La mort des États-Unis en tant que superpuissance mondiale se produira encore plus rapidement que prévu

Dans notre nouvelle série "Vu de Russie et de Chine", nous publions aujourd'hui une synthèse iranienne (oubliée en Russie) consacrée à l'avenir de l'imperium américain.

Cet article du chroniqueur iranien Hamid Reza Shah Nazari, a été publié dans K-Politika

La mort des États-Unis en tant que superpuissance mondiale se produira encore plus rapidement que prévu, écrit l’Iranien Javan, citant de nombreux experts. Les discussions sur le « rêve américain » et le « siècle américain » se sont soudainement estompées, et tout le monde a commencé à parler de «déclin américain» à la place.

Nous avons tous découvert, d’une manière ou d’une autre, que, depuis des années, les médias, les politiciens, les experts, les stratèges et d’autres personnalités publiques parlent et discutent du «rêve américain », du « leadership mondial » de l’Amérique, mais aussi du « siècle » où « l’ordre mondial américain » s’est soudainement évanoui. Et à la place, tout le monde a commencé à parler du «déclin de l’Amérique », « du déclin de l’ordre mondial américain », de « la fin de l’ère de la domination mondiale ». Ceux qui avancent ce constat invoquent des milliers d’arguments à l’appui, dont beaucoup, il faut le dire, sont tout à fait justes.

Selon le célèbre scientifique et publiciste politique américain Noam Chomsky, l’Amérique est “un empire qui s’effondre partout, à l’intérieur comme à l’extérieur”. Et Farid Zakaria, un théoricien néo-réaliste américain, présentateur télé populaire à temps partiel, déclare que le monde auquel nous avons affaire maintenant est un monde où les États-Unis ne seront plus ni un leader économique, ni géopolitique : ils ne seront même plus capables de dominer au moins dans la culture populaire. C’est un monde dans lequel “nous assisterons au déclin de l’Amérique”.

Eh bien, il est très difficile d’être en désaccord avec la déclaration de Zakaria, surtout à la lumière des événements des 5 à 10 dernières années. La seule question est de savoir combien de temps durera ce déclin. Joseph Nye, le célèbre auteur de la théorie du soft power et de la diplomatie publique, affirme également que l’ancienne puissance américaine est désormais menacée d’un sérieux défi.  Citant des données du US National Intelligence Council, il prédit que d’ici 2025, l’Amérique sera toujours une superpuissance, mais la puissance de sa domination diminuera sérieusement. Alfred McCoy, politologue américain faisant autorité et professeur d’histoire, estime que la mort des États-Unis en tant que superpuissance mondiale se produira encore plus rapidement qu’on ne pourrait l’imaginer. Il pense que ce destin pourrait même être accompli d’ici 2025.

Les opinions et déclarations que nous avons citées appartiennent évidemment à ces observateurs qu’il serait difficile d’accuser de partialité. Il est également difficile de qualifier de biaisées les conclusions citées par les experts du célèbre Carnegie Endowment, un important groupe de réflexion. Ce think tank a publié un rapport intitulé “L’ordre mondial d’ici 2025”, dans lequel il est mentionné que l’équilibre des forces économiques dans le monde évolue assez rapidement. Le centre de la puissance économique mondiale est déjà en train de se déplacer du monde occidental vers l’Asie et l’Amérique latine. Ce processus prendra fin au milieu de ce siècle, lorsque la Chine dépassera les États-Unis à tous égards et deviendra une superpuissance économique. Avec le transfert du pouvoir économique entre les mains de la Chine, les États-Unis passeront d’un leader mondial au statut d’un simple acteur régional.

