait tweeté son soutien à Zelenski et refuse, pour l'instant, de prendre Salvini dans son gouvernement peut être attribué à des motifs tactiques. Mais il nous rappelle aussi que les conservateurs, en Europe, sont assez profondément divisés sur l'attitude à avoir face à la guerre d'Ukraine

Un des motifs invoqués par Giorgia Meloni pour ne pas prendre Salvini dans son gouvernement est: “il est russophile”, comme le mettait en une la Stamap de mercredi 28 septembre (photo ci-dessus). Il y a bien entendu une part de tactique.  Cependant, le tweet adressé par Madame Meloni à Vladimir Zelenski ne s’invente pas: 

Cher @ZelenskyUa, vous savez que vous pouvez compter sur notre loyal soutien à la cause de la liberté du peuple ukrainiens. Restez fort et ferme dans votre foi”.  

Peut-on être vraiment conservateur et prendre parti pour l’Ukraine? 

Je conçois que, comme conservateur, on souhaite soutenir la Russie – la Russie de Vladimir Poutine est l’une des incarnations actuelles du conservatisme dans le monde. Je conçois aussi que l’on souhaite, comme conservateur, rester neutre dans le conflit, appeler à la fin des combats et à la négociation. C’est mon cas. Imaginons le Général de Gaulle face au conflit: il n’aurait eu de cesse de placer la France en position de médiatrice. 

En revanche, il me semble peu compatible, sur le fond, d’être conservateur et de prendre partie pour l’Ukraine. La guerre d’Ukraine a été largement voulue par cet Occident globaliste qui est tout ce que combattent les conservateurs. Comment ne pas voir la fédération, dans la puissante propagande pro-ukrainienne occidentale, de tout ce que les conservateurs détestent et combattent par ailleurs: le capitalisme de connivence porté à son paroxysme affairiste (voir Hunter Biden); l’idéologie de l’abolition des frontières (on reproche à la Russie de vouloir faire respecter sa souveraineté). La cause ukrainienne a même été récupérée par les marches des fiertés ! 

Quand on sait comme les couples occidentaux vont se faire faire des GPA en Ukraine, j’ai du mal à comprendre la cohérence de Madame Meloni. Mais elle n’est pas seule! Regardez comme la Pologne fait passer la lutte contre la Russie avant la solidarité entre conservateurs européens!  A un niveau individuel, suivez les comptes twitter d‘Anne-Elisabeth Moutet – qui semble vouloir être recrutée comme scénariste pour le prochain James Bond en semblant ignorer comme les scénarios des nouveaux épisodes deviennent woke. Ou celui de Gabriel Robin, qui poursuit de ses foudres tous ceux dont il pense que ce sont des amis français de Monsieur Poutine. Et j’ai personnellement un souvenir amusé du coup de fil reçu à quatre jours du premier tour de la présidentielle de la part d’un cadre de la campagne d’Eric Zemmour me demandant si je voulais bien ne plus envoyer de message au candidat pour lui recommander une attitude de neutralité face au conflit. Mon interlocuteur me rendait quasi-responsable d’un éventuel mauvais score du candidat mais je savais bien, au fond, qu’il parlait au nom de tous ceux, dans la campagne, pour qui il fallait soutenir l’Ukraine. 

Les raisons du tropisme pro-ukrainien de beaucoup de conservateurs européens 

Lorsque je cherche à comprendre le refus de prendre en compte la réalité effective de la “nation ukrainienne” – l’Ukraine a été en fait pendant trente ans un Etat (de plus en plus corrompu) auquel l’Occident, qui n’a jamais respecté l’aspiration à la neutralité de la société ukrainienne, n’a pas laissé le temps de devenir  une nation – j’en vois trois: 

+ l’influence très forte du conservatisme anglo-saxon. Or une partie des conservateurs anglo-américains croient que la Russie, c’est encore l’URSS.  Je prendrai un seul exemple. Un lieu commun du discours des Républicains américains pour justifier leur vision de la Russie actuelle, c’est le taux d’avortements en Russie. Or on ne peut pas imaginer marqueur plus clair de la désoviétisation de la Russie. Le nombre annuel d’avortements en Russie est en baisse régulière et forte: 

+ Deuxième raison. Le refus d’accepter de remettre en cause son propre conservatisme occidental – ancré dans le Moyen-Age catholique ou dans la tradition burkéenne – avec le conservatisme russe. Je donnerai un seul exemple. Le récit du “Grand Inquisiteur”  dans les Frères Karamazov a toujours agacé en moi l’historien disciple de Jean Dumont que je suis – l’Inquisition historique est une réalité infiniment plus complexe que ce que nous en dit la doxa cathodique (en particulier parce qu’elle reposait sur une procédure contradictoire). Surtout, Dostoïevski a l’air de réduire le catholicisme au phénomène de l’Inquisition. Mais une fois qu’on est entré dans le texte, quelle extraordinaire méditation sur la liberté, sur l’Eglise, sur la foi !  Un conservateur européen doit avoir conscience que l’Europe n’existe pas sans la rencontre du meilleur des cultures occidentale et russe orthodoxe! 

