[PAYANT] Se défendre contre l’inflation

L'inflation fait de plus en plus parler d'elle. Les banques centrales n'en démordent pas : il s'agirait d'un phénomène transitoire. Pourtant, certains arguments plaident pour une inflation partie pour durer. Il faut dès à présent penser à s'organiser pour affronter la vague.

De multiples signes le confirment : nous allons subir des hausses de prix. Les goulets d’étranglement de la machine  économique vont se résorber mais de nombreuses mesures dites de relances sont porteuses d’inflation, notamment les ruineuses dispositions de lutte contre  le changement climatique et en France et les largesses pré-électorales dont la hausse du SMIC. Depuis 2008, la masse monétaire de l’Eurozone a été multipliée par 7 sans que le PIB suive.

En France, l’inflation s’importera

Rappelons que la balance commerciale française est négative. Nous importons plus que ce que nous exportons. Des produits finis comme des matières premières (pétrole, gaz). S’il n’y avait pas les T-shirt fabriqué en Asie à moins de 1€, l’informatique, la visserie, la plomberie, l’électro-ménager, etc. pour importer des baisses de prix, l’indice des prix à la consommation mitonné par l’INSEE ne serait pas du tout ce qu’il est.

Avec l’argument imparable que le logement ne se consommait pas (même s’il absorbe une grande partie du budget des ménages qu’ils soient locataires ou propriétaires) l’INSEE ne prend pas en compte ce poste, ni les impôts et la pression fiscale.

L’inflation selon l’INSEE restait donc jusque-là modérée. Toutefois, en dépit des calculs biaisés, si les prix de ce que nous importons augmentent, nous importerons de l’inflation.

Les États-Unis en éclaireurs

Voici 4 graphes pour mesurer ce qui se passe sur le front de l’inflation aux États-Unis .

Commençons par les prix à la production. Les États-Unis sont restés un pays industrialisés par conséquent, les prix à la production sont pour les Américains l’antichambre des  prix de nombreux produits finis.

Comme vous le voyez, aux États-Unis, les prix à la production ont augmenté de 8,27%  en rythme annuel.

L’autre indice (courbe noire) reflète l’évolution des prix à la production en retirant les prix de l’énergie. Il est lui aussi en forte augmentation alors même que les États-Unis sont aujourd’hui moins dépendants du pétrole importé du fait de l’exploitation locale du pétrole et gaz de schiste.

Les deux graphes suivants montrent l’évolution des prix des indices d’aluminium et de gaz naturel. Ils atteignent des plus hauts de respectivement dix ans  et sept ans pour le gaz.

Enfin, le dernier graphique donne les anticipations d’inflation des consommateurs américains. Ils s’attendent à 4,84% en rythme annuel avec une décrue à 3,71% dans trois ans.

Aux États-Unis, pays encore industrialisé, l’inflation est déjà bien ancrée. 

En Allemagne, autre pays industrialisé, l’inflation atteint 3,90%. Le seul pays qui soit encore en déflation est le Japon.

Visiblement, le public semble toutefois acheter l’histoire des banques centrales selon laquelle il s’agirait d’un phénomène transitoire. Avec une certaine justesse, l’économiste Jean-Pierre Estival  écrivait dans Les Echosl’inflation est de retour mais personne n’y croit“. Pour le moment…

 

L’objectif des banquiers centraux et des États n’est pas le vôtre

Le seul moyen des banques centrales pour lutter contre l’inflation serait d’augmenter les taux d’intérêt. Elles ont perdu ce levier depuis 2018 : non seulement les taux sont négatifs ou nuls, mais les banques centrales “monétisent” les dettes des États surendettés pour leur éviter la faillite. Dit autrement, les banques centrales rachètent les dettes pour faire croire qu’il y a une demande et remettent de l’argent frais dans le circuit.

Ces manoeuvres sont inflationnistes mais jusqu’à présent la hausse des prix restait cantonnée l’immobilier et les actifs financiers. 

L’objectif principal des gouvernements et des banquiers centraux est de maintenir cet équilibre qui finance le capitalisme de connivence (étonnement qualifié de “libéralisme”). L’objectif principal des banquiers centraux n’est pas la stabilité monétaire et encore moins la défense du pouvoir d’achat des citoyens.

C’est ce qui explique que nous assistons actuellement à des grandes manoeuvres de la Banque centrale européenne pour justifier la poursuite de sa création monétaire : eurobonds, relance post-Covid, lutter contre le changement climatique,… tout est bon pour justifier plus de tout ce qui n’a pas marché.

S’il s’avère que l’inflation s’enracine, l’étape suivante sera – non pas un arrêt de la création monétaire et un relèvement de taux – mais tout simplement des mesures de contrôle des prix qui ne feront qu’empirer les choses.

Je penche pour une inflation durable car l’insouciante période d’importation de baisse des prix en raison des délocalisations est maintenant derrière nous. 

Vous défendre contre l’inflation

Sur le plan des dépenses :

Sautez sur les propositions de contrats à prix bloqués dès que vous le pouvez : gaz, électricité, eau, téléphone. Pour le gaz et l’électricité, des prestataires alternatifs à EDF et Engie en proposent régulièrement (prix bloqués sur 3 à 4 ans) dans le but d’attirer de nouveaux clients. Nous allons vers un renchérissement de l’électricité puisque la source pas chère (le nucléaire) sera progressivement remplacée par les sources chères subventionnées  (éolien et solaire). Par ailleurs, en poussant les gens vers les véhicules électriques, l’État se prive de taxe pétrolière et il comblera le trou en taxant encore plus l’électricité

Si vous prévoyez de faire des travaux importants, pourquoi ne pas solliciter un prêt à taux fixe ? Vous rembourserez ainsi en monnaie dévalorisée au fil du temps. 

Sur le plan patrimonial :

Le marché obligataire est évidemment à éviter.

Votre conseiller financier vous vantera probablement les actions. L’expérience des chocs pétroliers des années 1970 montrent cependant que la progression des actions dans ce contexte est très médiocre. Toutefois, les actions des secteurs des matières premières, les minières aurifères et les pétrolières devraient pouvoir profiter de la situation. Pour les dernières, il ne s’agit pas bien évidemment de miser sur de grosses entreprises nationalisées mais de jeter votre dévolu sur des entreprises privées bien gérées (il y en a aux États-Unis et au Canada). Le mythe de la traque au CO2 conduit à un sous-investissement dans le secteur qui sera un facteur de hausse de prix.

Concernant l’immobilier de rendement, attendez-vous à une multiplication des mesures d’encadrement des loyers. Bordeaux, Lyon et Montpellier vont appliquer les mêmes mesures que Paris et Lille. Si vous le pouvez, là aussi, anticipez des travaux (dont les prix seront appelés à augmenter) et financez-les par l’emprunt (pour rembourser en monnaie dévalorisée). Nous aborderons dans un prochain article comment la loi “climat et résilience” va vous contraindre à effectuer de coûteux travaux sous peine de ne plus pouvoir donner en location un bien.

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1 commentaire
  1. Pas convaincu par les fournisseurs alternatifs d’électricité car en vérité la facture d’électricité est faite d’abonnement et de taxes bien plus que de kilowattheures. Une bonne idée peut être de consommer moins voire de fabriquer son propre courant quand c’est possible.Pour le gaz c’est différent, je suis chez ENI.

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