ūüéĖH20, le prochain s√©isme de l’assurance-vie fran√ßaise ?

La plan√®te de l’assurance-vie sera-t-elle prochainement secou√©e par un s√©isme appel√© H2O, filiale de Natixis, qui ressemble de plus en plus √† une bombe √† retardement ? Il est encore un peu t√īt pour le dire, mais des esprits chagrins pourraient interpr√©ter les difficult√©s de ce fonds comme un signal avant-coureur pour l’ensemble de la place. Une fois de plus, le d√©calage entre le discours des financiers et la r√©alit√© pr√©occupe et inqui√®te.¬†

  • 21 juillet 2010

    Création à Londres du fonds de gestion H2O, partenaire de Natixis Asset Management. Ce fonds propose une gestion à forte valeur ajoutée de type alternative "global macro" ( gestion d’obligations internationales, d’obligations
    émergentes et de devises). 

  • Avril 2015

    H2O décide de diversifier sa gamme avec une exposition limitée à des titres de crédit principalement à des sociétés de crédit européennes. Ces titres hautement spéculatifs n'ont pas de valeur de marché. 

  • 2017

    Les Caisses d'√Čpargne proposent aux investisseurs individuels un acc√®s aux fonds d'H2O par l'interm√©diaire de leur produit "Selectiz". Ce Fonds Commun de Placement g√©r√© par Natixis peut √™tre inclus dans les portefeuilles d'assurance-vie.¬†

  • Mai 2019

    Bruno Crastes, directeur général de H2O, est nommé au conseil de surveillance du fonds Windhorst, investisseur allemand sulfureux. Cette nomination est accueillie comme la preuve d'un conflit d'intérêts entre les deux hommes. 

  • 20 juin 2019

    Morningstar, gestionnaire d'actifs, suspend la note du fonds H2O Allegro, dont 4,2% des actifs étaient investis dans des obligations Windhorst, investisseur allemand sulfuré qui serait lié familialement à l'un des dirigeants de H2O.

  • 28 juin 2019

    Après l'article du Financial Times, la décollecte est massive et les encours fondent de 20%, de 33 à 27 milliards. H2O soutient que cette collecte massive ne met pas le fonds en difficulté. 

  • F√©vrier 2020

    H2O annonce d'importantes pertes sur ses actifs. Le fonds Multiequities perdrait près de 50%.

  • Avril 2020

    Le fonds reconna√ģt dans la presse √™tre mis en difficult√© par le COVID et le confinement, mais annonce un r√©tablissement.¬†

  • 10 ao√Ľt 2020

    Départ du directeur général du Natixis pour divergences stratégiques. 

  • 28 ao√Ľt 2020

    L'Autorit√© des March√©s Financiers demande √† H2O la suspension des souscriptions et des rachats des parts des OPCVM H2O Allegro, H2O Multibonds et H2O Multistrat√©gies afin de pr√©server l‚Äôint√©r√™t des porteurs de parts et du public. L'encours gel√© est de 10 milliards ‚ā¨ et concerne des milliers d'√©pargnants.¬†

L’affaire H2O commence √† prendre des proportions qui exc√®dent largement les actifs douteux en jeu. Ceux-ci sont estim√©s √† 1 milliard seulement, mais les inqui√©tudes de la place se font de plus en plus pressantes. Cette f√©brilit√© n’est pas bon signe et interroge sur l’effet domino qui est susceptible de se produire dans les semaines √† venir sur l’√©pargne fran√ßaise, et singuli√®rement sur les portefeuilles d’assurance-vie.¬†

H20, c’√©tait trop beau pour √™tre vrai ?

L’histoire commence en 2010, quand deux g√©rants de fonds fran√ßais, Bruno Crastes et Vincent Chailley, s’installent √† Londres et cr√©ent le gestionnaires de fonds H2O, suppos√© expert en “global macro”. D’embl√©e, Natixis prend 50% des parts de l’op√©ration.¬†

Ce coup de pouce surprend un peu, puisque Crastes et Chailley cr√©ent l’un de ces fonds dont la crise de 2009 a mis en √©vidence les risques et les dangers. Officiellement, H20 se pr√©tend sp√©cialiste dans la gestion alternative de type “global macro”, la gestion d‚Äôobligations internationales, d‚Äôobligations √©mergentes et de devises. Toutes ces expressions myst√©rieuses ont montr√© l’ann√©e pr√©c√©dente qu’elles recouvraient souvent des produits toxiques. Mais la finance √©tant t√™tue… les m√™mes erreurs se r√©p√®tent d’ann√©e en ann√©e, de d√©cennies en d√©cennies.¬†

Au-del√† du blabla officiel sur le “global macro”, l’activit√© de H2O consiste essentiellement √† acheter des produits sp√©culatifs. Dans les premi√®res ann√©es, l’activit√© de la soci√©t√© fonctionne admirablement et s’attire les √©loges de la plan√®te financi√®re, notamment de MorningStar, qui classe plusieurs fonds d’H2O en t√™te des classements.¬†

Quand Natixis joue avec la dynamite

Face aux r√©sultats flambants de H2O, Natixis d√©cide, en 2017, de prendre un risque suppl√©mentaire en donnant aux particuliers acc√®s aux investissements du gestionnaire d’actifs. Cette d√©cision se traduit par la cr√©ation et la distribution, par exemple, de “Selectiz”, un fonds commun de placement qui propose des actifs g√©r√©s par H2O. Comme si souvent dans la finance, le gain √† court terme donne faim. Et on repousse √† plus tard le moment o√Ļ il faudra expliquer clairement que celui qui peut gagner beaucoup peut aussi perdre beaucoup.¬†

R√©sultats : en avril 2020, Natixis a eu tr√®s chaud en suivant les performances de son fonds…. Le graphique ci-dessous en donne la preuve.¬†

Bruno Crastes n’a-t-il pas su s’arr√™ter √† temps ?

