Une trajectoire budgétaire désormais incontrôlable

Une trajectoire budgétaire désormais incontrôlable


Partager cet article

La Cour des comptes l’admet : les prévisions de recettes et de dépenses de la loi de finances sont irréalistes. L’iceberg du Covid-19 a déchiré le flanc du Titanic des dépenses publiques. Enfumés par des statistiques insignifiantes et trompés par des prévisions ineptes, nous assistons impuissants à un naufrage désormais inévitable.

Peut-être que le plus accablant du dernier rapport de la Cour des comptes est là : l’Etat devrait se doter « d’une expertise complémentaire de celle du gouvernement, afin d’examiner en amont des lois de finances le « réalisme des prévisions de recettes et de dépenses ».

Il semble bien que cette « expertise complémentaire » soit introuvable au sein de l’État et de la caste des hauts fonctionnaires, prétendument indépendants des gouvernements mais pratiquement, c’est une autre affaire. Rappelons que Pierre Moscovici, président de la Cour des Comptes fut ministre des finances du gouvernement Hollande.

Même les médias subventionnés et donc nourris par la dépense publique s’émeuvent un peu plus que d’habitude : « dénonce », « fustige », « s’inquiète », « tire la sonnette d’alarme » sont les mots que suscite le rapport.

Comme nous le disions, cela fait des décennies que la France soumet des chiffres qui prévoient une maîtrise budgétaire des dépenses publiques sans aucun effort de réduction (dans l’absolu) desdites dépenses et enfile comme des perles des prévisions sans cesse démenties.

Le secteur privé est désormais minoritaire dans notre pays et pèse moins de 38% de l’activité économique (contre 44% avant la crise sanitaire). Cette situation est qualifiée d’ultralibéralisme ce qui démontre le niveau d’ignorance des économistes atterrants qui utilisent ce terme.

Le socialisme imprègne tellement les esprits que même les grandes statistiques sont présentées de façon idéologique.

Le choc des ratios et le poids de l’impôt

L’État ne « possède » pas  le PIB du pays. Présenter les dépenses publiques rapportées à l’économie c’est supposer que l’État aurait un droit de préemption sur toute l’économie.

En réalité, l’État se finance avec ses recettes fiscales et ce qu’il emprunte. Le déficit – l’écart entre dépenses et recettes – ne devrait donc pas s’exprimer par rapport en PIB mais par rapport aux recettes fiscales et seulement celles-ci. Une grande partie des autres recettes de l’État provient des cotisations sociales finançant les assurances sociales (santé, accidents du travail, chômage, retraites) sous monopole d’État. Il s’agit de redistribution forcée et non pas de contrats d’assurance librement souscrits.

Par conséquent une présentation transparente serait :

Déficit = (Dépense – Recette) / Recette

A ce stade, cher lecteur contribuable et indéfiniment solidaire, enfilez bien votre gilet de sauvetage et repérez le canot le plus proche.

Dépenses 2020                                               1 422,9 milliards

Recettes 2020                                                 1 211,4 milliards

Dont Recettes fiscales 2020                           709,3 milliards

Déficit 2020                                                    211,5 milliards

Source : INSEE document téléchargeable ici

Déficit rapporté aux recettes :                                  17,5 %

Déficit rapporté aux seules recettes fiscales :           29,81 %

Avec cette présentation, nous sommes bien loin des ratios lénifiants autour desquels s’articule la communication habituelle sur ces sujets.

Pour arriver à l’équilibre budgétaire, il faudrait augmenter les recettes fiscales de près de 30 % alors que notre pays est déjà un champion du monde de la pression fiscale. Autre solution : relever les recettes fiscales et « en même temps » les cotisations sociales de 17,5 %. Toutefois, notre pays est aussi champion du monde développé des cotisations sociales dont le poids est une des raisons du chômage de masse. De telles augmentations seraient-elles raisonnables ou préjudiciables ?

