Est-il encore raisonnable de ne pas espérer une révolution dans la France de 2020 ?

Existe-t-il des gens raisonnables dans la  France de 2020 qui ne souhaitent pas une révolution pour tordre le cou à la Vè République, à ses lourdeurs, à ses blocages, à sa technostructure qui l’accapare, la domine, lui mange la laine sur le dos et l’entraîne dans un déclin qui ressemble de plus en plus à une décadence ? Oui, bien sûr, une révolution est souhaitable, désirable, utile, indispensable dans ce gloubi-boulga institutionnel qu’aucune réformette n’est parvenue à améliorer. Il faut que ce pays se relève, et pour se relever, il doit commencer à balayer l’escalier par le haut. 

L’urgence ou non d’une révolution fait partie des tabous français actuels. D’un côté, tout le monde sent bien que le système politique actuel est au bout de quelque chose. La Vè République est exsangue. D’un autre côté, la Révolution fait peur, et d’autant plus peur qu’elle se rapproche. Un nombre grandissant de Français vit en se demandant non si elle éclatera ou pas, mais quand elle éclatera. Toute la question est de savoir si elle est souhaitable et si elle se traduira par des violences et des épisodes sanguinaires effrayants… Voici quelques éléments de réponse à l’adresse des gens rationnels. 

Révolution et ras-le-bol de la Vè République

Sur le fond, il est frappant de constater que peu de personnes se font aujourd’hui les apôtres d’un statu quo politique et d’une défense acharnée de la Vè République. L’élection d’Emmanuel Macron a d’ailleurs correspondu à ce besoin d’un renouveau en profondeur face à un système vieillissant où l’exercice du droit de vote est de plus en plus déceptif et où la classe politique est vécue comme non représentative et déconnectée de la réalité. 
 
Beaucoup ont pensé que l’homme nouveau Macron permettrait de changer la donne dans le pays sans rupture constitutionnelle. Un jeune Président devait, par la grâce de son âge, renouveler l’exercice politique du pays. 
 
Trois ans plus tard, la déception est grande, et la perspective d’un nouveau second tour entre Macron et Le Pen ajoute à ce sentiment de lassitude, voire de désespérance vis-à-vis d’un système qui ne parvient pas à se réformer de l’intérieur. 

La révolution commencera-t-elle par un défaut sur les retraites ?

Pour en savoir plus, ne manquez pas le papier que j’ai consacré aux 70 milliards€ du déficit des retraites prévisible sur les 5 années à venir. L’implosion de notre système de retraites est une opportunité pour la France. 

L’urgence commence à se faire sentir

Pendant ce temps, la situation du pays ne cesse de se dégrader. Emmanuel Macron s’est montré incapable d’inverser l’expansion constante de la dépense publique et de l’intervention étatique dans l’économie et dans la vie privée des Français. Il se montre tout aussi incapable de réformer l’Etat et de le rendre efficace : la police se fait désormais ouvertement marcher sur les pieds par les voyous, voire pire. Les résultats du système éducatif plongent. Partout, la justice prend l’eau. 

Au fond, notre système institutionnel est fatigué, épuisé par la technostructure qui l’encadre et le crible d’injonctions contradictoires sans cohérence et sans vision. Et pendant ce temps, les élus discutent, se chamaillent, s’occupent de leur carrière et se montrent incapables de redresser un pays à la dérive. 

Le naufrage de la gestion de crise du coronavirus donne un exemple pour ainsi dire caricatural de ce laissez-aller où nous dérivons. Il est temps de réagir. 

La révolution a peut-être commencé et nous ne le savons pas

Malgré ces constants accablants, la France tremble, et en son sein, les classes dirigeantes continuent à préférer absurdement, déraisonnablement, une survie sous tente à oxygène d’une Constitution en bout de course. On sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne !

À tous ceux-là, il faut d’abord redire que la Révolution de 1789, qu’ils érigent souvent en repoussoir, n’a rien à voir avec l’épisode de 7 années de gouvernement par la rue souvent représenté dans les écoles. L’idéologie marxiste a volontiers travesti la Révolution en un épisode de terreur ininterrompue maintenue par un peuple en armes dans les rues. Cette vision très idéologique n’a rien à voir avec ce que décrit un témoin des faits comme Tocqueville, pour qui la France était entrée en Révolution sans vraiment le savoir ni s’en rendre compte, et qui en est sortie dans la même opacité. 

