La fin de la liberté d’expression : l’État de surveillance et la délation – par Ulrike Reisner (1ère partie)

L'Allemagne et l'Autriche ont découvert le « discours de haine » comme moyen de pression politique. La traque inconditionnelle de la haine par les ONG, les médias, le monde politique et, entre-temps, les procureurs, conduit à une nouvelle forme subtile de terreur politique et sociale. Cela met la liberté d'expression à rude épreuve et établit un système de « contrôle de l'esprit ».

En 2014, Thilo Sarrazin a publié son livre « Der neue Tugendterror » (Nouvelle terreur de la vertu. Sur les limites de la liberté d’expression en Allemagne). Cette publication a déclenché un débat très émotionnel. La raison en était certainement le « conformisme d’opinion libéral de gauche » tant observé par Sarrazin, que les médias allemands imposent selon lui de manière pénétrante. C’est au plus tard depuis cette publication que l’expression « terreur de la vertu » est connue dans l’espace germanophone.

La Neue Zürcher Zeitung a mentionné, en même temps que la parution du livre de Sarrazin, le publiciste suisse Johannes Willms[1], qui fait découler la terreur de la vertu de la Révolution française de 1789. Comme je manque de connaissances en la matière, je ne souhaite pas m’exprimer sur cette comparaison. Mais je voudrais montrer dans quel climat politique et médiatique les décisions sont prises en Allemagne et Autriche aujourd’hui. Je vais donc esquisser cette évolution hautement problématique à l’aide de deux exemples. Il s’agit de la première des trois parties d’une mini-série sur la fin de la liberté d’expression.

Cas 1 : Suicide d’une femme médecin en Autriche; ou : l’inversion coupable-victime !

Notre premier cas nous conduit en Autriche[2][3], où la politique et les médias se sont à nouveau lancés dans la traque du « discours de haine ». L’élément déclencheur a été le suicide d’une femme médecin qui était apparue dans les médias sociaux en tant que partisane des vaccins Corona et qui aurait donc, selon les dires, fait l’objet d’hostilités et de menaces. Depuis, il ne se passe pas un jour sans que les médias publics et parapublics ne présentent de nouvelles propositions et contributions sur la manière dont la poursuite des « discours de haine » peut être rendue encore plus efficace.

“Des groupes d’extrême droite ont l’audace de lancer des théories du complot abracadabrantes et de faire de la femme médecin leur victime par-delà la mort. Les crimes de haine numériques sont encore traités de manière trop laxiste. Les autorités manquent de compétences numériques, de personnel et souvent de conscience du problème”[4]

La Chambre des Médecins en Autriche réclame des lois plus sévères et des peines plus lourdes. Un service de médiation pour le harcèlement, la violence, le sexisme et le racisme pour les médecins a été mis en place à Vienne. Des voix s’élèvent pour réclamer un ministère public spécifique.

Ce que l’on omet soigneusement de dire, c’est que cette femme médecin est elle-même apparue avec des déclarations fortement polarisantes. Même si ses messages Twitter ont été supprimés, ils peuvent encore être trouvés par des moyens détournés [5][6][7]:

Proposition : les personnes non vaccinées doivent assumer elles-mêmes leurs frais de traitement en cas d’infection et prendre en charge les coûts de tous ceux qu’elles ont contaminés, y compris la perte de revenus (Dr. Lisa-Maria Kellermayr (@drlisamaria) August 1, 2021)

On discute tout aussi peu du fait que ceux qui s’engagent maintenant bruyamment pour la poursuite du « discours de haine » ont eux-mêmes massivement contribué à la division de la société en Autriche et lui ont causé de grands dommages. Cela concerne aussi bien la Chambre des Médecins en Autriche que les représentants du gouvernement et de l’opposition, la majeure partie des médias ainsi que les représentants de la justice et de l’administration. Ceux-ci prennent maintenant prétexte du suicide de cette femme médecin pour dissimuler leur propre contribution à la division de la société. Cette forme d’ « inversion coupable-victime » est pratiquée par-delà les frontières, comme le montre l’exemple de la plateforme médiatique polonaise wyborcza.pl :

“Avant l’invasion de l’Ukraine, les services secrets russes n’ont manqué aucune occasion de semer le trouble à l’Ouest. Et il ne s’agissait pas seulement de soutenir Donald Trump, les partisans du Brexit ou les séparatistes catalans. … En Autriche, une femme médecin harcelée par des opposants à la vaccination s’est suicidée. Les traces de ces groupements qui se répandent dans toute l’Europe mènent aussi à Moscou”[8]

Nous avons compris le contrôle mental: les Grands Marionnettistes de Moscou dirigent à travers toute l’Europe tous les « éléments subversifs et haineux » qui ne veulent pas se soumettre au contrôle étatique.