Face √† cette magnifique success story, on comprend que le directeur g√©n√©ral d’H2O se soit senti pousser des ailes. En 2015 (soit deux ans avant la commercialisation des produits aupr√®s des petits √©pargnants), il d√©cide de s’exposer √† des risques nouveaux, en l’esp√®ce √† celui des soci√©t√©s de cr√©dit europ√©ennes. H2O bascule alors dans l’opacit√© des investissements, et fait entrer des actifs peu liquides dans sa besace.¬†

Ce que les analystes vont surtout retenir, c’est que Crastes travaille en collaboration avec un investisseur allemand appel√© Lars Windhorst, qui ne jouit pas d’une excellente r√©putation sur la place. Mais les rumeurs ne semblent pas influencer la strat√©gie de Crastes qui finit, en mai 2019, par entrer au conseil de surveillance du fonds g√©r√© par Windhorst.¬†

Ce mouvement est probablement le faux pas qu’il ne fallait pas faire, car il accr√©dite l’id√©e que H2O donne des coups de pouce √† un financier douteux qui sp√©cule sur des produits toxiques. En juin 2019, le Financial Times donne l’assaut et produit un article qui met en cause la liquidit√© des actifs d’H2O. Imm√©diatement, le “fund run” commence, et, en 10 jours, 20% des en-cours sont d√©collect√©s par les souscripteurs.¬†

Le coronavirus s’en m√™le

Apr√®s un √©t√© 2019 compliqu√©, et f√Ęcheux pour Natixis qui a tout d’une maison m√®re d’H2O dans l’esprit de la place, la survenue de la crise boursi√®re de mars 2020, dans la foul√©e du coronavirus, n’arrange pas les affaires de Crastes. A dire vrai, H2O d√©visse avant m√™me le confinement, notamment du fait de placements risqu√©s sur le march√© du p√©trole. Mais il est un fait que les semaines qui suivent n’arrangent rien. Les performances de Selectiz ci-dessus donnent une assez bonne id√©e des perturbations profondes qui se produites dans la foul√©e des d√©gringolades boursi√®res.¬†

Sur l’ensemble des fonds d’H2O, la pr√©sence d’actifs illiquides, c’est-√†-dire impossibles √† “racheter” (donc toxiques) devient un probl√®me majeur. Les moins-values sur les autres actifs provoquent m√©caniquement leur surrepr√©sentation dans les fonds, au-del√† des limites r√©glementaires. En l’esp√®ce, on parle de 15% de titres illiquides sur certains fonds g√©r√©s par H20. Cette situation a conduit l’AMF √† d√©cider, fin ao√Ľt 2020, d’ordonner le “gel” de ces fonds, c’est-√†-dire l’interruption de toute transaction sur ces fonds.¬†

Pour Natixis, l’effet est quand m√™me assez f√Ęcheux (d’ailleurs, le directeur g√©n√©ral, l’√©narque Riahi recrut√© par Fran√ßois P√©rol en 2009, est parti cet √©t√© sur le pointe des pieds).¬†¬†

Angoisse pour l’assurance-vie

√Ä l’occasion de ce d√©sastre qui interroge sur la capacit√© de Natixis √† auditer ses prises de risque, toute la question est de savoir dans quelles proportions l’assurance-vie √† la fran√ßaise est v√©rol√©e par ce genre de paris totalement hasardeux, o√Ļ le copain d’un √©narque qui s’imagine qu’√™tre chef d’entreprise est facile vous plante un couteau dans le dos en fricotant avec un investisseur plus ou moins v√©reux qui vous promet de l’argent facile. Personne n’a la r√©ponse aujourd’hui, mais les d√©clarations rassurantes de la sph√®re financi√®re sur cette affaire interrogent. Cache-t-on une d√©stabilisation en profondeur ? Rien ne l’exclut, et ce qui met la puce √† l’oreille, c’est l’empressement du petit monde de la finance √† parler tous les jours de H2O comme si c’√©tait l’affaire du si√®cle. Pour une broutille √† un milliard, pourquoi tant d’agitation ?

 

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1 commentaire
  1. Bonjour,
    Tout avait été écrit et décrit par plusieurs courriers avec RAR au ministre de l’Economie.
    Le principal problème est l’évaluation comptable des fonds communs de placement qui ne tient pas compte des réalités financières de l’offre/demande.
    En effet, la règle comptable mark-to-market (dite valeur de marché) de valorisation des fonds communs de placement, les fonds communs de placement ne sont pas des produits financiers mais des copropriétés, se contentant de prendre le cours fermeture comme référence de valorisation COMPTABLE des fonds n’a aucune réalité financière. Dès lors, il suffit de ventes plus importantes qu’envisagées par le gestionnaire pour que cela implose. Au demeurant, plusieurs courriers RAR avaient été envoyés en alerte ces derniers mois au ministre de l’Economie. Courriers reprenant les propos des ex-présidents de l’AMF avertissant des risques Merci

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