1 octobre 2020

Le courrier des stratèges

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Partout dans le monde, le chômage des arabo-musulmans bat des records

La question du chômage des arabo-musulmans est souvent occultée, faute, en France, de statistiques ethniques. Mais le rapport de l’OCDE sur les migrations s’affranchit de cette contrainte et donne des statistiques tout à fait saisissantes sur la question. Nous reproduisons ici le tableau comparant les taux d’emploi et les taux de chômage dans l’OCDE par région d’origine. Ce document peu soupçonnable d’être produit par la fachosphère mérite quelques commentaires factuels.

 

L’intérêt majeur de ce tableau est de comparer, région du monde par région du monde, le taux de chômage « ethnique », c’est-à-dire le taux de chômage selon l’origine des communautés. Le tableau permet aussi de comparer ce taux de chômage à celui des personnes nées à l’étranger dans le pays en question, à celui des autochtones.

Le chômage des étrangers et l’anomalie américaine

Premier point : partout dans le monde, le taux de chômage des étrangers est supérieur à celui des autochtones, sauf aux Etats-Unis. En 2018, les Américains d’origine connaissaient un taux de chômage supérieur de 0,6 point à celui des étrangers installés Outre-Atlantique. Ce différentiel était de 0,7 point cinq ans plus tôt.

Dans le reste du monde (sauf en Australie qui a inversé la tendance depuis 2013), le taux de chômage des autochtones est systématiquement inférieur à celui des étrangers. Dans l’UE, ce différentiel atteignait près de 7 points en 2013. Il est de près de 5 points en 2018.

Il est vrai qu’en Australie comme au Canada, la différence entre les taux de chômage des autochtones et des étrangers est moins forte. On peut avoir ici l’indice d’une plus grande fermeture des marchés de l’emploi sur le Vieux Continent.

Européens et Américains champions mondiaux de l’intégration

Partout dans le monde, ce sont les Européens et les Américains qui détiennent les meilleurs taux d’emploi et de chômage. S’agissant des Européens, c’est paradoxalement en Europe qu’ils sont les moins employés.

Cette « mauvaise performance » souligne que le chômage en Europe n’obéit pas à des considérations raciales ou ethniques. Nous y reviendrons. Dans tous les cas, les Européens sont les champions du travail en Australie, avec un taux de chômage de 4% seulement, contre près de 5,5% pour les Australiens.

Les Américains sont pour leur part champions du taux d’emploi.

Les arabo-musulmans champions mondiaux de l’exclusion

Inversement, partout dans le monde, les groupes ethniques d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient cumulent les taux d’emplois les plus faibles et les taux de chômage les plus élevés.

  • En Australie : le taux d’emploi de ces groupes est inférieur de 25 points à la moyenne des autochtones, et leur taux de chômage est le double de celui des autochtones.
  • Au Canada : les personnes issues du Moyen-Orient ont le taux d’emploi le plus faible, immédiatement suivi par celles venues d’Afrique du Nord, et ont le taux de chômage le plus élevé (quasiment deux fois celui des Etats-Uniens). On notera que trois groupes se distinguent, au Canada, par leur taux de chômage élevé: les personnes issues du Moyen-Orient, mais aussi celles d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne.
  • Aux Etats-Unis, la dispersion des populations est différente et complique les comparaisons. On peut toutefois noter que les populations originaires d’Afrique y ont le taux de chômage le plus élevé (avec celles des « autres régions ») et que ce taux atteignait pratiquement les 10% il  a cinq ans.
  • Dans l’Union Européenne, les populations d’Afrique du Nord ont un taux de chômage inégalé, supérieur à 20%, soit près du double des autochtones. Leur taux d’emploi y est de 50%, soit près de 30 points de moins que celui des autochtones.

Comparaison avec l’immigration asiatique

Il est particulièrement saisissant de comparer ces chiffres élevés avec les « performances » des populations asiatiques. Celles-ci, partout dans le monde, présentent des taux de chômage faibles et des taux d’emplois élevés.

Ces éléments soulignent plusieurs points difficiles à traiter de façon rationnelle. D’une part, si les pays d’accueil étaient réellement discriminants vis-à-vis des étrangers, les Asiatiques souffriraient autant du chômage que les Nord-Africains, ce qui n’est pas le cas. D’autre part, si la question de l’exclusion des Arabo-Musulmans se résumait à une histoire de désamour entre l’Europe et l’Islam, rien n’explique qu’en Australie, les Nord-Africains connaissent plus le chômage que les autres communautés.

Par-delà les polémiques, l’étude de l’OCDE soulève donc de vraies questions culturelles.