27 octobre 2020

Le courrier des stratèges

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Réforme des retraites : les incroyables loupés de la communication gouvernementale

La réforme des retraites, c’est le moins que l’on puisse dire, n’est pas particulièrement bien embouchée. Une grève massive est prévue le 5 décembre, à laquelle des professions épargnées par la mesure, comme les policiers, devraient se joindre. On pourrait penser que, en attendant cette échéance, le gouvernement y aille pédale douce sur le sujet. Pas du tout ! l’exécutif annonce que, d’ici 2025, le régime général sera remis à l’équilibre par un allongement de la durée de cotisation. La CFDT s’apprête à lâcher Macron. Ces loupés de communication sont incompréhensibles.

 

Mais quelle mouche a piqué Emmanuel Macron ? Alors que le pays est à feu et à sang dans la perspective d’une réforme des retraites qui diminuerait le montant moyen des pension, l’exécutif annonce, avant même la réforme, un durcissement des conditions de durée de cotisation pour équilibrer le régime général. On a rarement vu un pareil suicide politique.

Réforme des retraites : les mesures d’âge qui se profilent

Le dernier rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a montré que, d’ici 2025, sans réforme paramétrique, le régime général accuserait un déficit autour de 20 milliards d’euros annuels. Cette annonce sans surprise (on savait depuis le début de l’année que le retour au déficit était imminent) place le gouvernement Macron au pied du mur : réformer pour tenir les déficits publics, ou laisser filer pour faire admettre la réforme.

Edouard Philippe semble avoir tranché. Devant les micros pourtant complaisants de France Inter, ce jeudi matin, il a eu ces mots qui ressemblent fort à ceux d’une armée prise en tenailles par l’ennemi :

si nous voulons équilibrer le système des retraites, il faut dire aux Français clairement et tranquillement que nous allons travailler plus longtemps. C’est ce que semblent dessiner les solutions qui sont posées sur la table par le COR.

Voilà qui tranche avec les propos tenus la semaine précédente, affirmant qu’il n’y avait aucune urgence à réformer. Une fois de plus, le Premier Ministre semble dépassé par un exercice de communication qui ne lui va pas vraiment comme un gant.

Le flou règne dans l’opinion publique, et c’est dangereux

Ce faisant, plus personne ne comprend réellement l’ambition gouvernementale. Initialement, Emmanuel Macron avait parlé de justice et d’égalité. Mais plus le temps, et plus cette idée s’évanouit à l’horizon. On comprend, jour après jour, que tout cela est dicté par le besoin de dégager des économies nouvelles sur le dos des retraités et que, réforme ou pas, il faudra travailler plus longtemps.

La publication du rapport du COR quelques jours avant la grève constitue de ce point de vue une faute politique majeure. Les propositions émises de travailler plus longtemps, contenues dans ce document, condamnent tout débat sur la réforme. Désormais, tous les Français auront en tête l’intention du gouvernement de faire travailler tout le monde plus longtemps, réforme par points ou pas.

Dès lors, pourquoi s’embêter à faire une réforme par points, puisqu’elle n’évite pas de travailler plus longtemps?

Cette conséquence logique semble avoir échappé, à ce stade, aux énarques qui tiennent le pouvoir.

La CFDT prête à lâcher le pouvoir

Depuis plusieurs semaines, le toxique et ennuyeux Laurent Berger explique à qui veut l’entendre les règles à suivre pour obtenir le soutien de la CFDT. Pour ce suppôt du pouvoir, l’introduction d’une mesure d’âge à l’occasion de la réforme par points tuerait le projet. En effet, elle montrerait aux Français que le prétexte de justice et d’égalité est tout à fait secondaire par rapport à l’intention de réduire les dépenses.

Et paf! l’interview d’Edouard Philippe vient tout mettre par terre.

La réaction n’a pas tardé. Le jour même, Laurent Berger sortait du bois :

Le gouvernement doit sortir de la contradiction et faire oeuvre de clarté. Veut-t-il faire une réforme budgétaire ou une réforme de justice sociale? Cette cacophonie suscite des tensions », a lancé le leader de la CFDT, avant d’ajouter sèchement: « s’il veut s’en tenir à une réforme paramétrique (âge pivot, allongement des cotisations…, NDLR), la CFDT s’y opposera ».

Au passage, la CFDT Cheminots a annoncé son ralliement à la grève du 5 décembre.

Voilà donc le gouvernement coupé de ses derniers alliés à deux semaines d’un mouvement social bien décidé à lui infliger une défaite en rase campagne. On a rarement vu une telle maladresse.