[PAYANT] La BCE explique officiellement comment elle se rallie au Great Reset de Davos

La BCE est au coeur de nombreuses influences "théoriques" qui s'affrontent pour interpréter le mandat confié par les traités. Sous l'influence de Mario Draghi, elle vient d'indiquer discrètement mais officiellement dans quelle mesure elle intégrait la théorie économique portée par le Great Reset de Davos. La Banque de France vient elle-même d'expliquer comment se décline ce ralliement. Rappelons que ce Great Reset a prévu de s'appuyer, in fine, sur la mise en place de monnaies numériques afin d'imposer plus facilement ses règles du jeu. Attention, nous insistons sur ce point, cette théorie économique est fondée sur une propagation de l'inflation et sur une mise sous contrôle des épargnants.

On l’a oublié, ou alors on l’a trop peu vu, mais le Great Reset monétaire n’est pas seulement une idée en l’air. Il s’appuie sur un cadre théorique qui s’impose progressivement à la Banque Centrale Européenne, notamment depuis le passage de Mario Draghi au pouvoir. Il est important ici de réaliser un petit travail d’histoire des idées économiques pour comprendre comment “s’emmanchent” le mandat de la Banque Centrale Européenne avec le Great Reset de Davos. 

La Modern Monetary Theory, le chaînon manquant

Entre le mandat strict confié par le traité de l’Union à la Banque Centrale Européenne (qui est de maintenir l’inflation à 2% sans s’occuper des politiques budgétaires) et le Great Reset monétaire, il y a un très grand écart à réaliser. Le Great Reset propose en effet de mettre tous les instruments de politique économique (budgétaires ET monétaires) au service d’un capitalisme de connivence, où les États garantissent peu ou prou les profits des grandes entreprises nationales par des mesures d’intervention directe dans la vie économique. 

Dans le domaine monétaire, Schwab et Malleret proposent tout simplement, pour réorienter l’action de la BCE, d’adopter les grandes options de la MMT, la Modern Monetary Theory, que nous avons déjà évoquée hier. Pour comprendre ce que cela recouvre, nous citerons le passage du livre de Schwab consacré au sujet (page 56) :

L’une des plus grandes préoccupations est que cettecoopération implicite entre les politiques fiscales et monétaires mène à une inflation incontrôlable. Elle part du principe que les décideurs politiques vont déployer des mesures de relance budgétaire massives entièrement monétisées, c’est-à-dire non financées par la dette publique classique. C’est là qu’interviennent la théorie monétaire moderne (MMT) et l’« helicopter money » : avec des taux d’intérêt qui tournent autour de zéro, les banques centrales ne peuvent pas stimuler l’économie en utilisant les outils monétaires classiques, à savoir une réduction des taux d’intérêt, à moins qu’elles ne décident d’opter pour des taux d’intérêt profondément négatifs, un choix problématique auquel la plupart des banques centrales s’opposent. La stimulation doit donc provenir d’une augmentation des déficits budgétaires (ce qui signifie que les dépenses publiques augmenteront tandis que les recettes fiscales diminueront). En termes très simples (et, dans ce cas, simplistes), la MMT fonctionne ainsi : les gouvernements émettront une partie de la dette que la banque centrale achètera. Si elle ne se revend jamais, elle équivaudra à un financement monétaire : le déficit est monétisé (par la banque centrale qui achète les obligations que le gouvernement émet) et le gouvernement peut utiliser l’argent comme bon lui semble. Il peut, par exemple, l’envoyer aux personnes dans le besoin depuis des hélicoptères métaphoriques.

On ne discutera pas ici la qualité de la compréhension par Schwab et Malleret de ce qu’est la MMT. On soulignera simplement ce que les deux compères en retiennent. 

D’abord, il faut de l’helicopter money pour relancer l’activité lorsque les taux d’intérêt sont déjà proches de zéro. Ensuite, cet helicopter money, c’est-à-dire cet argent dépensé par les États pour soutenir la consommation et relancer l’activité doit être financé par des dettes financées par les banques centrales. 

C’est ce que Schwab résume par son expression : “monétisation du déficit”, qui signifie en réalité que l’on fait tourner la planche à billets pour soutenir les dépenses publiques. Les banques centrales savent pertinemment que cet argent ne sera jamais remboursé, et elles souscrivent directement en toute connaissance de cause à des emprunts que personne n’honorera jamais. 

Comment la BCE s’est ralliée à cette théorie

On comprend tout de suite tout l’intérêt de la MMT en temps de crise, et toute la difficulté de la concilier avec la vision ordo-libérale de la BCE selon les traités. C’est pour cette raison que, depuis l’arrivée de Mario Draghi à la tête de la BCE, un débat discret mais intense pousse les dirigeants de la banque à rediscuter de l’application du mandat. 

