M. Bankman Fried, escroc professionnel et ami du Parti démocrate – par Yves-Marie Adeline

M. Bankman Fried, escroc professionnel et ami du Parti démocrate – par Yves-Marie Adeline


Partager cet article

Yves-Marie Adeline nous rappelle opportunément que nous vivons une époque néo-balzacienne: il y manque juste le romancier qui décrirait la tératologie moderne de ces caractères excessifs capables de faire s''écrouler l'ordre, non plus, d'une seule nation, mais de la planète.

Si vous écrivez vous-même sur des lignes électroniques un chiffre correspondant à une valeur crypto-monétaire échangeable en monnaie, mais sans aucune richesse concrète derrière le chiffre, que faites-vous ? De la fausse monnaie, ou plutôt de la fausse crypto-monnaie, elle-même en principe convertible en monnaie. C’est exactement ce qu’a fait Sam Bankman Fried, patron de FTX, la deuxième plus importante plate-forme de trading de crypto-monnaie, pesant il y a quelques jours encore 32 milliards de dollars, mais loin derrière son concurrent Binance, pesant 300 milliards de dollars, soit trois fois le système bancaire français.

Personnage pour un Balzac de notre temps

Sam Bankman Fried – au nom prédestiné : le banquier grillé – avait tout pour plaire à tout un monde à la mentalité d’adolescent dans lequel nous vivons : génial diplômé en mathématiques du MIT, mais toujours en short et en maillot, cultivant son profil jeune, démocrate bien sûr et même deuxième financeur du parti de M. Biden, et naturellement multimilliardaire, car il n’y a que cela qui compte en définitive pour ce genre d’adolescent « cool », comme on dit.

Plus réalistement, c’était un escroc, un jeune escroc de trente ans au visage de poupon attardé, mais un escroc tout de même, amateur de la bonne vieille recette de l’escroquerie aux investisseurs, la pyramide de Ponzi, consistant à utiliser l’argent des clients pour rémunérer des dépôts à un taux invraisemblable de 18%, en prenant à Pierre pour donner à Paul.

Sa plate-forme FTX s’adossait à un fonds qu’il possédait également, Alameda, supposé garantir la capitalisation, alors qu’en réalité, ce fonds n’était pas solvable, ne possédant que deux milliards de dollars réels. Qui plus est, l’investisseur, n’ayant pas la clé de son dépôt, demeurait otage de la plate-forme, négligeant l’avertissement classique : no key, no money !

Banqueroute

Après l’annonce de cette insolvabilité par son concurrent Binance, on a assisté à une panique bancaire que l’on appelle en français banqueroute, et en anglais bankrun, une expression dont il faut reconnaître qu’elle est plus expressive encore : je cours au guichet, fût-il virtuel, pour retirer mon dépôt. Or, il n’y avait de conversion disponible que pour servir un déposant sur mille… En quelques heures, FTX s’est effondré, entraînant dans sa chute non seulement des comptes de particuliers – parfois leurs économies de toute une vie – mais en outre des fonds de pension, comme par exemple le fonds des retraites de l’Ontario, et qui encore ? C’est cela qui fait peur.

Car en effet, si l’on en était resté à un écosystème des crypto-monnaies, on aurait pu penser que cette crise n’aurait été qu’une purge, dont les seules victimes eussent été ceux qui ont voulu faire de l’argent facile. Mais à l’occasion de cette crise, on s’aperçoit que le système bancaire est entré dans cet écosystème, de sorte que l’on peut craindre qu’il en sorte contaminé.

Un obsédé de l’anti-trumpisme

Ainsi vient ressurgir le spectre de 2008, et comme toujours, depuis un secteur que l’on soupçonnait moins que les autres. On a pensé à la bulle boursière mondiale, on a pensé à la bulle immobilière chinoise, mais c’est peut-être du monde du bitcoin qu’une crise va venir. Attendons les jours prochains.

Attendons aussi la réaction des politiques. A l’heure où ces lignes sont écrites, le jeune Bankman Fried est encore aux Bahamas… Il semblerait que les Etats-Unis songeraient à demander son extradition, ce qui ne devrait pas être difficile. Mais il est possible que des considérations politiques interfèrent dans la procédure policière, puis judiciaire : Bankman Fried avait promis 500 millions de dollars pour le financement de la prochaine campagne démocrate visant à empêcher M. Trump de revenir. Des rumeurs courent sur des dépôts qui auraient été effectués sur FTX avec de l’argent occidental envoyé en Ukraine pour soutenir l’effort de guerre américain… Il serait dommage que M. Bankman Fried connaisse le sort de M. Epstein, opportunément suicidé avant d’avoir pu parler autant qu’on l’aurait souhaité.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
La CAF se trompe, c'est vous qui remboursez

La CAF se trompe, c'est vous qui remboursez

La CAF peut verser des prestations à tort à la suite d’une erreur de calcul, de saisie ou de traitement. Mais lorsque l’erreur est découverte, la facture revient à l’allocataire : le droit à l’erreur protège contre certaines sanctions, pas contre le remboursement de l’indu. Une asymétrie administrative qui interroge, surtout lorsque l’usager affirme avoir correctement signalé sa situation. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin.


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Fonds de relance européen: après les fraudes, Bruxelles allège les contrôles
Photo by Guillaume Périgois / Unsplash

Fonds de relance européen: après les fraudes, Bruxelles allège les contrôles

Présenté en 2020 comme un geste historique de solidarité européenne, le plan NextGenerationEU repose sur une dette commune dont le remboursement pèsera aussi sur les contribuables français. Or, après plusieurs affaires présumées de fraude, Bruxelles veut encore simplifier les procédures d’audit de la Facilité de reprise et de résilience (FRR), au moment même où les contrôleurs européens alertent sur les limites du dispositif. Le problème n'est pas nouveau, il est structurel. LE COURRIER


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Six jours sur un brancard : bienvenue aux urgences d’Orléans

Six jours sur un brancard : bienvenue aux urgences d’Orléans

Une femme de 85 ans, ancienne élue municipale d’Orléans, affirme avoir passé six jours consécutifs sur un brancard aux urgences du CHU d’Orléans, mi-juillet 2026. Auprès de franceinfo, elle décrit « un enfer ». Cette situation révèle, mieux qu'un rapport de la Cour des comptes, l'éffondrement d'un système que la France s'obstine à présenter comme un modèle mondial. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'act


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany