[PAYANT] Valérie Pécresse peut-elle faire plus de 15% ?

30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Cette semaine, dans Les droites de Husson n°29 - (1) Marine Le Pen candidate banalisée dans une France en ébullition. (2) Eric Zemmour coiffe Bruno Le Maire d'un bonnet d'âne. (3) Valérie Pécresse a-t-elle déjà mangé son pain blanc? (4) Valérie Pécresse peut-elle faire plus de 15%?

Marine Le Pen candidate banalisée dans une France en ébullition

Marine Le Pen avait passé un bon mois de novembre. Eric Zemmour semblait s’essouffler. Et LR n’avait pas encore de candidat. Elle avait remonté dans les sondages. Et puis la roue tourne. Les Républicains se dotent d’un candidat – en fait d’une candidate. Et voilà que les médias répètent à longueur de journée que “la droite” s’est enfin dotée d’une candidate femme. Comme si Marine le Pen n’était pas de droite et n’était pas une femme. Et certains ajouteront méchamment mais justement: comme si Valérie Pécresse était de droite ! 

Le problème, c’est qu’il y a à présent un candidat vraiment de droite, ouvertement déclaré: Eric Zemmour ! Et ce candidat a étonnamment réussi son premier meeting de campagne. 10 000 personnes. Et ce que la présidente du Front/Rassemblement National n’a jamais réussi à faire,elle qui est une bonne oratrice, sans plus: prononcer un discours qui restera dans toutes les mémoires. Du coup, la candidate du Rassemblement National laisse dire qu’elle débattra avec Eric Zemmour au début 2022

Pour qui suit la candidate sur sa page Facebook et son compte twitter, deux constats apparaissent évidents: Marine Le Pen fait une campagne de terrain, solide, et elle montre qu’elle est capable d’aborder bien d’autres sujets que les thèmes historiquement traités par son parti: les dangers de l’immigration et la prolifération de l’insécurité. Cependant, qui l’entend? Qui écoute Madame Le Pen? 

Lors d’un passage mardi 7 décembre à l’Heure des Pros, Pascal Praud partait du postulat que Marine Le Pen ne s’était jamais vraiment opposée à Emmanuel Macron sur la politique sanitaire. Ce qui n’est pas exact. mais la candidate , à partir du moment où elle a divergé d’avec le chef de l’Etat (après le premier confinement), ne s’est jamais posée, pour autant, en chef de l’opposition. Ceci explique l’abstention large aux élections régionales en juin 2021. Ceci explique aussi la démobilisation dans les fédérations, dont parlent, sous couvert d’anonymat, tous les responsables du Rassemblement National. 

Marine Le Pen est dans la situation paradoxale de celle qui s’est définitivement installée dans le paysage. Elle a pour avantage sur Eric Zemmour et Valérie Pécresse d’avoir déjà fait deux campagnes présidentielles. Mais elle court le risque d’apparaître sans relief entre la pugnacité provocatrice d’Eric Zemmour et l’effet nouveauté de Valérie Pécresse.  Marine le Pen est devenue une candidate “banalisée” , paradoxalement, au moment où la France est en ebullition comme jamais, précisément pour les raisons analysées par le Rassemblement National depuis quarante ans et longtemps farouchement niées par “les Parisiens”.   Lorsqu’elle se demande pourquoi Zemmour est candidat, Madame Le Pen sous-estime la déception que peut susciter une candidate qui montre un peu trop qu’elle s’est fait “couper les griffes”. 

Zemmour coiffe Bruno Le Maire d'un bonnet d'âne

Parler à nouveau, attendre? Selon nos informations, l’équipe d’Eric Zemmour était partagée après la réussite du meeting de Villepinte. Il faut savoir que cette énorme réussite a été obtenue en forçant le candidat à s’isoler trois jours à la campagne, à se reposer et à se concentrer sur l’obstacle à franchir. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Les partisans d’une cure de silence ont perdu. Enfin, pas tout à fait: samedi 11 décembre,, le candidat part pour trois jours en Arménie. Mais la deuxième partie de la semaine a été pleine: rencontre, sans journalistes, avec des Jeunes LR sur une péniche des bords de Seine mercredi soir 8 décembre, émission “Elysée 2022”, jeudi soir 9 décembre et débat avec les étudiants d’ESCP Business School (la vieille Sup de Co Paris) le vendredi 10 décembre au soir.  