D’ailleurs, peut-être la Révolution a-t-elle déjà commencé sans que nous ne l’ayons vue survenir. La prise de l’Arc-de-Triomphe le 3 décembre 2018 apparaîtra peut-être dans dix ans comme la première journée d’une révolution qui fera florès dans les années à venir. Personne ne peut le savoir. 

Combien de journées révolutionnaires en 1789 ?

Un mythe tenace soutient que, de 1789 à 1799, le peuple en armes aurait semé la terreur dans les rues de France, et spécialement à Paris. Dans la pratique, les épisodes proprement révolutionnaires durant la Révolution ont été très limités et n’ont pas dépassé quelques journées par an dans le pire des cas. L’impression d’un peuple en mouvement est une reconstitution a priori. 

La Révolution est aujourd’hui le choix le plus raisonnable que nous puissions faire

Dans la pratique, la rationalité commande aujourd’hui d’en finir avec cette République qui a parfaitement fait son office en 1958 lorsqu’il s’est agi de rétablir l’ordre face aux troubles en Algérie. Mais, depuis quelques décennies, les avantages de cette constitution très autoritaire sont chaque jour surpassés par ses inconvénients : faible représentativité de l’Assemblée Nationale, immobilisme des élites protégées de l’intervention citoyenne par une multitude de barrières qui les déconnecte de la réalité, arbitrages politiques sans débat avec la Nation, déliquescence de l’Etat. 

Face à ces nombreux vices, rien n’y fait. Ni Sarkozy, ni Hollande, ni Macron ne sont parvenus à changer la donne. Quand un système ne se réforme pas, quand un système est bloqué, quand les gens qui en tirent parti se montrent incapables de le faire fonctionner dans l’intérêt général, ne faut-il pas changer le système et les gens qui le font ?

Ce choix de bon sens s’impose aujourd’hui, et n’est guère contrarié que par une peur irrationnelle du changement. 

L’immobilisme de la Vè République n’évitera pas la violence

La croyance naïve des élites consiste à penser que le choix se situe entre une révolution violente et un immobilisme pacifique. Posée ainsi, l’alternative porte forcément à préférer la paix à la guerre. Sauf qu’il reste à prouver que l’immobilisme à tout prix dans la Vè République nous évitera la violence. 

Il suffit d’examiner la situation dans les banlieues pour comprendre que ce pari est tout à fait audacieux. Tout porte à croire que la violence viendra beaucoup plus vite par le maintien dans la Vè République que par un changement de régime. Les policiers brutalisés dans les banlieues, les tensions dans la société française, les appels de plus en plus nombreux à une forme d’insurrection montrent que le statu quo institutionnel et constitutionnel ne nous empêchera pas de connaître des troubles extrêmement désagréables. 

Rationnellement, là encore, il n’est pas inintéressant de se demander si un changement de régime accepté et maîtrisé n’est pas beaucoup plus raisonnable qu’un maintien coûte-que-coûte dans un cadre obsolète. 

10 Commentaires

  1. la révolution est déjà commencée, mais elle tarde à s’imposer.
    En effet seuls les migrants ou autres habitants des cités ont le courage de taper sur le flics ou autres représentants de cet ripoublique qui nous détruit un peu plus chaque jour.
    Le coronavirus , vaste blague, juste organisée pour détruire le pays, est la marque de la nullité de nos hopitaux alors que nos cliniques sont vides.
    Ce qui nous détruit c’est cette oligarchie ponctionnaire qui nous impose son banditisme, son escroquerie : cette police qui ne protège que la ripoublique, ces profs nuls qui entraine la jeunesse dans le chomage, ces médecins totalement nuls (je l’ai bien vu avec le maladie de Lyme) et je ne parle pas d’une armée qui n’en a plus que le nom.
    Ce système n’est là que pour détruire les entreprises, créer des pauvres et des chomeurs : n’oublions pas que pour un pauvre, le ponctionnaire reçoit un budget très important : il a donc tout intérêt à maintenir dans la pauvreté !!!!
    Et quand aux flics que vous plaigniez, ils sont les vrais voyous qui ont préféré taper sur des français qui avaient des retraites bien petites, sur des mères de famille qui avaient le malheur de refuser le mariage pour tous.
    Quand on me dit que les flics protègent les magasins, je tiens juste à faire remarquer que ce sont les impôts et taxes pour bien gaver ces flics qui font crever les magasins.
    Oui IL FAUT une révolution, mais je crains fort que Macron l’empêchera par tous les moyens, tentant même de s’imposer dans cette ripoublique qu’il aime tant !!! Il faut bien reconnaitre que seule la police et tous ces inutiles rentiers qui tournent autour ne sont là que pour protéger la ripoublique.
    Les flics, parlons-en, se plaignent toujours plus, mais on va leur donner des milliards qui seront prélevés sur les commerçants, artisans, agriculteurs et autres industriels qui en crèvent !!!!

