Ivre de lui-même, l’Occident est pris de « delirium tremens », par Florent Machabert

Ivre de lui-même, l’Occident est pris de « delirium tremens », par Florent Machabert


Partager cet article

Cette semaine, nous nous prenons un gros coup derrière la tête : la BCE souhaite généraliser le recours aux taux variables pour financer les prêts immobiliers ! Oui, vous avez bien lu. Cette décision va totalement à l’encontre de la tradition française du secteur bancaire. En effet, contrairement par exemple au Royaume-Uni, nous nous distinguons des autres pays européens par nos efforts à proposer des taux d’intérêts fixes aux ménages qui font leurs acquisitions immobilières. Cependant, la Banque centrale européenne pique sa crise : dans un contexte de taux de crédits plafonnés par le taux d’usure, elle encourage à présent les banques de second rang (qui ne sont décidément plus que les courroies de transmission, ou les filiales, de Francfort) à proposer à nouveau des crédits à taux variables et l’on commence déjà à observer leur retour ! Ce type de crédit,  généralement indexé sur le taux de crédit bancaire EURIBOR, permet en effet aux banques d’engranger davantage d'intérêts au gré du resserrement monétaire des banquiers centraux européens.

En privilégiant les taux fixes, les banques françaises avaient en effet vu fondre leurs marges, les taux de refinancement auprès de la BCE dépassant souvent les taux d’intérêt pratiqués en prêtant aux particuliers. Néanmoins, les banques compensaient déjà, bien évidemment, ces pertes par d’autres sources de revenus. Pour le dire vite, tant qu’un taux est fixe, ce sont les banques qui assument l’essentiel des risques liés à l’octroi de crédit immobilier (on parle de financement intermédié). La vraie révolution qu’est donc en train d’impulser la BCE est que ce retour des taux variables transfère le risque aux emprunteurs, ce qui peut in fine s’avérer très dangereux pour la stabilité du système financier, surtout par temps, et nous en traversons un, de remontée rapide du taux directeur. Christine, gare à l’effet boomerang !

Le chiffre de la semaine

30 $

L’UE doit interdire la quasi totalité des importations de pétrole russe dans l’Union lundi prochain, mesure qui devrait être couplée à un plafonnement international du prix des exportations russes. Cependant, à quelques jours de l’entrée en vigueur de ces mesures, l’ensemble des États-membres ne s’étaient pas encore mis d’accord sur le prix-plafond. L’Union européenne a travaillé le dossier avec les pays du G7, lesquels ont plaidé pour un plafond de 65 à 70 $ le baril. Nous apprenons au moment de conclure ce 21ème Hebdo que l’UE valide finalement un plafond à 60 $, de nature à « favoriser l’efficacité de [son] embargo ». Mais l’UE sait-elle que tout mécanisme empêchant la flexibilité des prix, à la baisse comme ici à la hausse, engendre immanquablement déséquilibres, désajustements, ruptures des chaînes d’approvisionnement, pénuries et rationnements sur les marchés ? Sait-elle qu’elle se meut insensiblement en « UERSS » ?

Afin tout à la fois de permettre au pétrole russe de continuer à circuler tout en réduisant la capacité de Moscou à financer son opération spéciale, les Polonais avaient proposé un plafond à 30 $. On se demande pourquoi certains n’ont pas proposé un seuil à zéro. Je ne sais pas vous, mais je les trouve timides en ce moment nos eurocrates…

La déclaration de la semaine

« Les investissements sont la clé d’une future reprise économique rapide et efficace de Kiev. » Yuliia Svyrydenko

Cette semaine le gouvernement ukrainien, par l’intermédiaire de son ministre de l’Économie, Yuliia Svyrydenko, a annoncé avoir donné carte blanche à BlackRock (dont nous parlons ici) pour gérer tous les investissements futurs dans le pays ! Cet accord prévoit notamment le développement « d’une plateforme spéciale visant à attirer des capitaux privés pour la reprise et le soutien de l’économie ukrainienne », laquelle devrait se concentrer sur la mobilisation des investissements dans quelques secteurs clés.

D’après nos informations, cet accord, signé nuitamment à Washington DC, autoriserait directement le plus gros gestionnaire d’actifs au monde à consulter le ministère de l’Économie ukrainien pour bâtir une feuille de route aux fins d’attirer des investissements publics et privés en Ukraine. Une telle proximité rend vraiment invraisemblable la rumeur selon laquelle le même gestionnaire pourrait avoir son mot à dire dans la collecte, en France cette fois, des cotisations Agirc-Arrco.

L’actif de la semaine

Assurance-vie : stop ou encore ?

