Hôpitaux publics : ces conflits d’intérêt savamment dissimulés

Hôpitaux publics : ces conflits d’intérêt savamment dissimulés


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Les hôpitaux publics, dans l'imaginaire des Français, représentent un idéal de désintéressement opposé aux cliniques privées qui seraient le lieu de la marchandisation la plus éhontée. Mais combien de Français savent combien les praticiens hospitaliers encaissent de la part des laboratoires pharmaceutiques en plus de leur salaire pour favoriser tel ou tel médicament ou traitement ? Curieusement, une large enquête de la presse régionale sur le sujet n'a eu aucun écho à Paris. Et pourtant...

transparence financière

Y a-t-il quelque chose de pourri dans les hôpitaux publics, qui se plaignent par ailleurs de ne pas disposer d’assez de moyens pour travailler correctement ? En parcourant le dossier réalisé par la presse quotidienne régionale à l’instigation de Sud-Ouest, la semaine dernière, on peut se poser la question.

Les praticiens des hôpitaux publics ont empoché 170 millions € en 2018

L’une des révélations les plus fracassantes de cette étude menée par plusieurs quotidiens montre que les praticiens des CHU ont empoché, à titre personnel, plus de 170 millions € en 2018 de la part des laboratoires pharmaceutiques en plus de leurs salaires.

Des repas. Des chambres d’hôtel. Des essais cliniques, des sessions de formation, des contrats d’orateur ou encore des études de marché… Les liens d’intérêts de l’industrie de la santé avec le monde médical sont légion. Selon nos calculs, plus de 170 millions d’euros ont, ainsi, irrigué les 32 centres hospitaliers universitaires(CHU) français et leurs personnels pour la seule année…   

L’intérêt de cette vaste enquête est de montrer que cette « collaboration » entre acteurs publics de la santé et industrie pharmaceutique ne se limite pas aux CHU parisiens. À Bordeaux, les praticiens ont déclaré des intérêts pour 9 millions €. Mais à Clermont-Ferrand, des sommes sont versées à des praticiens à l’insu de leur administration :

« Un nom se détache très nettement : celui de Jean-Michel Cardot, qui émarge à plus de 120.000 €. Dans le détail, ce professeur au statut atypique – il est à la fois responsable du laboratoire de biopharmacie à l’Université Clermont Auvergne (UCA) et attaché à 30 % au CHU – a touché 112.856 € au seul titre des rémunérations.

L’essentiel de ce pactole provient de Sanofi, pour près de 70.000 € cumulés, et de Substipharm, qui a procédé à deux (gros) virements. 43.000 € le 30 juin. Puis 6.000 € le 31 décembre. « Nous faisons appel à l’expertise de M. Cardot dans le cadre de projets de développement hautement confidentiels », pour des « activités encadrées par un contrat », explique Substipharm.

10.000 € par mois en plus de son salaire de praticien, l’affaire devient intéressante… Sauf que les contreparties de ces contrats sont mal connues.

On est en tout cas très loin de l’hôpital public désintéressé, du CHU manquant de moyens décrit par les démissionnaires qui rencontrent Agnès Buzyn. Et sur ce point, c’est motus et bouche cousue.

La presse nationale n’a d’ailleurs donné que peu d’écho à cette très intéressante enquête de la presse régionale. On se demande bien pourquoi.

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