Comment les chaînes mainstream truquent les débats télévisés pour orienter l’opinion

Comment truquer un débat télévisé? Durant la trêve des confiseurs, LCI m’a invité à deux débats qui portaient sur les Gilets Jaunes. C’était l’occasion d’observer comme on influence l’opinion en truquant les échanges entre participants.  

Au début, je ne voulais pas y participer: je n’aime pas jouer le rôle de bouche-trou du 24 décembre, et la télévision me saoule passablement. Mais LCI a insisté pour que je vienne préparer le réveillon de Noël entre 18h et 20 heures en studio. Alors j’ai dit oui!

Bien mal m’en a pris! Le sujet portait évidemment sur les Gilets Jaunes. Nous étions cinq en plateau, dont un Gilet Jaune sorti de je ne sais où, et qui n’est pas resté jusqu’à la fin. 

Du début à la fin, l’opération était montée pour décrédibiliser le mouvement sans aucune forme d’honnêteté intellectuelle. Voici comment. 

Comment truquer les débats télévisés

Première astuce: le timing de l’émission est découpé grossièrement en trois phases. Les premières quarante-cinq minutes étaient consacrées à la question des Gilets Jaunes et de la violence. Les trente minutes suivantes étaient consacrées à leur antisémitisme. Ce séquençage permettait bien entendu d’occulter tout débat sur des sujets pourtant au coeur du mouvement, comme le référendum d’initiative citoyenne, et de le centrer sur les côtés les plus négatifs du mouvement. 

Pour mener cette opération à bien et en bonne et due forme, la présentatrice ajoute une autre astuce: elle distribue la parole dans un ordre bien établi, et aiguillonne les échanges en relançant avec des questions parfois lunaires. De cette façon, un intervenant peut argumenter dans un sens et son “opposant” ne peut lui porter directement la contradiction parce qu’il est relancé sur une question nouvelle. 

Ces ficelles permettent de dégager, en bout de course, le sentiment que la chaîne décide à l’avance.

Pour corser le tout, le présentateur ou la présentatrice peut “ramasser” un intervenant en l’obligeant à réagir à chaud sur une question à laquelle il n’est pas préparé.

C’est ce qui s’est passé avec le Gilet Jaune qui était présent sur la plateau: l’ancien ministre Le Guen a pu le “charcuter” frontalement sur des questions hyper-techniques qui nourrissaient le sentiment que la compétence affrontait l’ignorance. La présentatrice, qui encadrait soigneusement les débats, a délibérément laissé Le Guen faire son oeuvre de porte-flingue pour la plus grande satisfaction de la chaîne. 

Au passage, le Gilet Jaune sur le plateau présentait la particularité de ne pas participer aux manifestations, ni d’avoir le moindre mandat de représentation. Son manque total de rhétorique m’a conduit à me demander, d’ailleurs, s’il était vraiment un Gilet Jaune…

Refuser les parodies

Lorsque Le Guen a commencé à l’éreinter, je me suis interposé, et ce geste m’a valu de nombreux témoignages de soutien sur Internet. La chaîne m’a alors proposé de revenir le samedi 29 décembre pour un nouveau débat. 

Arrivé sur le plateau, je me suis aperçu que l’opération sentait l’enfumage et que les intentions n’étaient pas claires. Nous devions être quatre sur le plateau, mais il y avait finalement six invités. La chaîne m’a proposé d’occuper la place traditionnellement dévolue aux invités qui ne finissent pas l’émission. 

En particulier, la chaîne avait invité, sans me prévenir, Jean-François Kahn. Tout cela sentait le renforcement d’artillerie pour ne surtout pas donner une prééminence aux “pro-Gilets Jaunes”. Inviter trop d’intervenants dans une émission permettait en effet de mieux tenir les débats. 

Plutôt que de me prêter à cette mascarade, j’ai préféré partir…

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