Dans le dossier 11 à paraître dimanche 4 décembre, nous vous proposons un tour d’horizon complet du « placement » préféré des Français après l’immobilier : le contrat d’assurance-vie. Nous faisons le point sur la fiscalité, les alternatives à l’étranger et répondons clairement aux questions qui vous taraudent et auxquelles votre assureur-vie ne répond jamais (et pour cause) : à quelles menaces réelles votre contrat est-il exposé en 2023 ? faut-il le clôturer ? si oui, pour faire quoi ? si non, comment l’aménager ? Alors que la décollecte nette du mois d’octobre atteint 300 M€, les Français semblent enfin avoir compris.

Un indispensable à retrouver dans la boutique, accompagné de la première édition du « Baromètre Machabert » qui dresse un premier bilan, plus qu’encourageant, des performances de toutes les positions recommandées au fil des dossiers.

Retrouvez nos dossiers bimensuels de sécession patrimoniale dans la boutique :

  • le N°1 consacré aux différentes classes d’actifs pour traverser la stagflation ;
  • le N°2 sur l’or-investissement ;
  • le N°3 sur les métaux blancs ;
  • le N°4 sur les matières premières ;
  • le N°5 sur l’art-investissement ;
  • le N°6 sur le non coté ;
  • le N°7 sur les devises étrangères ;
  • le N°8 sur les actions françaises ;
  • le N°9 sur les cryptoactifs ;
  • le N°10 sur les obligations souveraines étrangères.

Le N°11, à paraître le 04/12, fera le point sur l’un des placements préférés des Français : l’assurance-vie.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
ALERTE : au-delà de l'attentat contre Trump, l'échec des pourparlers de paix à Islamabad? par Elise Rochefort

ALERTE : au-delà de l'attentat contre Trump, l'échec des pourparlers de paix à Islamabad? par Elise Rochefort

Alors que les regards sont braqués sur Washington après la tentative d'assassinat contre Donald Trump survenue samedi soir, un événement aux conséquences géoéconomiques plus lourdes s'est déroulé simultanément à des milliers de kilomètres de là. L'échec brutal du second cycle de pourparlers de paix à Islamabad marque la fin des espoirs de désescalade entre les États-Unis et l'Iran, ouvrant une période d'incertitude majeure pour les marchés mondiaux. Le choc de Washington : Trump évacué du dîne


Rédaction

Rédaction

Pourquoi l'asphyxie mondiale impose une stratégie d'épargne « Barbell » (Guide mis à jour à télécharger), par Vincent Clairmont

Pourquoi l'asphyxie mondiale impose une stratégie d'épargne « Barbell » (Guide mis à jour à télécharger), par Vincent Clairmont

Le monde vient de basculer dans une phase d'usure économique totale. Ce samedi 25 avril 2026, l'espoir d'une désescalade diplomatique s'est évaporé avec le départ précipité d'Islamabad du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. En refusant de rencontrer les émissaires de Donald Trump après la mise en place du blocus naval américain le 13 avril, Téhéran a acté la rupture. Pour les épargnants, le message est limpide : la prime de risque géopolitique ne se dégonflera pas. Au cont


Rédaction

Rédaction

Où en sont les BRICS , vu des BRICS ? par Thibault de Varenne

Où en sont les BRICS , vu des BRICS ? par Thibault de Varenne

Aujourd'hui, Thibault de Varenne fait un panorama de l'état des BRICS, sans propagande et à partir des sources des BRICS... L'évolution du groupement des BRICS, entre 2024 et 2026, marque une transition historique d'un forum de concertation économique vers une structure de gouvernance mondiale institutionnalisée. Ce processus, décrit par les sources moscovites, pékinoises et téhéranaises comme l'émergence de la « Majorité Mondiale », ne se limite pas à une simple expansion géographique, mais co


Rédaction

Rédaction

L'humeur de Veerle Daens : dommage, Zelenski n'a pas volé de Cézanne...

L'humeur de Veerle Daens : dommage, Zelenski n'a pas volé de Cézanne...

Ah, quelle déception! On l’imaginait déjà, notre « héros de la démocratie » en t-shirt kaki, gérant ses milliards d’aide internationale entre deux visioconférences, avec, en arrière-plan, le chic absolu du recel d’art impressionniste : un tableau de Cézanne volé il y a quelques années. Quoi de plus libertarien, après tout, que de voir un chef d’État s’approprier ce que l’État italien n'a pas su protéger? Hélas, la réalité est bien plus banale, et surtout bien plus russe. Un tableau volé de Céza


CDS

CDS