    • Je suis tout à fait d’accord avec vous, mais après 30 ans de lobotomisation de masse, la jeunesse de ce pays PEUT elle vraiment faire le poids contre les voyous en col blanc? je l’éspère

  2. Je ne veux pas vous casser la baraque mais les analyses socio-démographiques montrent que la « Révolution » est toujours le fait de peuples en poussée démographique forte et, donc, avec de forts contingents de jeunes hommes et femmes voulant dépasser l’horizon D’ailleurs on sait depuis Bernanos que c’est toujours  » la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents. Est ce vraiment le cas de la France actuelle; sauf peut-être dans les banlieues justement ? Enfin, pour ne pas rester dans le règne de l’émeute stérile, la « Révolution » doit aussi être portée par des mouvements d’idées qui génèrent un bouillonnement intellectuel finissant par amener les masses à croire en un avenir meilleurs, même si c’est l’utopie du « grand soir ». Y aurait-il eu 1789 sans le bouillonnement d’idées et la curiosité que fut tout le XVIII siècle (ainsi, à 2 doigts de l’échafaud, le malheureux Louis XVI lui-même ne demandait-il pas encore « A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ?) ? Ou sentez vous actuellement un bouillonnement d’idée dans notre France bien sagement anesthésiés par la gestion bureaucratique type « Union européenne » ? Enfin la période d’ « un long jour sans fin » que nous avons effectivement l’impression de vivre depuis Chirac, voir depuis 1983, peut durer aussi encore très longtemps. Ainsi, avant de sortir de sa léthargie depuis sa Révolution il y a 1/2 siècle, la Chine n’est elle pas restée figée pendant des siècles. Quant à la France, les causes profondes de la Révolution, notamment ce que l’on nommait alors la » banqueroute de l’Etat » (est- ce que cela ne vous rappel rien), elles remontent en fait à la fin du règne de Louis XIV figé dans la bigoterie avec sa période « Mme de Maintenon »; un siècle donc… Enfin, last but not least, l’histoire de l’humanité est riche de celles de pays, voir de civilisations, devenues en quelques sortes séniles et qui n’arrivent plus jamais à se réformer pour pouvoir survivre ne laissant alors que de  » Grands Cimetières sous la lune »…
    ,.

    • On ne peut qu’agréer à votre théorie démographique. Et donc la natalité dans les banlieues nous mène à une toute autre révolution. Non pas celle d’un peuple trahi et asservi par ses élites mais d’une faction fanatisée par son dieu.

  3. La France depuis quelques décennies est une suite de mensonges sur lesquels beaucoup trop de citoyens sont d’accord et cela rend son redressement impossible ou très , très difficile.
    « Plus une société se détourne de la vérité, plus elle déteste ceux qui la disent. » George Orwell

  4. Aucune chance, trop de monde bouffe au râtelier et dans les perdants beaucoup sont déjà passés dans la catégorie très pauvres où l’énergie manque au même titre que la nourriture pour irriguer les muscles et le cerveau. Par contre, sur la base de la « peau de léopard » de notre territoire, plus probablement de forts troubles ethniques dans plusieurs zones en parallèle. Parce que ce phénomène est prégnant et recoupe toutes nos tares, financement tous azimuts, stérile et totalement à crédit.

