ūüéĖLa BCE annonce des faillites bancaires

La saison des faillites bancaires devrait commencer, selon la BCE. L’information est √©videmment pass√©e inaper√ßue en France, o√Ļ personne n’a jug√© utile ni de la relever, ni de la commenter. Mais elle m√©rite pourtant qu’on s’y arr√™te et qu’on la d√©chiffre dans sa complexit√©, car elle annonce bien des s√©ismes en France, et bien des d√©convenues.¬†

La BCE annonce le pire pour les banques

L’information est tomb√©e mardi, discr√®tement, beaucoup mieux relay√©e en Allemagne qu’en France : la BCE s’attend √† des d√©faillances bancaires dans les semaines √† venir. Selon les banquiers centraux europ√©ens, le mouvement risque m√™me d’√™tre non seulement in√©vitable mais s√©rieux.¬†
 
Bien entendu, le ph√©nom√®ne n’est pas d√©crit avec ces mots terribles de “faillites” ni de “d√©faillances”. On reprendra ici les propos d’Yves Mersch, ancien gouverneur de la banque nationale du Luxembourg (si, si, √ßa existe !) et actuel membre du conseil des gouverneurs de la BCE. Ce vieux f√©lin rompu au monde de la banque (et singuli√®rement de la banque centrale) a plut√īt parl√© de “correction de la faiblesse structurelle”. Ce qui signifie, dans le jargon de la BCE, la m√™me chose, mais les expressions sont moins inqui√©tantes.¬†
 
Le résultat sera toutefois le même : les banques les moins solvables seront balayées par la crise. 

Le too big to fail devrait rester une doctrine officielle

Cela signifie-t-il qu’√† la diff√©rence de la crise de 2008 la BCE et les institutions financi√®res laisseront le march√© op√©rer librement et, au besoin, certaines banques faire faillite ? Le discours n’est pas exactement celui-l√†. Les grandes banques syst√©miques feront, comme d’habitude, l’objet d’un sauvetage en bonne et due forme au nom du “too big to fail”. On conna√ģt les multiples m√©thodes utilis√©es pour y parvenir : pr√™ts provisoires, nationalisation partielle, intervention plus ou moins d√©guis√©e du contribuable pour √©viter le pire.¬†

En revanche, les petites banques percluses d’actifs toxiques, de pr√™ts pourris jamais remboursables, ne passeront vraisemblablement pas le cap des prochains mois, et la BCE s’en r√©jouit par avance. De l√† √† dire qu’elle facilitera le mouvement…

Le risque de l’√©conomie zombie

Derri√®re cette strat√©gie de la banque centrale europ√©enne, il y a √©videmment le sujet peu connu, mais essentiel, de la “zombification” de l’√©conomie, qui consiste √† maintenir en vie, co√Ľte-que-co√Ľte, des entreprises en difficult√©, sans financer de projets innovants, voire simplement nouveaux. Yves Mersch sait parfaitement que le risque des politiques men√©es par les banques centrales aujourd’hui est de maintenir en vie des entreprises dont l’activit√© est d√©clinante, voire n’a pas d’avenir, au d√©triment d’investissement porteurs.¬†
 
Le secteur bancaire n’est d’ailleurs pas √©pargn√© par le ph√©nom√®ne : certaines banques ont des portefeuilles pourris qu’il ne sert √† rien d’alimenter ind√©finiment. Ces banques aux actifs toxiques sont visiblement condamn√©es dans l’esprit de la banque centrale europ√©enne.¬†

De la liquidité à la solvabilité des banques

Le calcul op√©r√© par la Banque Centrale est √©videmment incompr√©hensible pour le grand public. Il s’agit d’√©viter (cf. ci-contre) que des probl√®mes de liquidit√© ne cachent des probl√®mes de solvabilit√©. Ce type de jargon, un peu oblig√©, renvoie clairement au probl√®me que tout r√©gulateur doit r√©gler : les banques qui vont appeler la BCE √† l’aide demandent-elles √† √™tre sauv√©es pour un probl√®me passager qui ne tardera pas √† se r√©gler avec un petit ou un bon coup de pouce ? Ou bien appellent-elles √† l’aide parce que leur situation aurait √©t√©, t√īt ou tard, avec ou sans crise, totalement d√©sesp√©r√©e ?

Dans ce dernier cas, il n’est pas dans l’int√©r√™t des pouvoirs publics au sens large d’intervenir pour soutenir l’activit√© de l’entreprise. L’argent consacr√© √† sauver des entreprises sans avenir vient en effet en d√©duction de l’argent consacr√© √† des entreprises d’avenir.¬†

Toute la difficult√© est de faire la diff√©rence entre entreprises qui ont de l’avenir et entreprises qui ont des “probl√®mes de solvabilit√© non d√©tect√©s”.¬†

Quelles banques fran√ßaises seront “d√©tect√©es” ?

On peut √©videmment se demander quelles banques en France peuvent se sentir vis√©es par ces propos. La r√©ponse est double: √† la fois toutes, et tr√®s peu. Toutes, car, contrairement aux affirmations des √©tats-majors parisiens, toutes les banques fran√ßaises vivent dans un secteur prot√©g√© d’une vraie concurrence, et toutes ont multipli√© les prises de risque gr√Ęce √† cette protection dont elles b√©n√©ficient. Tr√®s peu, car la France compte surtout des banques syst√©miques que l’√Čtat ne peut laisser faillir sans un risque global. On sait donc que les BNP, Cr√©dit Agricole, Soci√©t√© G√©n√©rale et Natixis seront sauv√©es.¬†

Il suffit de voir comment les mauvais résultats de Natixis, annoncés hier, sont passés inaperçus. 

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1 commentaire
  1. Ce qui est bizarre c’est que √ßa fait des ann√©es que le probl√®me est identifi√© et personne ne change rien. En 2008 on a √©t√© pris de cours. Mais l√† c’est pas vraiment une surprise ! On dirait que l’on a une √©lite qui n’est pas capable d’anticiper et g√©rer on dirait qu’elle n’est form√©e que pour perp√©tuer. Le monde a chang√©, √ßa fait plus de 20 ans qu’internet existe. On dirait que la structure de l’√©tat est rest√©e bloqu√©e et elle a refus√© de l’int√©grer… C’est marrant ce probl√®me fran√ßais d’√™tre incapable de se r√©former, il faut que tout s’effondre, qu’il y ait un d√©sastre pour repartir. Ca ne peut juste plus marcher. J’esp√®re que l’√©lite d√©posera les armes et ne ruinera pas compl√®tement la France, et qu’elle se mettra √† bosser avec un peu plus d’humilit√© √† la France d’apr√®s. J’esp√®re qu’ils n’en viendront pas √† avoir 3 millions de personnes dans la rue et √† en devenir violent.

    C’est triste tout √ßa.

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