25 octobre 2020

Le courrier des stratèges

Prenez de l'avance sur l'actualité

Coronavirus : l’essai clinique Discovery cherche-t-il à favoriser le Remdesivir de Gilead ?

L’essai clinique Discovery doit permettre d’évaluer le Remdesivir, mais aussi l’hydroxychloroquine défendue par le professeur Raoult, l’interferon beta ainsi que le lopinavir et le ritonavir, dans le traitement du coronavirus. Mais l’essai ne se passe pas exactement comme prévu et obéit à des règles peu expliquées qui soulèvent de nombreuses questions sur l’avantage qu’il pourrait accorder au Remdesivir. 

L’essai clinique européen Discovery doit évaluer l’utilité de plusieurs traitements contre le coronavirus. Son protocole, en anglais, est disponible sur le site de l’INSERM. On notera que peu d’informations ont circulé sur son contenu exact.

Qui est inclus dans l’essai clinique Discovery ?

Le protocole de l’essai indique les critères de choix des patients qui seront inclus dans l’essai :

Inclusion Criteria:

  • Adult ≥18 years of age at time of enrolment.
  • Has laboratory-confirmed SARS-CoV-2 infection as determined by PCR, or other commercial or public health assay in any specimen < 72 hours prior to randomization.
  • Hospitalized patients with illness of any duration, and at least one of the following:

    • Clinical assessment (evidence of rales/crackles on exam) AND SpO2 ≤ 94% on room air, OR
    • Acute respiratory failure requiring mechanical ventilation and/or supplemental oxygen.
  • Women of childbearing potential must agree to use contraception for the duration of the study. Acceptable birth methods control are listed in section 7.3

Ce sont donc des patients majeurs qui seront testés, à condition qu’ils soient positifs au SARS-CoV-2, et que, dans le cadre de leur hospitalisation, ils présentent d’évidentes difficultés respiratoires, au besoin qu’ils aient besoin d’être ventilés ou de recevoir un supplément d’oxygène. 

Autrement dit, l’essai clinique Discovery ne s’intéressera qu’à la petite fraction des cas graves survenus, et ne portera pas sur une prévention de la dégradation des patients. Ce point évident mérite d’être rappelé, car il est à l’origine de bien des incompréhensions qui nourrissent ce qu’on pourrait appeler la bataille de la chloroquine. 

Difficultés d’approvisionnement en Remdesivir de Gilead

Malheureusement pour les pouvoirs publics, l’essai Discovery, qui intervient pour soigner une épidémie en cours, ne se passe pas exactement comme prévu. Nous avons déjà mentionné l’un ou l’autre grand service d’infectiologie qui refuse d’y participer compte tenu de son protocole. 

L’INSERM a, à la suite des informations diffusées par le professeur Perronne, indiqué que tous les patients recevraient l’un des traitements testés et qu’aucun ne serait soigné avec des placebos. Mais c’est précisément ce qui pose problème : le Remdesivir, utilisé par Gilead contre la fièvre Ebola, n’est pas prêt.

Daniel O’day, PDG de Gilead, s’est fendu d’une lettre ouverte pour l’expliquer :

Nous savions qu’il serait difficile de produire les quantités nécessaires dans un laps de temps si court. L’un de nos défis est le temps nécessaire pour produire le remdesivir. Il s’agit, en effet, d’une production longue, nécessitant de recourir à des techniques chimiques spécialisées comportant de multiples réactions chimiques, dont certaines peuvent prendre plusieurs semaines. Avant d’obtenir des unités de traitements prêts à être administrés aux patients, nous devons nous procurer des matières premières rares et avoir accès à des usines de fabrication en conditions stériles dont les capacités sont limitées au niveau mondial.

Autrement dit, le Remdesivir est long et compliqué à produire. Il n’est donc pas pleinement disponible en l’état. Cette information nouvelle pourrait obliger certains hôpitaux à suspendre l’opération. Il faut dire que les essais se multiplient en France et ailleurs dans le monde, sollicitant fortement la production.

