25 novembre 2020

Le courrier des stratèges

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Macron a-t-il raison d’instrumentaliser la guerre d’Algérie à l’approche des élections ?

Emmanuel Macron a ouvert une nouvelle polémique après une sortie sur la guerre d'Algérie, qu'il compare à l'Holocauste. Ces propos, tenus dans l'avion retour d'Israël où il a surjoué une colère chiraquienne face à la police israélienne à Jérusalem, montrent que le Président est entré en campagne électorale et qu'il envoie des signaux massifs au vote musulman et maghrébin en France. Cette instrumentalisation de la mémoire française risque de lui jouer des tours très désagréables.

Emmanuel Macron pense que la guerre d’Algérie, c’est un peu la Shoah française. C’est en tout cas qui ressort de ses propos, tenus dans l’avion de retour d’Israël. On les relira avec attention pour bien en peser le sens :

"Je suis très lucide sur les défis que j'ai devant moi d'un point de vue mémoriel, et qui sont politiques. La guerre d'Algérie est sans doute le plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne. Il est là, et je pense qu'il a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995"

On remarquera que le Président ne dit pas que la Shoah et la guerre d’Algérie, c’est la même chose. Il indique en revanche que les deux événements ont le même statut dans l’effort mémoriel. De même que Jacques Chirac a eu raison de demander pardon pour l’implication de la France dans la Shoah, lui-même se doit de demander pardon à l’Algérie pour la guerre que la France y a menée. L’affirmation est donc lourde de sens, dans la mesure où elle laisse entendre que la culpabilité française en Algérie est non seulement établie, mais encore susceptible de justifier des excuses de notre part. 

L’évidente instrumentalisation de la guerre d’Algérie à des fins électorales

On comprend pourquoi Emmanuel Macron enchaîne les séquences où il tend la main au vote musulman et au vote décolonial en France. Les élections municipales approchent, et, face à l’effondrement de la droite, le vote républicain lui est largement acquis. Les réserves à mobiliser se trouvent plutôt dans l’électorat bobo et dans les nouveaux électeurs musulmans. Rien n’est donc trop beau pour leur envoyer des symboles, et rien ne justifie que, parallèlement, le Président ne se fâche avec eux en prononçant enfin les discours qu’on attend de lui sur la laïcité et le port du voile. 

Comme souvent dans la politique française, les élus au pouvoir n’ont guère de difficulté à jouer avec la culture de la culpabilité collective pour s’adresser à la gauche bien pensante. Après tout, la victoire électorale au nom d’un Vivre Ensemble dont les limites sont désormais bien connues vaut bien une demande publique de pardon. 

La haine de la France est-elle une valeur fondamentale des élites ? 

On pourrait imaginer que Macron joue un rôle de composition en préparant l’opinion à une grande commémoration de la culpabilité nationale dans la guerre d’Algérie. Mais l’expérience montre le contraire. En réalité, les élites parisiennes sont aujourd’hui les principales productrices de ce regret français selon lequel notre affirmation historique se serait traduite par le malheur algérien. 

Chacun a ici en tête les rabâchages sur le rôle du général Bugeaud dans les années 1830 et 1840, et les différentes assertions sur les exactions françaises en Algérie à travers le temps. Le plus souvent répétées en boucle sans véritable analyse historique, elles servent à nourrir, dans les élites parisiennes de gauche, des fantasmes dont l’inanité a été prouvée depuis, notamment sur l’exploitation économique que la France aurait tirée de l’Algérie. 

Dans les milieux bourgeois parisiens, il est de bon temps d’affirmer que la France est devenue la France par une longue série de crimes. 

La France n’a pas à rougir de sa présence en Algérie

Il est malheureusement impossible aujourd’hui d’évoquer de manière sereine ce que fut l’apport de la France à l’Algérie. En discutant avec des élites marocaines, on peut pourtant mesurer l’intérêt de ce que fut le modèle algérien de colonisation. 

Beaucoup regrettent que le maréchal Lyautey, résident général au Maroc, ait pratiqué une doctrine très prudente en matière de présence française. Au contraire de l’Algérie, qui fut projetée d’un bloc dans la modernité, un pays comme le Maroc est resté préservé de l’influence française profonde et se trouve aujourd’hui à la peine pour accéder à une vie démocratique laïque comme c’est le cas en Algérie. 

Ce point ne justifie pas, et ne conduit pas à passer sous silence des débordements regrettables. Mais il est historiquement erroné de réduire la présence française en Algérie à un long crime.

Les Algériens voulaient-ils majoritairement leur indépendance ?

Cette erreur historique est confirmée par la vérité des chiffres. Contrairement à la représentation romantique et déformée des milieux intellectuels parisiens sur ce qu’était l’Algérie de 1960, un rappel des effectifs engagés de chaque côté pose un sérieux problème sur l’indépendance algérienne. 

Ainsi, selon le ministère algérien des Anciens Combattants, le FLN a compté en tout et pour tout près de 140.000 combattants, dont la moitié sont morts au combat. Face à eux, l’armée française alignait plus de 200.000 Algériens dans les forces d’active. 

Autrement dit, il y avait beaucoup plus d’Algériens en armes pour garder l’Algérie française, qu’en armes pour obtenir le départ de la France. 

Le pari déconnecté d’Emmanuel Macron

Malgré ces évidences historiques, Emmanuel Macron a la conviction obsolète que condamner l’Algérie française est une opération historiquement souhaitable et positive dans les consciences. Cette idée répandue dans les salons parisiens est de moins en moins évidente et de plus en plus risquée. 

L’impact, par exemple, de l’ouvrage du député socialiste Pupponi, ancien maire de Sarcelles, montre bien que, même à gauche, la parole commence à se libérer sur le Vivre Ensemble et l’Islam. Flatter le vote décolonial et maghrébin ne coule plus de source et peut coûter très cher désormais, y compris parmi les électeurs de gauche auxquels Emmanuel Macron espère s’adresser. 

Progressivement, la conscience vient que la France n’est pas la puissance maléfique que nos élites se plaisent à répéter. Et peu à peu, le souvenir de nos valeurs et de leur bien-fondé revient.  

Il n’est donc pas évident que l’instrumentalisation de la guerre d’Algérie lui profite. 

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