29 octobre 2020

Le courrier des stratèges

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Comment Macron fait méticuleusement le lit de la tentation maduriste

Emmanuel Macron a convaincu les Français, à moins de deux ans des élections présidentielles, qu’il pouvait épargner au pays un effort de redressement malgré une récession égale à 10 points de PIB. Cette démagogie le conduit à revendiquer désormais le droit de ne plus respecter le plafond de déficit budgétaire à 3%. Cette commodité qui devrait exaspérer nos partenaires européens vise à éviter un coup de pression fiscale après 2022. Mais elle prépare surtout un surendettement critique de la France, qui débouchera sur de dangereuses désillusions.  

Emmanuel Macron adore emmener les Français dans ses rêves éveillés : une débauche d’argent public tombée du ciel permettra de revenir à la croissance sans effort. Une dette illimitée financera la prospérité sans répercussion négative sur l’économie du pays. Ces croyances naïves qu’il partage avec la gauche (et avec Xavier Bertrand) devraient nous mettre, dans les deux ans qui viennent, en position extrêmement difficile. 

Cette dette publique que Macron imagine ne pas rembourser

On se souvient ici de la petite phrase d’Emmanuel Macron promettant que l’énorme dette publique qu’il creuse pour financer ses promesses pré-électorales ne serait pas remboursée par l’impôt. On ne pouvait formuler de promesse plus démagogique.

Dans la pratique, on sait déjà que quelques augmentations de taxes ou de contributions vont intervenir. C’est notamment le cas sur les complémentaires santé. Mais on peut penser que l’amélioration des EHPAD passera aussi assez rapidement par des contributions nouvelles. Celles-ci cibleront les retraités en priorité. 

Mais en dehors de ces mesures ponctuelles, le gouvernement fait vivre la fiction selon laquelle nos partenaires européens vont indéfiniment accepter nos déficits et ne pas exiger de nous un retour à une discipline budgétaire qu’ils ont eux-mêmes acceptée. Redisons-le : nous sommes extrêmement sceptiques sur le principe d’une exception française qui nous autoriserait ce que les autres se sont refusés. Et nous pourrons, tant que nous voudrons, ruer dans les brancards sur la « solidarité », la « souveraineté » et le « service public », tôt ou tard, nous devrons accepter la même discipline que les autres. 

Nos lecteurs savent que ces coups de moulinet dans les airs sur le mode du « nous, les Français, ne diminuerons pas nos dépenses », relèvent selon nous d’une tentation maduriste qui est, à ce stade, majoritaire dans le pays

La France réclame une révision des règles de Maastricht

Depuis le traité de Maastricht (approuvé par referendum, précisons-le), les États membres de l’Union se sont engagés à limiter leur déficit budgétaire à 3% de PIB. Avec un déficit budgétaire qui va allègrement exploser les 11% de PIB en 2020, la France mesure bien la difficulté qui l’attend pour revenir à l’orthodoxie maastrichtienne. Selon une bonne tradition gauloise, lorsque la règle est trop dure à respecter, on demande à la changer. 

C’est pourquoi notre jeune ministre des Affaires Européennes, Clément Beaune, a gentiment expliqué dans un entretien à l’AFP que les 3% étaient désormais caducs (voir ses propos ci-dessus). Officiellement, désormais, la dette publique sera une condition du retour à la croissance. Donc, il faut l’autoriser sans limite. 

L’illusion que le surendettement apporte la croissance

On comprend la logique sous-jacente à cette argumentation : l’endettement public sans limite apportera la croissance et permettra de redresser nos économies. Cette logique ne manque pas d’étonner, dans la mesure où elle repose sur l’idée implicite que la « planche à billets » est la solution qui permet de rétablir la bonne santé économique. 

Manifestement, Clément Beaune n’a pas connaissance des expériences menées en France, par le passé, dans ce domaine. On pense notamment aux assignats qui, sous la Révolution, ont débouché sur des émeutes révolutionnaires lorsque l’hyper-inflation a ruiné tous les détenteurs de ces titres. 

Mais il s’agit sans doute d’un détail, ou d’une broutille historique, qui ne doit pas nous empêcher de répéter, le coeur sur la main, que tout ira bien mieux en surendettant l’État, puis en fabriquant de la monnaie pour rembourser la dette. 

Premières alertes sur une nouvelle crise de la dette

Sur ce point, le ministre des Affaires Européennes gagnerait peut-être à lire l’étude de Standard & Poor’s publiée lundi sur le retour plausible d’une crise des dettes souveraines en Europe. En 2020, les banques européennes ont en effet réuni les ingrédients de la crise qui s’est produite en Grèce en 2011. Elles ont massivement acheté des titres de leur pays (méthode recommandée par certains souverainistes, signalons-le). 

Cette accumulation de dettes souveraines présente l’inconvénient de lier étroitement la bonne santé des banques d’un pays à la capacité dudit à rembourser sa dette. En cas de défaut, les banques elles-mêmes sont mises en difficulté. 

On comprend incidemment que la crise de 2020 a forcé les gouvernements, dans l’urgence, à balayer d’un revers de la main toutes les mesures prudentielles susceptibles de produire des coupe-circuit en cas de début d’incendie. Cette prise de risque, qui s’accompagne d’allègements successifs des règles prudentielles imposées aux banques, a déjà, il y a 10 ans, montré toute sa nocivité. Mais il n’est pire sourd que ceux qui ne veulent pas entendre. 

La tentation maduriste prend forme

On comprend à quel excès la France est conduite par peur de réveiller l’opinion publique et de lui dire la vérité. Pour faire croire que la crise n’exige pas d’effort, nous nous dépouillons progressivement de toutes nos défenses et de toutes nos réserves. Cette stratégie extrêmement dangereuse pourrait produire des effets de blast, dans les trois ans à venir, qui en surprendront plus d’un.