+ Troisième raison: le combat de la Russie pose sérieusement la question de la souveraineté. Or je suppose que beaucoup de conservateurs européens trouvent cela très confortable de se laisser “coucouner” dans l’UE et dans l’OTAN en s’auto-persuadant que ces deux modes d’organisation de l’Occident ne sont pas inéluctablement progressistes….

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23 commentaires
  1. Je crois que le dernier point est le plus fort : beaucoup de conservateurs européens sont si déshabitués de la souveraineté qu’elle les effraie au point de leur détester ceux qui, reproches vivants, assument encore une politique de puissance. C’est flagrant avec E. Zemmour.

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  2. Soit Mme Meloni manque de profondeur dans ses réflexions, ce qui explique l’incohérence de ses prises de positions, soit elle relève de l’opposition contrôlée. D’ailleurs, un vrai opposant au “système” peut-il être élu dans un grand pays de l’UE?
    Rien de tel pour calmer l’opinion publique que de la manipuler une fois de plus avec une opposition qui conteste les effets sans s’attaquer aux causes.
    Rappelez-vous: “mon ennemi, c’est la finance”…
    En France, les vrais opposants ne peuvent même plus concourir…

  3. et bah voilà, CQFD: la Meloni tant mise sur un piédestal par TOUS les médias parallèles est en train de montrer son vrai visage aux journalistes/chroniqueurs étrangers: elle fait partie du DS (un pantin comme tant d’autres), ne sortira pas de l’UE, n’arrêtera pas les aides pro Ukraine…elle sera juste le nouveau commandant du Titanic qu’emmènera le bateau au fonds de l’océan…et peu importe si de droite ou de gauche, conservateurs ou progressiste, néolibéral, écologiste: n’importe qui peut être “acheté” par le DP et devenir le fantoche médiatisé.
    Et, juste pour ajouter une couche, rappelez vous ce qu’elle affirmait concernant les vaccins, les pass nazitaires, les “non droits” des travailleurs non vaccinés… et j’en passe!
    Je me demande comme on peut, surtout aujourd’hui et avec les événements de ces deux ans Orwelliens, faire encore des analyses politiques quand toute la caste nous a montré que, peu importe l’orientation, leur nord est dicté par la “boussole de l’argent” ou “la boussole de la corruption” ou la “boussole des pots de vin”…

  4. Une Tsipras avec une perruque blonde. La dame a son rond de serviette dans les mêmes enclos que nos traitres déjà en place. Excusez-moi de gâcher l’ambiance, mais commencer par verser dans l’éloge énamouré du cocainomane bourreau du peuple ukrainien, c’est une drôle de façon de commencer à faire différemment. J’en suis à me demander si la zigounette de volodimir n’est pas magique pour tous et toutes les maraboutés.

  5. Le Fake, c’est d’affirmer que Meloni ne veut pas de Salvini… D’abord, l’Italie. Et avec Salvini, c’est ok. Mais pas à l’intérieur, son parti à lui est assez petit. C’est vous qui jettez le trouble chez les conservateurs…

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  6. Suite. Votre source, c’est la Stampa 😄 Pourquoi pas La Monde? Et Salvini et Meloni ont démenti. Mais je confirme Meloni est contre cette invasion russe.

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    1. surtout que “La Stampa” (comme beaucoup d’autres) ne sont que des médias de propagande a forte teneur d’intox… esclaves du DP
      Pour faire la comparaison (et pour que soit plus clair pour les lecteurs francophones) c’est un peu comme si j’écris un article et je cite comme source “BFM”…

  7. Je ne suis inféodé à personne, et j’ai déjà dit que je juge aux actes. Donc pour Méloni, j’attends. Quand à Salvini, il me rappelle qu’il a été dans le précédent gouvernement hétéroclite reniant de fait pas mal de ses engagements tout en contestant verbalement. Le résultat est là.

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  8. La majeure partie de l’article est intéressante mais prendre un angle attaque en partant de Meloni était inutile. Zelenski le Malin la félicite à 21h48, c’est peut-être le seul compliment qu’elle ait reçu de la part d’un ‘président’ en exercice. Elle saute sur l’occasion, sans voir la malice sous-jacente au tweet kiévo-MacKinsey, pour répondre à 22h44. Elle répond ‘poliment’ en ne se mettant pas à dos le Système financier globaliste. Erreur d’E. H. de mettre en valeur cet échange de tweets, erreur aggravée par l’usage d’une note de la Stampa piégeuse. La Stampa met ce mot comme Libération utiliserait ‘Russophile’ à sa une pour mettre à mort un ‘opposant’.
    Les conservateurs, les vrais, ne sont pas très divisés : Pas d’Ivg, pas de pilule, pas d’usage de QR code, … « Un pur trouve toujours un plus pur qui l’épure » me disait Henri Cazelles, sentence qui doit être connue et que j’ignorais à l’époque.
    En notre France, on ne dit pas du mal de Johnny, ni de l’IVG, ni de Zelensky. Ce sont des dogmatismes qui passent, bien sûr, mais ils sont ancrés dans la tête des prêtres-journalistes ou des politiciens-vauriens.
    De Gaulle, un ‘Cyr’, est le père d’Anne et a dû lutter contre les USA-dollar sans être un young-leader made in USA. On ne compare pas De Gaulle à Méloni ou inversement, question de rings et de poids. Donc : Article trop melting pot de E. H..
    On peut comprendre le désappointement de E. Husson. La désoviétisation n’est pas propre à la seule Russie, elle doit s’accompagner en France d’une désoviétotanisation de nos auto-élites matérialistes. C’est le matérialisme de ‘l’Occident collectif’ qui s’effondre sous nos yeux. Cela se déroule comme pour un terrain infiltré d’eau qui va s’effondrer en glissant sur la pente. Sainte Meloni ou saint E. Husson sont des initiateurs de failles pour faciliter ce glissement de terrain en le rendant mouvant. Regardez Jésus qui répond aux disciples qui s’offusquent des chasseurs de démons sans le Nom qui Sauve. Les conservateurs conservent l’avenir et essaient de n’être que des fers au feu dans les mains de l’archange Saint Michel. Les conservateurs sont du sel non affadi, pas de l’acide entre eux. Merci E. H. et merci Meloni, ‘Zemmour’, Poutine, les prolife américains, et les commentateurs du C. des Stratèges.

    1. Comme le général de Gaulle est cité dans l’article, je rappelle un point essentiel : de Gaulle n’était pas un conservateur ni un progressiste, il ne rentrait dans aucune des cases de son époque ni de maintenant. Catholique de tradition monarchique, il était de culture française, façonné par la civilisation française. POINT.
      Et puis, comme l’écrivait Georges Bernanos : “le conservateur conserve d’abord ses petits intérêts”.

    2. Claude le Vivant a écrit: _”Les conservateurs, les vrais, ne sont pas très divisés : Pas d’Ivg, pas de pilule, pas d’usage de QR code”_

      Vous vous moquez du monde, ce “conservatisme” là ne concerne 2% de la droite, les ultra-religieux qui ne sont plus qu’une poignée et nos sociétés ne crèvent pas de ça. La France des années 80 s’en sortait très bien socio-économiquement et était parfaitement vivable et durable (Pilule 1967: IVG 1989, mais avant les gens allaient en suisse).

      Notre pays crève de son énorme état socialo soviétoïde qui taxe et régule tout jusqu’à disparition complète de toute activité (62% du PIB, plus gros état au monde, la Suisse avec 35% s’en sort parfaitement comparativement.

      Cette taxation & régulation additionné du fonctionnariat est responsable de la disparition des bons salaires, des emplois, de l’artisanat, des petits commerces et du fait qu’une famille ne peut plus vivre d’un seul revenu, donc baisse de natalité.

      Il crève aussi de l’immigration du sud, la encore la démocratie directe a fait voter “non à l’immigration massive” au peuple en Suisse. Évidemment, les fonctionnaires gauchistes et juges font tout pour en ramener, mais c’est incomparable avec la France qui devient littéralement un pays communiste d’Afrique.

    1. Ce n’est pas certain. Quand elle aura trouvé la solution de faire partir les bases militaires américaines de son pays, alors, elle aura gagnée. Et s’évitera que ses électeurs se soient faits bananés une fois de plus par des politiciens marrons. Et dire qu’elle “soutient” l’Ukraine me semble être une tactique politique pour savoir qui chez elle, en Italie, est ukrainophile, donc de qui se méfier.

    2. Oui, c’est ce que je pense.
      Elle va négocier des droits dérogatoires auprès de la Commission, grâce au poil à gratter qu’elle représente sur l’échiquier politique européen : l’Italie, vu sa situation financière ne peut faire cavalier seule.
      Même si elle le voulait, qui serait son chevalier blanc ?

      D’autres pays feront de même, ce qui fait que le “machin” continuera, cahin-caha, pour notre plus grand malheur.

  9. C’est beau de voir l’espoir renaître après chaque élection ici ou là
    C’est là qu’on se dit que tout n’est pas perdu
    Patientons et nous verrons bien
    Le rouleau-compresseur pendant ce temps continue d’écraser calmement, lentement les libertés et les soit disant démocraties
    Certainement un jour il faudra arrêter de partager des messages pour ou contre sur ce site et d’autres et aller sur le terrain pour matériellement se mouiller et se battre
    Ce n’est pas encore le moment, il y a encore de la viande rouge dans l’assiette, du vin et netflix mais un jour…

  10. Lisez ” Il Giornale”, “Il resto del Carlino”, “Il Corriere”, “Il Messaggero”. Ne vous laissez pas intoxiquer.
    Meloni ne tiendra pas un an !
    Salvini s’est totalement déconsidéré, il ne mérite même pas un poste de garde-champètre.
    Retour très rapide de l’Italie à la merveilleuse “sociale-démocratie” dont le Partito Democratico – repaire d’affairistes, de démo-chrétiens archi corrompus, de crypto communistes, d’atlantistes – est le nombril.
    Les italiens : “Torniamo da capo” !
    Peccato per l’Italia e anche per la Francia.

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