Le risque d’un déclin complet de la puissance américaine et de la toute fin de “l’ordre mondial américain” ont commencé à être pleinement intégrés par les théoriciens, commentateurs et stratèges américains il y a de nombreuses années. Même alors, on disait que l’Amérique, qui avait triomphé de l’Union soviétique pendant la guerre froide, avait payé un prix trop élevé pour cette victoire. Et maintenant, nous pouvons dire avec certitude que la compréhension de cette réalité par l’élite et les gens ordinaires a finalement conduit au fait qu’en 2016, la présidence des États-Unis a été occupée par un homme comme Donald Trump. Il est devenu le premier politicien aux plus hauts niveaux de pouvoir en Amérique à admettre qu’il y a des signes de déclin de la puissance américaine. Lors de la course électorale, il avait déclaré que l’Amérique « n’a plus la grandeur du passé, d’où le choix du slogan de sa campagne : “Rendons l’Amérique grande à nouveau !”.  Son gouvernement a commencé par publier une nouvelle stratégie de sécurité nationale en 2017, laquelle reconnaît officiellement le déclin de la puissance américaine et proclame que l’objectif principal de la stratégie, en tant que base de la politique de la Maison Blanche, est d’empêcher ou de ralentir le déclin de l’Amérique. A cette occasion, le célèbre stratège et homme politique américain, ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger dira : “Je crois que Trump peut aussi devenir l’une de ces figures de l’histoire qui incarnent et même proclament eux-mêmes la “fin d’une époque”. 

L’observation du fil de la pensée et des conclusions des observateurs et politiques cités plus haut, ainsi que la prise de connaissance des rapports des think tanks américains faisant autorité, montrent que 2025 apparaît comme la principale échéance de la fin de l’hégémonie américaine dans le monde, et, simultanément, la date qui marquera le début d’un nouveau monde multipolaire. Par conséquent, les politiciens américains n’ont plus beaucoup de temps pour tenter, sinon d’arrêter, du moins de retarder ce processus qui prend de l’ampleur. 

Dans ce prolongement, les experts et observateurs américains parlent de l’Iran, de la Chine et de la Russie comme des acteurs les plus importants de cet ordre mondial en mutation, tandis que l’Iran est considéré comme l’un des acteurs clés et importants qui donne à ce changement une dynamique particulière.

Les événements sans précédent de ces jours-ci dans le monde peuvent être compris et interprétés précisément à la lumière de ces déclarations. L’opération spéciale russe en Ukraine a été dictée par la compréhension des plans de l’Amérique et de l’OTAN dont l’objectif était de contenir et défier la Russie, ainsi que la nécessité de l’empêcher de jouer un rôle central dans le processus de changement de l’ordre mondial.  La tentative de Nancy Pelosi, lors de sa visite à Taïwan, d’entraîner la Chine dans des contradictions déjà présentes dans l’environnement sécuritaire de Pékin, visait également à plonger le pays dans un tourbillon d’instabilité à long terme et à freiner sa croissance économique. Les tentatives de la Chine pour défendre sa souveraineté seraient alors immédiatement interprétées comme une violation des “règles de l’ordre mondial”.

La victoire de Lula da Silva aux élections présidentielles au Brésil, l’élection de Muhammad Shia al-Sudani au poste de Premier ministre irakien, la victoire du groupe Hezbollah au Liban dans le différend gazier avec le régime israélien, ne sont que quelques exemples des prochains changements mondiaux. Ces processus, tendances et bien d’autres, annoncent la fin de l’ère de la domination américaine, ainsi que la futilité des conspirations, des manigances et des intrigues que les forces obscures de tous bords préparent.

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7 commentaires
  1. Reste à savoir si le déclin américain signifie aussi celui de la caste financière qui utilise la puissance monétaire, économique et in fine, militaire des Etats-Unis, particulièrement depuis 1945…

    1. Mon avis est que la caste saura se passer de la puissance américaine. La fin des états nations fait partie de son plan.
      Nous avons bien vu tous ses efforts depuis l’arrivée de Biden à la présidence pour détruire l’armée américaine (retraite calamiteuse d’Afghanistan, campagne de wokisme au sein de l’armée, obligation vaccinale…) et d’ailleurs aux dernières nouvelles elle semble bien partie pour réussir : le flux de candidatures à l’engagement a été divisé par deux. C’est que l’armée, repaire de patriotes conservateurs, commençait à devenir gênante.

