Julien Messias : l’affaire Gamestop ou le David boursicouteur contre le Goliath financier !

L'affaire Gamestop, qui vient de bousculer Wall Street et d'illustrer un activisme actionnarial particulièrement intéressant, n'a pas fini de susciter de nombreux commentaires sur la fragilité des fonds d'investissement qui font la finance internationale. Ou comment 2 millions d'investisseurs se liguent pour faire couler un hedgefund de plusieurs milliards et sauvent la marque de leur jeunesse....

Julien Messias

Actuaire, co-fondateur de Quantology, Asset Management

Gamestop, c’est l’histoire de 2 millions de “déplorables” qui se rassemblent pour sauver de la faillite la société de leur jeunesse : Micromania ! Qui, dans sa jeunesse, n’a pas sillonné les fameux rayons bleus à la recherche du dernier opus de Fifa, Crash Bandicoot ou Tekken ?

Gamestop : que s’est il passé ?

Face au rally du titre (x 20 en 1 mois), le hedge fund Melvin Capital, qui pariait sur la baisse du titre et sur la faillite de la Gamestop, a dû fermer le 26 janvier !

Rappelons que cette envolée boursière concerne également Blackberry ou AMC. Le point commun entre toutes ces entreprises ? Une symbolique générationnelle autour des 30 – 40 ans qui ont tous “scrollé” un Blackberry ou assisté à des projections dans les salles de cinéma AMC (aux Etats-Unis).

Grâce aux forums et autres réseaux sociaux, les “petits” investisseurs se rendent compte aujourd’hui de leur nouvelle puissance face aux “experts” autoproclamés et qu’ils ont si longtemps cru invincibles.

Quelle réponse des régulateurs et autres intermédiaires ?

Dos au mur, en pleine journée boursière, Robinhood (qui, on le rappelle à dessein, signifie paradoxalement Robin des Bois en français) et d’autres brokers en ligne changent arbitrairement les règles du jeu en empêchant leurs clients d’acheter librement du Gamestop ou du AMC, faisant chuter les cours et rompant avec la sacrosainte symétrie du marché, pierre angulaire de la confiance des acteurs.

Robinhood et d’autres brokers ont rompu la sacrosainte symétrie du marché

En faisant cela, le risque de faire face à la colère des investisseurs est très grand, faisant poindre une menace pour l’existence même de ces plateformes, qui peuvent devenir cible de boycott ou autres actions militantes.

Même les politiques s’en mêlent : tant du côté démocrate (Ocasio-Cortez) que républicain (Cruz), ils réclament – avec un certain succès – la réouverture immédiate des ordres d’achats sur ces plateformes et le retour d’une certaine cohérence.

Un nouveau paradigme ?

Forts de leur succès, ces investisseurs ne vont surement pas en rester là : ça va se reproduire, rendant de plus en plus dangereuses les positions de ventes à découvert chez les hedge funds, et soulignant l’importance fondamentale de la gestion du risque au cœur des règles de gestion.

La force de frappe de la communauté des petits porteurs, aussi puissante que celle de n’importe quel gros acteur spéculatif

Nous constatons ainsi l’émergence d’un nouvel acteur, la communauté des petits porteurs, dont la force de frappe est aussi puissante que n’importe quel gros acteur spéculatif.

D’un point de vue plus général, c’est l’émergence d’une conscience chez les boursicoteurs. En se rassemblant, ils acquièrent une puissance digne des plus grosses structures, qu’ils sont en mesure de faire chuter. Ils peuvent devenir des investisseurs militants, nouveaux chevaliers blancs de quelques marques en difficulté, qui fleurent bon leurs souvenirs de jeunesse.

L’intelligence collective comme moteur

Plus que les valorisations, c’est l’étude de la psychologie des investisseurs qui doit être au centre de la philosophie de gestion, avec une approche innovante et robuste. 

Tesla est un autre exemple très intéressant de divergence entre les “sachants” ou autres “experts” autoproclamés qui, depuis 3 ans, à grand renfort de ratios obscurs voire occultes, serinent la survalorisation du titre, et des millions de porteurs, qui pour beaucoup d’entre eux achètent en s’en remettant à la figure tutélaire d’Elon Musk. Le résultat : un cours de bourse multiplié par 15 !

En résumé, ce qui se passe sur Gamestop, c’est un formidable exemple de militantisme actionnarial de la part de petits porteurs. Aujourd’hui, rien n’empêche la société de se refinancer via une augmentation de capital pour se relancer et retrouver une nouvelle jeunesse. Une nouvelle source de financement collaborative est née ! L’ISR n’a plus l’exclusivité de l’investissement militant. Place à l’intelligence et à l’action collective des petits porteurs !

Article initialement publié sur le Journal du Net. 

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1 commentaire
  1. Merci pour cette synthèse
    Donc l’intelligence collective de petits actionnaires peut venir à bout, mieux que les IA géantes, type BLACK ROCK/ ALADDIN, des très très gros gestionnaires de fonds financiers privés, Defiscalises Délocalisés Mondialisés Optimisés Carbonés. Les fameux DDMOC GAFAM-ises DATA-ises, Que des DEMONS, destructeurs des COMMUNS durement acquis historiquement par les luttes citoyennes et democratiques.
    Donc attendons avec impatience la suite de ce courageux combat, une sorte de nouvelle lutte de classes entre actionnaires. Mais, joli mais, le dernier rapport de l’OXFAM signale qu’en 2020, les milliardaires se sont appropriés près de 4000 nouveaux milliards de dollars dont 400 pour les dix premiers, pouvant provoquer bientôt près de 500 nouveaux pauvres innocents dans le monde.
    Si le combat des petits actionnaires pouvait troubler le jeu très trouble du NÉOLIBÉRALISTE Larry Fink, concepteur de Black Rock/ Alladin, contrôlant dans le monde près de 20 000 sociétés, le situant en plein délits d’initiés et/ou conflits d’intérêts privés, ce sera une excellente nouvelle. D’autant qu’il ne s’interdit aucune limite dans son jeune, allant jusqu’à corrompre, avec une certaine élégance, bcp d’ex hauts fonctionnaires et des politiques, qui se trouvent parmi ses conseillers ou ses différentes directions.
    Invitez pour une de vos vidéos, Denis ROBERT, auteur du récent livre, Larry et moi sur BLACK ROCK. Ce livre, à lire rapidement, est une des meilleures mines de précisions systèmiques, sur ce drôle de patron de la très haute finance mondiale, un personnage très étrange préférant et de très loin, les conseils d’administration des entreprises, opaques et privées, que les Démocraties, publiques transparentes. Il pourrait être l’agent de la prochaine CRISE systèmique mondiale, avec des conséquences incomparables à ce jour.
    Bonne continuation

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