Ce débat a débouché sur la déclaration de juillet 2021, relative à la stratégie de politique monétaire de la BCE. Cette déclaration vient de faire l’objet d’une analyse technique très instructive que la Banque de France vient de publier. Mais les amateurs du genre se référeront volontiers au Bulletin Economique n°5 de 2021 de la même Banque de France, qui fournit des éléments encore plus complets sur les “sous-jacents” théoriques de la nouvelle politique monétaire. 

Pour ceux qui prennent le temps de lire entre les lignes, avec patience et esprit critique, ces textes fournissent les clés d’une réorientation de la politique monétaire de la BCE. Il faudrait bien entendu un ouvrage doctrinal pour disséquer l’influence de la Modern Monetary Theory et du Great Reset sur la politique monétaire telle qu’elle est “revue” en 2021. Faute de temps et de place, nous résumons ici les points saillants par lesquels la Banque Centrale Européenne a désormais rallié les propositions de Davos. 

Fabriquer de l’argent en rachetant les dettes

Au coeur de ce ralliement, il y a forcément, prioritairement, fondamentalement, l’idée que la Banque Centrale Européenne doit racheter les dettes émises par les États de l’Union pour financer la relance de l’activité. Ce système, qui consiste à transformer la banque centrale en prêteur en dernier ressort est explicitement interdit par les traités. La Cour de Karlsruhe, en Allemagne, l’a rappelé l’an dernier, à l’occasion d’un contentieux fracassant

Pour contourner les interdictions par le traité, la BCE a donc mis en place ce qu’on appelle des “instruments monétaires” innovants. Ceux-ci consistent pour l’essentiel, et pour faire simple, à prêter de l’argent aux banques commerciales, pour qu’elles achètent les emprunts souverains de l’Union. Une fois l’achat réalisé, les banques rétrocèdent ces emprunts à la Banque Centrale. Il n’y a donc pas d’achat direct, mais seulement des achats indirects. 

C’est ce mécanisme que la Banque Centrale vient de sanctuariser dans sa déclaration stratégique :

L’ensemble des taux directeurs de la BCE est le principal instrument de sa politique monétaire. Reconnaissant l’existence du plancher effectif des taux directeurs, le Conseil des gouverneurs utilisera également les indications sur l’orientation future de la politique monétaire (« forward guidance »), les achats d’actifs et les opérations de refinancement à plus long terme, le cas échéant. Le Conseil des gouverneurs continuera de faire preuve de souplesse en vue de relever les nouveaux défis, à mesure qu’ils se présenteront, et d’envisager, selon que de besoin, de nouveaux instruments en vue de remplir son objectif de stabilité des prix.

Cette formulation mystérieuse signifie qu’en réalité, l’action principale de la BCE est menée grâce à la fixation des taux d’intérêt “directeurs”. Mais, lorsque ceux-ci sont à zéro, ou presque, et atteignent donc un “plancher effectif” au-dessous duquel ils ne peuvent plus descendre, la BCE utilise d’autres outils pour agir : “les achats d’actifs” et les “opérations de refinancement à plus long terme”. Tout cela doit se faire dans la “souplesse”, qui permet de mobiliser de “nouveaux instruments”. 

Ce sabir inscrit dans le marbre le fait que la BCE compte bien financer les déficits des États dans les années à venir, tant que les taux d’intérêt seront proches de zéro. 

Accepter une inflation supérieure à 2%

Accessoirement, la difficulté de la BCE est de maintenir sa politique monétaire à taux d’intérêt très bas, ce qui encourage la consommation et l’inflation, alors que le traité impose un objectif d’inflation à 2%. Logiquement, la BCE devrait donc aujourd’hui relever ses taux pour ne pas dépasser l’objectif de 2%. Mais, si elle pratiquait ce relèvement, elle étranglerait les gouvernements qui ont besoin d’argent pour financer leurs politiques, largement dictées par le Great Reset. 

Accepter une inflation au-dessus de 2%, en violation des traités, devient donc un enjeu essentiel. On ne sera pas étonné de le retrouver dans la déclaration stratégique de la BCE :

Plus précisément, lorsque les taux d’intérêt sont proches de leur niveau plancher, des mesures de politique monétaire particulièrement vigoureuses ou ancrées dans la durée sont nécessaires pour éviter la fixation des écarts négatifs par rapport à l’objectif d’inflation. Cela peut aussi se traduire par une période transitoire d’inflation légèrement au-dessus de l’objectif.

Traduction : lorsque les taux sont à 0% et que l’activité ne redémarre pas, il faut accepter une relance de la consommation par des déficits budgétaires qui produiront de l’inflation au-dessus de 2%. La BCE annonce qu’elle acceptera durant une “période transitoire” une situation d’inflation au-dessus de ces 2%.

Toute la question est de savoir si cette hausse de l’inflation permettra effectivement de relancer l’activité. L’expérience de la stagflation des années 70 a montré que rien ne pouvait le prouver. En revanche, la conséquence directe de l’inflation sans croissance, c’est la ruine de l’épargnant. Préparez-vous y !