Le mythe du « dépenser plus pour gagner plus »

Depuis un demi-siècle, plutôt que d’équilibrer le budget, l’État français préfère recourir à l’emprunt. Les gouvernements successifs tablant toujours sur plus de croissance et des lendemains qui chantent grâce à la dépense publique.

Le résultat est une monstrueuse dette publique ( 2 650 milliards) correspondant à presque quatre années de recettes fiscales 2020, une croissance poussive insuffisante pour financer les emprunts passés, un chômage endémique et un déclin de la richesse par habitant.

Dépenser plus pour gagner plus, ça ne marche pas. La consommation subventionnée par la redistribution forcée ne conduit pas à la prospérité.

« Le but d’un système économique est d’apporter la prospérité au plus grand nombre. Le moyen d’y parvenir c’est la liberté laissée à l’individu de s’organiser »

Frédéric Bastiat

Face à une crise budgétaire, il n’y a habituellement que deux issues possibles : le défaut sur la dette et l’inflation puis l’hyperinflation, l’un conduisant aux autres dans le cas de la « souveraineté monétaire ». Charybde « et en même temps » Scylla, la peste « et en même temps » le choléra.

Ce n’est qu’après la destruction du secteur public parasitaire que le secteur privé, à nouveau majoritaire, permettra de renouer avec la prospérité. C’est dans le secteur privé que se nouent les contrats potentiellement gagnant-gagnant qui sont le ferment de la croissance.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Libertarisme : la taxe Shein et la présomption fatale de nos élites

Libertarisme : la taxe Shein et la présomption fatale de nos élites

L'aéroport de Vatry, dans la Marne, fonctionnait à 90% grâce à Shein. La mise en place d'une taxe sur les petits colis devrait provoquer sa fermeture prochaine et la disparition de 1.400 emplois. La présomption fatale de nos députés qui se croient capables de gérer le pays en imposant des règles contre l'ordre spontané du marché a encore frappé... pour le plus grand bénéfice de l'aéroport de Liège. On se souvient de la campagne véhémente contre Shein, contre son rayon au BHV, et contre sa préte


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Jack Lang, l’homme qui ne payait jamais

Jack Lang, l’homme qui ne payait jamais

Alors que l'affaire Epstein continue d'alourdir son casier réputationnel, Jack Lang se retrouve rattrapé par une autre controverse, celle d'un homme de pouvoir qui n'a jamais sorti son portefeuille. Des témoignages concordants, remontant jusqu'aux années 1970, dressent le portrait d’un homme qui ne sort jamais son portefeuille, même pour un café ou un taxi. Depuis la publication des documents affirmant ses liens à l’affaire Epstein qui l’a poussé à quitter l’Institut du monde arabe (IMA), Jack


Rédaction

Rédaction

Sondages 2027 : Bardella favori , vague irrésistible ou illusion statistique ?

Sondages 2027 : Bardella favori , vague irrésistible ou illusion statistique ?

À douze mois de l’élection présidentielle, un homme fait trembler le système : Jordan Bardella, crédité de 34 à 38 % des voix. Un niveau jamais vu à ce stade par les futurs présidents Mitterrand ou Sarkozy. En tête dans toutes les enquêtes, le patron du RN semble intouchable. Mais à un an du scrutin, pour les observateurs, ces chiffres traduisent davantage une colère électorale qu’une victoire acquise. À un an de la présidentielle de 2027, Jordan Bardella domine les sondages avec 34 à 38 % des


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Face à la concurrence chinoise, Renault se déleste de 2 000 ingénieurs

Face à la concurrence chinoise, Renault se déleste de 2 000 ingénieurs

Le constructeur au losange va réduire de 15 à 20 % ses effectifs d’ingénierie mondiale, soit 2 000 postes en moins. Décision actée mardi par François Provost dans le cadre du plan stratégique FutuReady. Alors que la conception reste en France, Renault externalise une partie croissante de son intelligence technique vers des pays à moindre coût. Officiellement pour "rester compétitif face à la Chine", ce choix révèle surtout les faiblesses structurelles et réglementaires imposées par l'UE. Renaul


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany