9 avril 2020

Le courrier des stratèges

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Boycott du baccalauréat : les enseignants toujours dans leurs injonctions paradoxales

Le boycott du baccalauréat (ou en tout cas de ses nouvelles épreuves de contrôle continu) passe un peu inaperçu à travers la crise des retraites que le gouvernement ne parvient pas à régler. Pourtant, ce boycott, qui donne lieu à des débordements ahurissants, illustre la profonde décrépitude de ce clergé républicain qu'est le corps enseignant. À sa tête, des syndicats toujours plus poujadistes, et de plus en plus assumés dans cette posture, se complaisent dans les injonctions paradoxales pour justifier un statu quo coupable.

Le boycott du baccalauréat est devenu un mot d’ordre officiel. Les syndicats enseignants tentent le coup de force pour empêcher le déroulement des premières épreuves de contrôle continu qui doivent remplacer certaines épreuves terminales anciennement organisées dans le courant du mois de juin. Pour y parvenir, des enseignants n’hésitent pas à se liguer avec des cheminots pour empêcher les candidats d’accéder aux salles où doivent se dérouler les épreuves. Les enseignants appellent les lycéens à les rejoindre, comme le rapporte Libération. Le SNES-FSU, le puissant syndicat communiste enseignant, demande le retrait de la réforme et revendique le retour à la formule ancienne du baccalauréat. Cette revendication démagogique illustre une nouvelle fois les injonctions paradoxales du corps enseignant. 

Le boycott du baccalauréat, une revendication enseignante suicidaire

L’idée de boycotter le baccalauréat devient une quasi-manie dans le corps enseignant. Au mois de juin 2019, des enseignants avaient appelé à ne pas rendre les notes des copies corrigées. En janvier 2020, ils tentent d’empêcher les élèves de passer leurs épreuves de contrôle continu. Ce spectacle est assez étonnant. Nombreux sont en effet les enseignants qui se complaisent dans des regrets très passéistes sur le bon temps où ils étaient respectés. Mais ils sont aujourd’hui les premiers à transformer l’ambition éducative de la République en une revendication catégorielle comme une autre, comme si l’éducation pouvait se marchander dans un rapport de force avec un ministre, à tout bout de champ, et au gré de la mauvaise humeur du moment.

Au nom de l’intérêt général, une corporation publique qui prétend incarner celui-ci prend en otage les citoyens dont elle a la charge. S’agissant des enseignants, ce spectacle donné aux élèves d’une prise d’otage est évidemment coupable par l’exemple qu’elle donne. Comment un enseignant qui appelle un élève à ne pas participer à une épreuve du baccalauréat peut-il espérer que ce même élève accorde un quelconque crédit aux épreuves que l’enseignant lui demande de boycotter ? Et au-delà, les enseignants peuvent-ils vraiment espérer que leurs élèves croient à l’ambition éducative dès lors qu’ils se comportent en syndicalistes contestataires capables de remettre en cause toute une scolarité par des coups de force unilatéraux ?

Si les enseignants donnent eux-mêmes l’exemple des blocages et des lock-out, ils perdent évidemment tout droit à regretter que leurs élèves utilisent les mêmes méthodes pour les contester demain dans leur classe. 

Les enseignants savent-ils pour quelle raison ils manifestent ?

Si ce dérapage enseignant récurrent s’expliquait par une revendication raisonnable, comprise, évidente, on pourrait à la limite la comprendre. Mais que reprochent les enseignants à la réforme Blanquer du baccalauréat ? De rompre l’égalité des candidats sur tout le territoire en transformant certaines épreuves du baccalauréat organisées jusqu’ici au mois de juin en épreuves intermédiaires, organisées de façon plus locale, en janvier. 

Cette lutte est, au premier abord, purement idéologique et dogmatique. De nombreuses études statistiques montrent en effet que, au-delà de trois épreuves terminales, les classements ne changent plus. Autrement dit, faire un baccalauréat avec dix épreuves ne permet pas de mieux éliminer ou de mieux sauver les élèves qu’un baccalauréat avec trois épreuves. La réforme Blanquer permettra de mobiliser les lycées moins longtemps en fin d’année scolaire pour faire passer les épreuves, mais elle n’aura aucun impact sur la qualité des diplômes, puisqu’elle préserve quatre épreuves terminales. 