Cas 2 : Bureaux d’enregistrement en Rhénanie-du-Nord-Westphalie ; ou : Vive la délation !

La ministre de l’Intégration et de l’Égalité des chances Josefine Paul (Verts) a inauguré l’été en Rhénanie-du-Nord-Westphalie en annonçant la mise en place de quatre bureaux d’enregistrement sur les incidents anti-queer et racistes. En plus du bureau d’enregistrement sur l’antisémitisme déjà lancée, la mise en place de quatre autres a commencé (sur la « queerophobie », le racisme antimusulman, l’antitsiganisme ainsi que le racisme anti-noir, anti-asiatique et d’autres formes de racisme).

La ministre souhaite « enregistrer notamment les incidents en dessous du seuil de punissabilité qui ne sont pas enregistrés dans les statistiques de la police, grâce à un système unique en Allemagne »[9]. En d’autres termes, les gens sont appelés à dénoncer ce qui n’est en fait pas punissable. La ministre se fait aider par des ONG qui reçoivent pour cela des moyens financiers appropriés.

Cette nouvelle forme de délation, que le gouvernement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie présente comme un « engagement conséquent contre la haine », a immédiatement été vivement critiquée.[10][11]

Un commentateur n’a pas mâché ses mots : « Maintenant, on peut malheureusement affirmer à juste titre que la tendance « blockwart » semble profondément ancrée dans l’âme allemande ».[12]

Comme le montre l’exemple de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la nouvelle « terreur de la vertu » prend désormais des proportions structurelles et financières considérables. Les bureaux d’enregistrement complètent les 42 centres de conseil déjà existants pour les personnes victimes de discrimination raciale. En outre, le nouveau gouvernement mettra en place, entre autres, un bureau régional de lutte contre la discrimination et élaborera une loi régionale contre la discrimination. Dans d’autres Länder allemands, comme la Bavière, l’évolution est tout à fait similaire.

La haine n’est pas punissable

Les États membres de l’UE ont des conceptions différentes de ce qu’il faut entendre par « discours de haine ».[13] En Autriche, il existe depuis 2021 une loi sur les plateformes de communication contre la haine en ligne[14], et des projets de loi comparables sont en discussion en Allemagne.

Comme l’explique une professeure de droit public à l’université, « Un État peut poursuivre tout discours de haine accessible sur son territoire. Au préalable, il doit toutefois traquer ces propos dans l’immensité de l’Internet. L’État peut se faire aider dans cette tâche, par exemple par des ONG qui conseillent les victimes de discours de haine et encouragent les gens à dénoncer les discours de haine.».[15]

Ces dernières années, la plupart des pays européens ont mis en place des mécanismes nationaux de signalement et de soutien aux victimes de cyberharcèlement, de discours haineux et de crimes de haine, fournis par les autorités nationales et les ONG.

Dans les discussions correspondantes, il est souvent fait référence au fait que le « discours de haine » attaquerait des groupes de personnes sur la base de la couleur de peau, de la religion ou de l’orientation sexuelle. L’interdiction de la discrimination, qui interdit à l’État de désavantager des personnes sur la base de ces caractéristiques, s’opposerait à cela. [16]

Cependant, Nikolaus Forgó, professeur de droit technologique à l’université de Vienne et membre du Conseil de protection des données, souligne à juste titre que « la haine n’est pas punissable en soi. Ce qui est punissable, c’est dans certaines circonstances un délit qui se réalise à partir de la haine, comme par exemple une menace dangereuse. On peut continuer à haïr selon notre ordre juridique ». [17]

Mais comme nous l’avons expliqué, ceux qui sont à l’origine de cette évolution ont pour objectif le contrôle systématique de l’opinion publique. Avec l’aide des ONG, des banques de données sont créées avec des fonds publics, dans lesquelles les déclarations des citoyens sont enregistrées et documentées. Dans le cas de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, il s’agit toutefois aussi de déclarations couvertes par la Loi fondamentale et les lois de la République fédérale d’Allemagne. Cette nouvelle forme subtile de terreur politique et sociale met la liberté d’expression à rude épreuve et établit un système de « contrôle de l’esprit ».

Arrêtez le voleur !

Le moment choisi pour cette poursuite intensive du « discours de haine » n’est pas étonnant. Maintenant que les dégâts massifs de la crise de Corona sur le plan sanitaire, économique et social sont visibles en Allemagne et en Autriche. Maintenant que, sous le prétexte de la guerre en Ukraine et avec la collaboration de l’UE et de ses États membres, une guerre économique sans précédent est menée contre sa propre population. Maintenant que même le plus stupide doit se rendre compte que la politique migratoire complètement ratée de ces deux États peut conduire à court terme à des situations proches de la guerre civile.

Qui thématise aujourd’hui le « discours de haine » de l’ancien chancelier autrichien Alexander Schallenberg (l’actuel ministre des Affaires étrangères), qui a rendu responsable du confinement général en novembre 2021 « l’attitude non solidaire de la partie de la population qui ne s’est pas fait vacciner ? »[18]

Qui thématise aujourd’hui le « discours de haine » de l’actuel ministre allemand de la santé, Karl Lauterbach, qui déclarait fin octobre 2021, en pensant à l’hiver : « Mais il est clair que la plupart des personnes non vaccinées d’aujourd’hui seront d’ici là soit vaccinées, soit guéries, soit malheureusement décédées, car les infections avec des évolutions graves concernent surtout les personnes qui refusent la vaccination » ?[19]

C’est maintenant, précisément maintenant, qu’il faut brouiller les pistes et lancer des manœuvres de diversion. Les auteurs se stylisent en tant que victimes. Ils veulent des lois et des structures pour se protéger de ce qui pourrait bientôt les atteindre : la colère de la population, qui peut bien sûr aussi prendre la forme de la haine.

Vous découvrirez dans mon prochain article comment la liberté d’expression est systématiquement capitalisée.

[1] https://www.nzz.ch/feuilleton/buecherherbst/tugendterror-ld.758706?reduced=true

[2] https://fr.euronews.com/2022/08/02/le-suicide-dune-medecin-harcelee-par-les-antivax-choque-lautriche

[3] https://www.lematin.ch/story/le-pays-pleure-le-suicide-dune-medecin-harcelee-par-des-antivax-628653485705

[4] https://www.sn.at/politik/innenpolitik/leitartikel-wir-brauchen-endlich-eine-digitale-zivilcourage-125064640

[5] https://orf.at/stories/3236857/

[6] https://www.derstandard.at/story/2000131219402/corona-gegner-protestierten-vor-klinik-in-oberoesterreich

[7] https://exxpress.at/blumen-fuer-aerztin-heftige-debatte-um-bild-von-van-der-bellen/

[8] https://wyborcza.pl/7,75399,28747203,wiele-frontow-putina-przeciwko-europie.html

[9] https://www.mkffi.nrw/aufbau-von-vier-meldestellen-zu-queerfeindlichen-und-rassistischen-vorfaellen-gestartet

[10] https://www.bild.de/politik/kolumnen/kolumne/kommentar-keine-meldestellen-fuer-petzer-80715492.bild.html

[11] https://www.focus.de/politik/deutschland/helmut-markworts-tagebuch-was-passagiere-an-flughaefen-erleiden-muessen-und-wie-eine-gruene-denunzianten-sucht_id_121210084.html

[12] https://www.cicero.de/kultur/neue-meldestellen-in-nrw-strafbarkeitsgrenze-paul-gruene

[13] https://sosracismo.eu/wp-content/uploads/2016/07/Hate-Crime-and-Hate-Speech-in-Europe.-Comprehensive-Analysis-of-International-Law-Principles-EU-wide-Study-and-National-Assessments.pdf

[14] https://www.oesterreich.gv.at/nachrichten/allgemein/Kommunikationsplattformen-Gesetz-gegen-Hass-im-Netz.html

[15] https://www.oeaw.ac.at/fileadmin/NEWS/2020/PDF/Akademie_im_Dialog_19.pdf

[16] Pöschl M., Neuvermessung der Meinungsfreiheit, in: Koziol H. (Hrsg.) Tatsachenmitteilungen und Werturteile: Freiheit und Verantwortung, Sramek, 2018, 46 ff.

[17] https://tvthek.orf.at/profile/ZIB-2/1211/ZIB-2/14144911

[18] „ZIB 2“ im ORF 2 vom 19.11.2021, ca. 09:09

[19] https://www.n-tv.de/panorama/Ungeimpfte-bis-Maerz-geimpft-genesen-oder-leider-verstorben-article22893169.html

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2 commentaires
  1. Les turpitudes des gouvernements et de leurs “idiots utiles” pour récrire l’Histoire sont secondaires. La vraie question est : est-ce que la population y croit ou pas ?
    Pendant des décennies, la Pravda a écrit, récrit n’importe quoi. A la fin, plus personne ne croyait la Pravda.

  2. Pourquoi ne pas rappeler que cette notion débile de “discours de haine” a été inventée dans les années 90 par la gauche? Et cela afin qu’on ne critique pas les idées calamiteuses de celle-ci, en particulier sur l’immigration.

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