Financer la transition énergétique

Au passage, la Banque Centrale a parfaitement assimilé la proposition centrale du Great Reset, qui est de profiter de la crise du COVID pour imposer une transition énergétique autoritaire et financée par les Etats. Bien entendu, tout le monde veut sauver la planète et si, pour y parvenir, il faut faire financer par les contribuables des milliers de milliards de $ d’investissements qui profiteront aux finaceurs de Davos, ce n’est pas très grave. Les banques centrales imprimeront les billets de singe qui vont bien, et tant pis pour les petits épargnants qui en sortiront ruinés. 

Cette phrase de la déclaration de la BCE ne veut pas dire autre chose :

Le changement climatique a de profondes conséquences sur la stabilité des prix, en raison de ses effets structurels et conjoncturels sur l’économie et le système financier. La lutte contre le changement climatique est à la fois un défi d’envergure mondiale et une priorité stratégique pour l’UE. Le Conseil des gouverneurs s’engage, dans le cadre de son mandat, à veiller à ce que l’Eurosystème prenne pleinement en compte, conformément aux objectifs de l’UE en matière de climat, l’incidence du changement climatique et de la transition vers une économie sobre en carbone sur la politique monétaire et les activités de banque centrale. Ainsi, le Conseil des gouverneurs a approuvé un plan d’action ambitieux sur le changement climatique.

Derrière cette stratégie se profilent bien entendu deux changements majeurs caractéristiques de la MMT. D’abord, la politique monétaire redevient liée à la politique budgétaire, ce que l’ordo-libéralisme avait proscrit. Ensuite, la banque centrale devient prêteuse en dernier ressort, ce que le traité avait interdit. 

Les épargnants prudents se souviendront que la réduction d’une banque centrale au rôle de prêteuse en dernier ressort est le ferment de toutes les grandes crises systémiques. De celles qui ruinent les patrimoines acquis. Mais comme nous l’indiquions hier, Fabio Panetta, l’un des dirigeants de la BCE, soutient que la monnaie est banque centrale est la plus sûre qui existe

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3 commentaires
  1. Quand on sait que Christine Lagarde fait partie du Conseil d’Administration du Forum Economique Mondiale de Davos, rien n’étonne… mais angoisse. C’est une Trusteer.

  2. ces stratagèmes ne sont pas crédibles, pour que cela puisse avoir une chance de fonctionner il faudrait que la totalité des BC sur terre fassent de même c’est très loin d’être acquis, les intérêts sont différents d’une BC à une autre , par ex La Fed et son $ ou la BOE avec sa £ qu’elle gardera en cash . Ce que soutient Fabio Panetta, l’un des dirigeants de la BCE, que la monnaie est banque centrale est la plus sûre qui existe, n’est pas exacte c’est une vue de l’esprit car la majorité des capitaux environs 80% sont offshores c’est à dire hors radar des BC et c’est là ou est le prob pour les BCE , les flux de capitaux liquide bougent très vite d’une zone à une autre selon des critères d’économie financière qui restent très classique, inflation, croissance, taux de rendement sur les indices et sur les obligations d’Etat et les BC n’ont aucun contrôle sur ce type de flux et rien ne peut les empêcher de vendre de l’ euro contre du dollar avec des produits dérivés via des zones boursières non réglementé je vous donne un ex pour vous montrer que ces individus de la BCE sont des idiots ou des escrocs narratifs. Admettons que j’ai un broker à Londres avec une plateforme DMA de niveau 2 ( plateforme de faiseurs de marché qui permet d’intervenir sur tous les marchés mondiaux ) et que ce broker stocke mes opérations sur les marchés des options à Nassau Bahamas et que je considère que la France est un pays en perdition financière et que je veux vendre sa dette afin d’obtenir un taux de marché interessant , sachant que cette dette appartient à la BCE je vais tout simplement vendre des euros avec un instrument dérivé que j’achète à un faiseur de marché anonyme à Singapour afin de mettre Lagarde dans une impasse et de l’obligé à relever son taux directeur sur la dette .avec ses euros électroniques et sa théorie monétaire peut-elle avoir un impacte sur cette transaction la réponse est non ! Elle subira les lois du marché sans même savoir d’où l’attaque émane .En faite ce qu’ils essaient de faire c’est de voler l’argent du petit épargnant et du salariat afin de dissimuler la faillite du système BCE. Mais cela ne modifie pas le fait qu ils sont en faillite et que un jour ou l’autre les marchés vont s’ajuster sur cette faillite .

  3. Je ne suis pas d’accord avec vous. Quand la Banque Centrale Italienne etait prêteuse en dernier ressort, l’economie Italienne etait forte et la dette de l’état etait basse. Puis les choses ont changé et la dette de l’état Italien a commencé à augmenter.

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