On comprend Eric Zemmour: c’est sa première campagne présidentielle; il manque d’expériences et il doit apprendre à débattre autrement que lorsqu’il était auteur et chroniqueur. En soi, le débat qu’il a eu avec Bruno Le Maire durant l’émission Elysée 2022 a été très utile. Le Ministre est suffisamment raide et arrogant pour ne pas avoir saisi toutes les occasions qui s’offraient à lui de mettre Eric Zemmour en difficulté sur les sujets économiques. Et il a été suffisamment naïf pour penser battre Eric Zemmour sur le terrain de l’immigration, de l’identité et de la mémoire. In extremis, Le Maire a voulu attirer Zemmour sur le terrain du passé: il s’est entendu rappeler que la famille d’Eric Zemmour avait souffert – abolition du décret Crémieux oblige – de la politique antijuive de Vichy; et il s’est vu donner une leçon sur le gaullisme à propos du discours de Jacques Chirac au Vel d’Hiv en 1995: à l’époque tous les gaullistes historiques avaient été ulcérés que Chirac osât dire que la France s’était trouvée à Vichy – et non à Londres avec de Gaulle. 

En tout cas, l’opération “Elysée 2022” est réussie dans la mesure où de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer la manière dont Léa Salamé avait en permanence coupé la parole à Eric Zemmour. Les journalistes et le très guindé Bruno Le Maire tombé dans tous les pièges tendus par Zemmour, –  par exemple lorsque ce dernier lui a dit “qu’il faisait l’âne pour avoir du son” et a suscité des réactions indignées d’un interlocuteur qui mimait l’offensé avec une sincérité toute politicienne –  ont réussi à faire monter la cote du candidat qu’ils s’obstinent à classer “à l’extrême-droite“: en fin d’émission 41% des téléespectateurs disaient avoir été convaincus: dont 62% parmi les sympathisants de LR. 

En fait, ce que les téléspectateurs  retiendront de l’émission, ce ne sont pas les moments de rodage – un peu trop voyants –  du candidat novice;  c’est le plaisir éprouvé à voir un homme sans langue de bois affubler d’un bonnet d’âne un Ministre d’Emmanuel Macron qui symbolise à la fois les trahisons politiques et la technocratie sans âme. 

Valérie Pécresse a-t-elle déjà mangé son pain blanc?

La présidente de la Région Ile-de-France est passée par une phase d’euphorie en début de semaine. Elle bénéficie, pour l’instant, de “l’effet Congrès”. Un sondage l’a mise à 20% et a montré qu’elle pouvait battre Emmanuel Macron au second tour. Rien d’étonnant à cela. Il faut se rappeler que François Fillon, après la primaire de novembre 2016, était monté à plus de 30%, gagnant 9 points d’un coup. La progression de Valérie Pécresse est d’ailleurs moins spectaculaire: si l’on considère l’ensemble des sondages, elle semble se stabiliser autour de 16/17%. Et il est impossible de dire, dans ce cas, si la candidate est réellement en mesure de battre Marine Le Pen et d’arriver au second tour. 

Valérie Pécresse a rendu visite à chacun de ses concurrents malheureux dans leurs fiefs respectifs. Globalement, l’impression est mauvaise. Au lieu de rassembler tout le monde et de proposer un travail collectif, la candidate est allée voir chacun séparément. Comme si elle était incapable d’assumer un rôle de chef d’équipe. Et puis, comparer Eric Ciotti et Charles Pasqua, l’homme qui fut toujours le faire-valoir gaulliste d’un Chirac rad-soc, est presque un lapsus. Les photos communes avec Xavier Bertrand sont désastreuses, tant Valérie Pécresse et lui n’arrivent même pas à faire semblant le temps d’un cliché. Quant à Michel Barnier, il a toutes les raisons d’être amer après que Mediapart a révélé les petites magouilles de Valérie Pécresse pour l’emporter. 

Mediapart nous dresse en effet, pour la seconde fois, le portrait d’une femme politique peu scrupuleuse: celle qui avait rempli la salle d’un meeting de Libres à Brives en 2019 en faisant venir des membres d’associations franciliennes, aurait récidivé: elle aurait utilisé une faille du règlement électoral du Congrès LR pour faire inscrire des Franciliens étrangers – on n’est pas obligé d’être citoyen français pour être adhérent LR. On parle de 600 personnes au moins. Quand on sait que la candidate avait au premier tour un peu plus de 1000 voix d’avance sur Michel Barnier….