Quand on parle de qualité des diplômes, ici, on galèje. Les enseignants se plaignent à foison de la facilité avec laquelle le baccalauréat est accordé aujourd’hui. Très souvent, ils reprochent (et parfois à juste titre) à l’institution d’augmenter artificiellement les notes pour améliorer les taux de succès. Là encore de façon paradoxale, les mêmes qui reprochent à leur employeur de dévaloriser le baccalauréat en le « donnant à tout le monde » se battent aujourd’hui pour son maintien en l’état, et s’emploient à dévaloriser une nouvelle formule qui n’est pas sans mérite. 

Injonction paradoxale, quand tu nous tiens. Il faut d’ailleurs être assez gonflé pour faire croire que le maintien des épreuves finales de sport au baccalauréat est une condition nécessaire pour que les bacheliers scientifiques ou littéraires soient toujours très bons. 

L’inégalité sur tout le territoire, la vraie revendication enseignante

Ce que n’assument pas les enseignants, ce qu’ils dissimulent sous le prétexte fallacieux de « l’égalité », c’est en réalité leur propension à noter anarchiquement les copies, et à faire régner l’arbitraire dans l’évaluation des acquis. Progressivement, en effet, le principe d’une notation à l’aveugle disparaît pour un meilleur encadrement des corrections et pour un meilleur contrôle des pratiques enseignantes.

Or, ces limites posées à l’arbitraire des corrections de copies déplaisent aux enseignants qui voient petit à petit l’espace de leurs caprices baroques se réduire comme peau de chagrin. Pour le comprendre, on relira mûrement ce passage d’un tract du SNES sur la dématérialisation des copies de baccalauréat, et sur le passage à la correction par Internet :

Dans tous les cas, malgré une interface plutôt confortable, les corrections prennent davantage de temps (problème de manipulation de la copie, de copies illisibles…). Les injonctions des inspecteurs ou des référents se font plus pressantes via la messagerie et de nouvelles copies peuvent être versées au paquet virtuel en fonction du nombre de correcteurs vraiment disponible.

On comprend ici que le dogme en vigueur à l’Éducation Nationale jusqu’ici, selon lequel l’enseignant est seul face à sa copie au moment de la correction du baccalauréat, est de moins en moins tenable. Progressivement, les « paquets de copies » vont disparaître et les évaluations seront de plus en plus collégiales et professionnalisées. S’agissant des épreuves finales, la digitalisation des corrections, contre laquelle les enseignants luttent pied à pied depuis plus de 15 ans, permet aux inspecteurs de vérifier la qualité du travail effectué par le correcteur (et elle permet d’attribuer automatiquement des copies que les enseignants se permettent aujourd’hui de marchander au mépris de leur obligation statutaire). 

C’en sera bientôt fini de l’enseignant qui râle sur ses rythmes de travail infernaux, mais qui expédie son paquet de copies au bord de la piscine en deux temps trois mouvements, tout en soutenant mordicus qu’il est au bord du burn-out et qu’il ne peut pas en faire plus. La numérisation permet de vérifier le temps réel passé par l’enseignant sur sa copie, d’où le reproche fait du « davantage de temps » dû aux nouvelles méthodes. Elle permet aussi de vérifier la qualité de l’évaluation par une relecture en temps réel et par une comparaison des moyennes statistiques tout au long du processus de correction. 

Ces évolutions participent d’une professionnalisation longtemps attendue de la diplômation dans l’enseignement secondaire. Elle est la garantie d’une meilleure égalité devant les corrections et les examens, dont l’enseignement français a besoin pour se mettre au niveau de ses concurrents européens. Mais il est vrai que cette évolution permettra de démasquer les enseignants peu consciencieux, qui sont souvent ceux qui ont le temps de mener des luttes syndicales. 

On ne s’étonnera donc pas que ceux-là mettent en avant l’égalité pour combattre la réforme. Cela s’appelle l’injonction paradoxale : défendre l’inique au nom du juste, et reprocher au juste d’être inique, telle est la novlangue propagandiste dont Jean-Michel Blanquer a bien raison de s’abstraire. 

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