Cette abondance crée une pénurie de Remdesivir, qui pourrait ainsi se trouver désavantager dans les comparaisons avec l’hydroxychloroquine. Dans certains endroits, seul ce dernier traitement est disponible. C’est le cas au CHU d’Amiens, qui peut juste tester la chloroquine, et doit se passer du médicament américain dans le cadre de l’étude purement française Hycovid. 

Gilead n’annonce pas de traitement avant la fin de l’année

Le PDG de Gilead a fait des annonces plutôt peu encourageantes quand à la perspective d’un traitement. Les stocks disponibles permettraient, selon lui, de traiter 140.000 patients. C’est mieux que rien, mais compte tenu de l’ampleur de la pandémie, le laboratoire américain annonce donc que les places sont chères, ce qui ne devrait pas fâcher ses actionnaires

Rappelons ici que Gilead a finalement renoncé au monopole d’exploitation de sa molécule. Il n’en reste pas moins que ce laboratoire devra bien amortir ses investissements…

D’où cette annonce en matière de production :

Nous nous sommes fixés un objectif ambitieux de produire plus de 500 000 traitements d’ici octobre et plus d’un million d’ici la fin de cette année.
Pour atteindre ces objectifs, nous construisons un consortium géographiquement diversifié de fabricants de produits pharmaceutiques et chimiques, afin d’étendre la capacité mondiale de production de matières premières et de produit fini.

Les esprits chagrins noteront que Gilead espère parvenir à 500.000 patients traités d’ici octobre et de doubler ce chiffre d’ici la fin de l’année. Voilà qui soulève quelques questions majeures. 

En particulier, si Gilead veut réellement retirer 2,5 milliards $ de son Remdesivir, on comprend que le traitement sera vendu environ 1.500$ par patient. Voilà une première idée du prix de ce médicament qui n’est toujours pas commercialisé. En lisant entre les lignes, on comprend par ailleurs que Gilead ne rentabilisera ses investissements que si et seulement si l’épidémie dure jusqu’à la fin de l’année…

Discovery biaise les essais de l’hydroxychloroquine

Dans cette attente, le protocole Discovery a organisé les conditions pour que l’hydroxychloroquine soit discréditée comme traitement contre le COVID. L’usage de l’association entre l’hydroxychloroquine et un antibiotique, l’azithromycine, est en effet présenté par le professeur Raoult (et quelques autres) comme un moyen efficace d’éviter le passage au stade de la détresse respiratoire aiguë

Qu’on soit pour ou contre, une certitude est acquise : l’utilisation de cette association médicamenteuse lors que la détresse respiratoire aiguë est déclenchée n’a aucun intérêt. On peut donc déjà affirmer que Discovery montrera l’inutilité, voire les dangers, de la solution portée par le professeur Raoult. 

Conscient du danger de cette mise en scène, selon le Canard Enchaîné de ce jour, le président Macron a ordonné que deux CHU testent la solution Raoult dans les règles recommandées par le professeur en question. 

Le Kaletra ne sera pas mieux traité

Au demeurant, Discovery ne devrait pas faire de jaloux. Le Kaletra, produit qui associe le lopinavir et le ritonavir. Une étude chinoise a d’ores et déjà démontré l’inefficacité de cette solution

En l’état, il ne faut évidemment exclure aucune piste. Mais tout laisse à penser que l’essai Discovery conclura rapidement au caractère prometteur du seul Remdesivir, et proposera aux malades de l’acquérir à un prix élevé, compte tenu des faibles quantités produites. 

Vous êtes exposé au coronavirus du fait de l’inaction de l’État (pas de masques, de protections, de tests, de médicament, etc.) ?

Laissez votre témoignage détaillé sur le groupe Facebook #RendezVousAuProcès. Et préparez une action de groupe avec nous.