28 novembre 2020

Le courrier des stratèges

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Les lobbies écolos, ces idiots utiles de l’industrie agro (sud)américaine

Officiellement, bien sûr, les lobbies écolos veulent le bien de la planète et défendent becs et ongles un modèle de développement respectueux de l’avenir, de la nature, etc. Dans la pratique, leur insistance idéologique à faire de la France une précurseur de tout un tas de réglementations drastiques sert surtout à appauvrir l’agriculture française et à développer les exportations des géants américains de l’agriculture. 

Les lobbies écolos ne lâchent rien. Alors que la filière betteravière française, indispensable pour la fabrication du sucre, est fortement affectée par une épizootie de pucerons verts qui menace les récoltes, le directeur de Générations Futures (un lobby écologiste) a publié un communiqué sanglant pour empêcher toute dérogation à l’interdiction des néo-nicotinoïdes. Car le sujet est là : les betteraviers demandent à pouvoir utiliser l’un de ces produits qui est le seul, sur le marché, à permettre de lutter efficacement contre le puceron vert. Cette dérogation n’entrerait en vigueur qu’une année sur deux. Mais rien n’y fait : Générations Futures milite pour l’inflexibilité. 

Les lobbies écolos et leurs raisonnement khmers verts

Dans ce dossier de la filière betteravière, les positions des agriculteurs et de la filière sucrière (que nous épinglons régulièrement pour ses pratiques de lobbying) paraissent pourtant modérées et plutôt enclines à concilier les intérêts contradictoires. Les agriculteurs rappellent en effet que les betteraves ne fleurissent, et n’ont fait donc pas l’objet d’une pollinisation par les abeilles. En outre, ils s’engagent à un usage raisonné des néo-nicotinoïdes en attendant la mise au point de procédés efficaces moins invasifs. 

Face à l’urgence économique qui touche le pays, et notamment face au désarroi de nos filières agricoles, frappées par ailleurs par de très mauvaises récoltes en blé et en orge, le bon sens solidaire consisterait ici à assouplir la réglementation pour sauver des travailleurs indépendants en détresse. Mais cette solidarité-là ne paraît pas intéresser Générations Futures. 

L’intransigeance écologique relève ici du torpillage économique en bonne et due forme. Et ce torpillage soulève des questions.  

Générations Futures, le lobby qui s’enrichit discrètement

On lira avec grand intérêt les comptes de Générations Futures publiés sur le site de l’association. On y découvre que, en 2018, l’association a reçu une subvention de près de 250.000 euros pour des dépenses d’un peu plus de 300.000 euros. Miracle : l’association, entre les cotisations et les ventes qu’elle réalise en plus de la subvention, dépasse le chiffre d’affaire de 500.000 euros. 

Grâce à cette comptabilité bien tenue, l’association a « économisé », au fil des années, une somme de 1,15 millions d’euros, qui ne cesse de grossir d’année en année. On a beau dire, une association sans but lucratif, ça reste un bon placement. 

Générations Futures ignore les frontières et les pauvres

Sur son site, Générations Futures explique clairement sa position sur la gestion de la filière betteravière en France : « nous nous sommes rendu dans le magasin bio le plus proche et avons été jeté un coup d’œil au rayon du sucre. Et là, surprise, nous avons pu voir que du sucre de betterave bio, produit en Allemagne, était disponible à la vente ». On voit clairement ici la logique qui se met en place. On impose des normes aux agriculteurs français, sachant qu’ils perdront en compétitivité par rapport aux pays moins regardants, et qu’ils devront s’adapter à une concurrence féroce sur le segment des produits bio. 

Au fait, on oubliait de dire que, accessoirement, le sucre de betterave bio se vend à 80 euros la tonne, contre 25 pour le sucre ordinaire. Soit un prix trois fois plus élevé. Autant dire que les propositions de Générations Futures conduisent à un renchérissement massif des prix alimentaires qui frapperont durement les pauvres. 

Ce point un peu gênant en termes de solidarité n’est évidemment jamais précisé. 

Le jeu de la production sud-américaine

Dans cette affaire, Générations Futures oublie de préciser que la France n’est pas seule au monde, et que la condamner sans autre procès à de la production bio fait forcément le jeu des producteurs soumis à des contraintes plus légères. L’association le fait remarquer elle-même : la production en bio fournit des rendements inférieurs de 25% et coûte beaucoup plus cher. En imposant des contraintes environnementales aux producteurs français, les écologistes les condamnent à perdre de la compétitivité par rapport à leurs concurrents. 

En l’espèce, le marché du sucre est dominé par quatre pays : le Brésil, l’Inde, la Chine et la Thaïlande. Inutile de faire un dessin : les commandes que les producteurs français ne pourront plus honorer seront passées au Brésil, pays qui ne brille pas par son respect strict de normes environnementales de haut niveau…

L’étrange directeur général de Générations Futures

Longtemps, l’association Générations Futures a été présidée par François Veillerette, ancien enseignant reconverti dans le militantisme écologiste. Le moins que l’on puisse est que cet ancien prof a un melon suffisamment développé pour porter plusieurs casquettes : outre ses fonctions de direction générale où il profère des fatwas contre les betteraviers, Veillerette préside une association européenne de lutte contre les pesticides, et administre le réseau environnement santé. Entre autres. 

On notera qu’il fut président de Greenpeace entre 2002 et 2005, et vice-président de la région Picardie entre 2010 et 2015. Comme quoi, on peut être écolo et cumulard. 

L’écologie tuera-t-elle l’agriculture française ?

Tendanciellement, l’application de normes écologiques strictes limitées au seul territoire français pose donc un problème de fond : celui de la compétitivité de notre filière agricole par rapport aux filières américaines et sud-américaines qui produisent des quantités colossales dans des conditions bien plus avantageuses que les nôtres, et bien moins respectueuses de l’environnement. 

Faut-il ici évoquer le cas de la production américaine de soja, essentiellement à destination de la consommation humaine, qui a besoin du mouvement vegan en Europe, et notamment en France, pour supplanter la production de viande ? Là encore, le combat contre la souffrance animale, branche militante très visible de l’écologie, sert curieusement les intérêts de l’agriculture américaine, au détriment de notre production locale.

Les écolos sont-ils vraiment des amateurs de « local » ?

Derrière cet ensemble, se pose une question assez simple. Dans l’ensemble de leurs revendications, les écolos font le jeu des productions étrangères. On le voit sur la question de la betterave à sucre : ici, on promeut le sucre bio allemand. Là, on ouvre de fait le marché aux produits sud-américains ou américains. 

D’un côté, on affirme donc aimer le circuit court. De l’autre côté, on torpille celui-ci et on favorise les concurrents étrangers. Les écologistes sont-ils parfaitement cohérents dans leur vision du monde. Sommes-nous sûrs qu’ils ne sont pas influencés par des lobbies étrangers qui font leur beurre de cette revendication du « sauvons la planète » ?