29 octobre 2020

Le courrier des stratèges

Prenez de l'avance sur l'actualité

Séparatisme et Islam : l’apartheid à bas bruit des bobos oblige Macron à rétropédaler

Dans le projet de loi sur le séparatisme, Macron opère un rétropédalage en beauté pour transformer son projet ambitieux en simple rafraîchissement de la loi de 1905 sur la laïcité. L’essentiel du discours offensif contre les visées politiques de l’Islam en France devrait être sévèrement arrondi. Une fois de plus, le discours bobo très islamophile fait le jeu d’un apartheid français à bas bruit contre le creuset républicain. 

Au détour d’une émission de radio, Gérald Darmanin hier a discrètement expliqué qu’il n’y aurait finalement pas de projet de loi sur le « séparatisme », et que le titre du texte viserait simplement la « laïcité ». Ce faisant, l’objectif ne serait plus seulement d’endiguer la montée de l’Islam radical, mais de viser toutes les religions : « ce n’est pas le seul objet du texte qui s’adresse à tous les cultes, contre tous les mouvements sectaires, impose la neutralité politique et religieuse », a-t-il dit. Voilà qui s’appelle rétropédaler. 

On est loin du discours de Macron sur le sujet la semaine dernière, en tout cas. Et (une fois de plus, dans la gouvernance macronienne qui est faite de tant de difficultés à transformer les discours triomphalistes en réalités tangibles et mesurables) on devine que toutes les annonces sur la limite posée à l’orthopraxie musulmane séparatiste ne vont pas tarder à passer à la trappe. 

Une opposition au sein même du gouvernement

Les raisons d’un rétropédalage aussi rapide ne sont pas claires. Certains penchent pour la crainte d’une nouvelle fracture au sein de la majorité parlementaire sur un sujet délicat. Comme nous le rappelions hier, Macron est d’ores et déjà prisonnier du MODEM, puisqu’il ne dispose plus que de 271 députés dans son groupe, quand la majorité absolue est à 289 voix. On peut donc imaginer qu’il prenne garde aux avertissements de certains des 271 qui craignent qu’un déport trop à droite sur ce marqueur urticant qu’est l’Islam ne leur coûte leur réélection en 2022, dans un contexte où LREM enchaîne déjà les bides électoraux. 

Mais, si l’on en croit les rumeurs colportées par la presse, l’opposition est moins venue du groupe LREM à l’Assemblée que de certains ministres eux-mêmes, qui sont mal à l’aise avec le discours présidentiel. Un ministre aurait même déclaré, selon le Parisien : « Un salafiste qui respecte les lois de la République, cela ne me pose pas problème ! Le salafisme ne mène pas au djihadisme. Ce sont deux sujets différents. »

Belle illustration de l’incompréhension des élites gouvernementales sur ce qu’est le fait salafiste. Pour le comprendre, on se reportera aux extraits de la lettre écrit par le Guide Suprême des Frères Musulmans à Macron, citée ci-contre. 

Les Frères Musulmans menacent Macron

L’affaire est relevée par Marianne et mérite une ample réflexion. Le Guide Suprême des Frères Musulmans a menacé Emmanuel Macron de représailles s’il persistait dans sa loi sur le séparatisme. Une bonne occasion pour ce « Guide » de rappeler que la loi d’Allah se situera toujours au-dessus des lois humaines : « Nous tenons vous affirmer, à vous-même [au Président Macron], au peuple français et à tous les peuples de la terre, que la pensée de la confrérie des frères musulmans, qui émane de la religion à laquelle ses partisans sont attachés, a toujours su vaincre les bavures de certains régimes, qui œuvrent délibérément pour les pousser à renoncer à leur religion, et qui usent de dépassements illégaux et inhumains en vue de dénaturer cette religion ».

Tous ceux qui imaginent encore qu’on peut être salafiste et respectueux des principes de la République devraient relire précieusement ce texte précieux plusieurs fois par jour. 

Les bobos et l’incompréhension du fait musulman

Cette idée selon laquelle un salafiste qui voile sa femme et ses filles ne pose pas de problème s’il respecte les lois de la République est assez répandue dans les milieux bobos. L’expérience montre qu’il en est de trois sortes. Seule une petite minorité de ces bobos vit au jour le jour au contact de la communauté musulmane (par exemple dans des quartiers mixtes) et n’a pas de problème avec le voile. 

La majorité des bobos se divise en deux groupes. Il y a d’abord ceux qui tirent profit du vote musulman pour arriver au pouvoir. Ils forment les rangs de ce qu’on appelle « l’islamo-gauchisme », dont les élus de la France Insoumise sont les meilleurs représentants (mais on en trouve aussi chez les écologistes). Et il y a les autres, ceux qui vivent enfermés dans des quartiers ethniquement purs où l’éloge du voile pour les femmes est une figure de style d’autant plus courante qu’elle ne concerne pas leur vie quotidienne. 