  5. Ce n’est pas la Vème République qui est exsangue, ce sont ces dirigeants accédant au pouvoir par le clientélisme, le mensonge et dans le cas de Macron par une sorte de coup d’état médiatico-juridique. En ce sens, il est exact que « l’exercice du droit de vote est de plus en plus déceptif et (que) la classe politique est vécue comme non représentative et déconnectée de la réalité ».
    Il est excessif d’affirmer que beaucoup de gens aient vu dans Macron un homme qui « par la grâce de son âge (pouvait) renouveler l’exercice politique du pays ». Les convaincus ont été fort peu nombreux, le niveau d’abstention en témoigne, et cela malgré l’ahurissant battage médiatique dont Macron a bénéficié.
    S’il est « temps de réagir » en effet, ce n’est pas pour bazarder une « Constitution à bout de souffle » (idée très mélanchonnesque). Les institutions ne sont rien ou pas grand-chose, ce sont les hommes qui sont tout. L’actuelle classe politique est composée en grande partie d’irresponsables, qui n’ont jamais été sanctionnés par des échecs, venant du monde du secteur public ou proche du secteur public, où l’erreur n’est jamais mortelle.
    On sursaute en voyant Tocqueville présenté à la barre comme témoin de la défense d’une Révolution douce. Où avez-vous été pêcher ça ? Présenter « l’égalité » comme inéluctable, situer de nombreux aspects de cette idée dans le prolongement de la monarchie absolue comme il le fait dans « L’ancien régime et la révolution », ne fait pas de Tocqueville un laudateur des septembriseurs, beaucoup s’en faut. Pis encore : il faut n’avoir jamais lu Taine et ses « Origines de la France contemporaine » pour douter que la France a été aux mains, pendant des années, d’une poignée de bandits et de fous furieux, gouvernant par le mensonge et la terreur. Bien loin d’être une production de l’idéologie marxiste, ces fait inspirèrent les communistes comme les inspira la Commune de 1870 – à laquelle le Révolution se rattache étroitement.
    Cela étant, la question de savoir si une révolution a déjà commencé, de nos jours, fait partie des prédictions qui se veulent auto-réalisatrices, et ne sont que faiblement étayées par les faits.
    Non que manquent les motifs de révolte. Ils seraient presque trop nombreux, on ne sait vers lesquels se tourner ! Manque seulement la pulsion qui fait sortir les gens de chez eux. La façon dont sont acceptées les actuelles décisions liberticides par une population anesthésiée par les médias de masse et somme toute suffisamment gavée d’argent public pour ne pas manquer de pain – au sens symbolique – est démonstrative. L’allusion aux Gilets jaunes et à la « prise de l’Arc de Triomphe », la façon dont ce mouvement de révolte venu « d’en bas » a été facilement récupéré et circonscrit, exprime l’improbabilité d’une révolution plutôt que sa plausibilité. Hélas, peut-être…
    Les dirigeants politiques ont un peu appris, depuis deux siècles. Et l’on peut même dire que c’est tout ce qu’ils ont appris : comment se cramponner au pouvoir.
    La grande ombre de la Grande Révolution obscurcit la lecture du présent. Pour autant, si une révolution type ’89 est pour le moins chimérique (mais j’exclus ici le paramètre des banlieues, qui serait à considérer), une révolution type 2.0 a sans doute, elle, déjà commencé. C’est cette idée qu’il faudrait développer, pour en tirer les conséquences possibles et l’action souhaitable si l’on veut, comme je le crois, renverser la table. Mais en douceur, et non pas comme les énergumènes de la Convention, type de Révolution qui n’a jamais amené que davantage de tyrannie et de destruction des libertés – ce à quoi nous sommes le plus attaché, et qui plus que jamais s’enfuit.

    • tant qu’on n’aura pas détruit les ponctionnaires, on n’avancera à rien. Ils sont les vrais destructeurs de notre société et le montrent partout : mais les détruire exigera une forte dose de volonté car tout homme politique en a besoin pour imposer ses idées : nous le voyons partout !!!
      je n’ai pas la même hauteur de vue que vous, mais mon « terre à terrisme » me permets de voir les choses « d’en bas » !!

      • @Bertrand
        Les détruire, peut-être pas, mais les remettre à leur place, certainement – cette place qui est de servir, modestement. En fait, ce ne sont pas tant les fonks qu’il faut raccourcir si j’ose dire, mais l’État qu’il faut réduire, le nombre de ceux-là n’étant que la résultante de l’État totalitaire – et voulu tel par le socialisme collectiviste.

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