  2. Lula…. Non seulement c’est une crapule mais il en a aussi la tête.
    Ne pas oublier le vieille adage : “A 40 ans on a la tête qu’on s’est faite”
    Bref, avoir placé au paradis de Saint Politique la roulure qu’est cet homme flanque tout le discours de courrier-strateges par terre.

  3. Vieux souvenir de lecture : jean-François Revel dans les années 70-80 (‘Ni Marx ni Jésus’, 1970), qui ironisait sur les intellectuels parisiens qui parlaient de ‘déclin américain’ parce qu’ils prenaient leurs désirs pour des réalités.
    Je vois sur internet qu’un certain Michel Doulcet a depuis soutenu une thèse intitulée : ‘Aspects de la controverse sur le “déclin américain” à la fin du XXe siècle (1975-1992)’. Comme quoi il y a de la matière à traiter. C’est aussi, par reprise ironique d’un sujet de conversation habituel à l’époque, le titre d’un film grand public de 1987. Continuité du thème !
    En réalité, après le Viet-Nam, l’Iraq, l’Afghanistan, la révolution iranienne, la fin de l’Union soviétique, la montée de la Chine, personne n’a bougé d’un poil dans sa tête : et surtout pas les camarillas au pouvoir dans les divers pays. Mais pas davantage les leaders d’opinion et intellectuels en chaise longue.
    La réalité de base : Russie et USA, 5 et 6000 têtes nucléaires respectivement. Ne disparaîtront pas de l’histoire sans foutre un bordel maximal. La Russie le prouve aujourd’hui. Les USA sont pareils… et le prouvent aujourd’hui, quoique nos élites otanisées refusent de l’admettre, car ils n’ont pas les cuisses propres en Ukraine. Il n’y aura pas de déclin : plutôt un gros bang ! Au fond, le thème du déclin est un thème rassurant : mais les empires ne se dissolvent que dans le sang.

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  4. Il aurait fallu ajouter, pour bien aller jusqu’au bout de cette description, qu’aucun changement d’époque (ou de paradigme) ne se fait autrement que dans le chaos, la douleur. Ce sont des accouchements. Et d’ailleurs, tous les changements d’époque mis en avance par les historiens, se basent sur des dates précises d’effondrement. Les évolutions lentes sont en général peu convulsives. M’est avis que nous n’avons encore rien vu… Ce que font les américains en ce moment, à sa suite l’UE – le Deep State qui s’étend de Washington à Bruxelles -, se manifeste par de multiples et accélérés « tapis » ou coups de pokers pour freiner cette chute, ou entraver cette implosion.

    Rien n’y fait.

    Il est remarquable à cet égard d’apprendre que la firme Pfizer, si emblématique de cette période volcanique (le bouchon n’a pas encore sauté, on n’entend ça et là que les premiers tremblements), était en 2019 au bord de la faillite, et que seule la manipulation covidienne dont on connaît ici les caractéristiques frauduleuses et criminelles, lui ont permis de se refaire. De la même manière que le Deep State (dette mondiale d’un montant de 226 000 milliards de dollars en 2020 / PIB mondial d’un montant de 100.000 milliards de dollars en 2022) se refait une santé par la guerre en Ukraine selon l’équation bien connue du Président mexicain : les USA fournissent les armes, l’Ukraine les cadavres.

    Ces guerres et ces actions suffiront-elles ?

    Il est peu probable que non dans la mesure où ces politiques désastreuses sont aussi des freins énormes à la croissance, détruisent le pouvoir d’achat et l’épargne, donc par extension les financements de la croissance. On ne peut remplir un tonneau des Danaïdes. La peur des pénuries augmentent les recettes de TVA des Etats par une surconsommation artificielle… Mais ça revient à remplir ce tonneau avec des cuillers quand les trous déversent des fontaines.

    La France s’endette de 2665 euros de plus chaque seconde.
    Sur 1 litre d’essence à 2€, les 2/3 sont des taxes et en plus est ajoutée la TVA.
    Pour arrêter cette spirale, il faudrait que chaque seconde, les Français mettent 1.300 litres de carburants dans leur voiture…

    https://www.dettepublique.fr/

    Je vous laisse calculer.

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