Macron est aujourd’hui largement prisonnier de cette faction : il est entouré de gens brillants et ambitieux qui vivent dans de beaux quartiers et, du haut de leur remparts bien gardés, vantent les mérites de la vie dans les faubourgs. 

Ceux-là forment une espèce de bourgeoise byzantine, toujours prête à minorer le danger ottoman, jusqu’à l’irréparable affaiblissement. Et nul ne sait combien, parmi eux, sont à la solde de gouvernements étrangers pour expliquer que le salafisme n’est pas un danger pour la démocratie. 

Une logique d’apartheid à bas bruit

Officiellement, le déni bobo sur la toxicité du salafisme est inspiré par la tolérance, la bienveillance et le respect des libertés. Ceux-là même qui n’ont d’ordinaire pas de mots assez durs pour l’église catholique, pour les adversaires du mariage pour tous et autres Gaulois réfractaires, n’ont pas de complexe à fermer les yeux sur l’homophobie et la domination masculine dans l’univers salafiste qu’ils ne fréquentent pas au quotidien et dont ils se servent à l’occasion pour décrocher des mandats électifs. 

Dans la pratique, il faut savoir se demander à qui le crime profite. 

Et la réponse à cette question est tout à fait évidente. Accepter que le salafisme impose son orthopraxie dans les communautés musulmanes nombreuses dans les « quartiers » est une façon à moitié avouée de valider un principe d’un apartheid. Chacun chez soi avec son mode de vie et ses habitudes, et les vaches seront bien gardées. 

On retrouve ici la logique d’apartheid à bas bruit qui domine les esprits bobos, en pleine réaction contre l’égalité des chances. Au fond, quoi de mieux qu’une société où les classes moyennes supérieures qui se retrouvent dans la « bienveillance » bobo sont sûres de leur domination sociale en enfermant les nouveaux entrants dans des modes de vie socialement stigmatisants ? Quelle meilleure façon de protéger des privilèges durement acquis ces dernières décennies ?

Erdogan aussi menace la France

Les Frères Musulmans ne sont pas les seuls à avoir réagi vivement aux intentions françaises de légiférer sur le séparatisme islamique. Le président turc Erdogan s’est fendu de déclarations incendiaires, entre autres : « Les propos de Macron, qui a dit que ‘l’Islam est en crise’ dans une ville où les musulmans sont majoritaires est plus que de l’irrespect. C’est une provocation claire ». Une évidence se dégage : l’Islam en France est une affaire sous surveillance internationale. 

Le séparatisme contre l’égalité des chances

Les jeunes issus de l’immigration, souvent très virulents et totalement prisonniers d’une éducation islamique fondée sur le renoncement à l’esprit critique, n’ont malheureusement pas tous compris que ce soutien inespéré des bobos à la cause de l’Islam est un cadeau empoisonné qui creuse la tombe de toutes leurs aspirations à la réussite et à une meilleure intégration. La protection accordée par certaines classes dominantes en France à leur pratique religieuse vise seulement à figer la société dans un ordre social injuste. En bas de l’échelle, les enfants issus de l’immigration arabo-musulmane, dont les échecs scolaires et sociaux sont légion, surtout comparés aux grandes réussites des communautés asiatiques (qu’on n’entend jamais se plaindre de discrimination de la part des Français de souche). En haut de l’échelle, les hauts fonctionnaires et les cadres supérieurs bien bobos avec leur bienveillance ostentatoire qui constitue une arme fabuleuse pour légitimer des discriminations sociales. 

Certaines bonnes consciences de gauche oublient d’ailleurs de préciser que le combat pour la laïcité contre l’église catholique, il y a un siècle, était d’abord un combat pour donner une chance à leurs grands-parents ou à leurs arrières-grands-parents de bénéficier d’une promotion sociale par l’école. Ces héritiers indirects de l’égalité des chances sont aujourd’hui, sous le sceau d’une bonne conscience généreuse, les plus grands adversaires de cette égalité des chances pour les jeunes issus de l’immigration. 

L’ignorance bobo de ce qu’est l’Islam

Sur le fond du débat, à savoir la mise en place d’un Islam des Lumières selon Emmanuel Macron, ou la liberté religieuse qu’il serait bon d’accorder aux femmes et aux fillettes voilées, rappelons l’excellent ouvrage d’Albert Hourani, historien libanais, appelé Arabic Thought in the Liberal Age (La pensée arabe à l’âge des Lumières). L’ouvrage montre comment la modernité dans le monde arabe est passée par un retour au fondamentalisme islamique, au contraire du mouvement occidental pour lequel la modernité a rimé avec l’émancipation vis-à-vis du cléricalisme. 

Autrement dit, l’Islam des Lumières, c’est le salafisme. Et ça ne fait vraiment pas envie.