Le Congrès est passé; les concurrents n’ont pas exigé de voir les listes d’inscrits quand il était encore temps. Il fallait se battre. Et c’est Valérie Pécresse qui a été la plus coriace et la plus cynique.  Il reste que “qui vole un oeuf vole un boeuf”.  Il devient impossible pour un électeur de droite de voter pour une femme que l’on imagine, une fois élue, pratiquer, contre toutes ses promesses électorales, des naturalisations massives pour être réélue.  

Valérie Pécresse peut-elle faire plus de 15%?

L’agrégateur de sondages du Huffington Post est pratique: il montre où en sont les candidats en cumulant la moyenne des cinq derniers sondages.  Il montre des tendances. Actuellement, Valérie Pécresse connaît une montée spectaculaire, Marine Le Pen se tasse. Et Eric Zemmour se stabilise à 13.  

En réalité, la candidate a un sujet d’inquiétude  sérieux, souligné par Jérôme Fourquet dans Le Figaro

Les LR souffrent aujourd’hui d’une rétraction sans précédent de leur base électorale, (…) Pour l’heure, la candidature Pécresse ne rassemblerait que 3 % des moins de 35 ans et 8 % des 35-64 ans. La droite a été rayée de la carte dans la France active et du travail et elle ne survit pour l’heure que parmi les 65 ans et plus, avec 17 % des intentions de vote, émanant sans doute de surcroît de la composante la plus aisée des retraités. (…) pour reparler à la France qui travaille, qu’il s’agisse des cadres (6 %) ou des employés et des ouvriers (7 %). (…) Il lui faudra parler baisse des cotisations sociales (gagée sur une lutte contre la suradministration) et intéressement aux résultats de l’entreprise, et renouer avec le «travailler plus pour gagner plus» de Sarkozy.” Surtout, explique Fourquet, il faudrait essayer de mordre sur l’électorat lepeno-zemmourien: “il pèse plus lourd que l’électorat tenté par Macron (un tiers de l’électorat filloniste opterait pour Zemmour ou Le Pen contre 19 % pour Macron)“.

On sent bien dans l’article que Jérôme Fourquet – qui s’était dérobé quand je l’avais invité en 2019 pour venir débattre  à la Convention de la Droite organisée par Marion maréchal et Eric Zemmour – aimerait bien que Valérie Pécresse puisse faire baisser Zemmour. Sans le vouloir, ce très sérieux sondeur nous révèle que vraisemblablement les instituts, actuellement, poussent Zemmour un peu à la baisse et Valérie Pécresse à la hausse (marge d’erreur, question de la sous-déclaration ou non de Zemmour etc…).  Jérôme Fourquet aimerait bien que Valérie Pécresse sache parler aux électeurs de Zemmour et Marine Le Pen:   “Les grandes thématiques de la droite: le travail, le mérite, l’autorité de l’État, l’attachement à l’identité nationale et la volonté de transmettre notre héritage historique, sans oublier la valorisation de l’initiative individuelle, la reconstruction de notre école et de notre industrie et la bonne gestion des comptes publics

En réalité, Valérie Pécresse n’a aucune crédibilité auprès de cet électorat. La seule chose dont elle pourrait bénéficier, ce serait une abstention importante à droite parce qu’Eric Zemmour ou Marine Le Pen n’arriveraient pas à mobiliser suffisamment, au bout du compte. En réalité, il n’y a pas d’autre solution pour Valérie Pécresse que de  reprendre le centre à Emmanuel Macron. Mais en sera-t-elle capable comme un Michel Barnier l’aurait pu en mettant en doute de façon crédible  les compétences européennes du président sortant? En réalité, Valérie Pécresse n’est pas le bon choix pour LR: elle saura moins bien mordre à droite et à gauche que ne l’auraient fait Michel Barnier et, dans une moindre mesure, Xavier Bertrand. Il est probable qu’elle se stabilise, dans les semaines qui viennent autour de 15%. 

Ensuite, tout dépendra de la capacité d’Eric Zemmour à mobiliser durablement; et de Marine Le Pen à remobiliser. Pour l’instant entre 40 et 50% des électeurs ne savent pas encore pour qui ils voteront

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8 commentaires
  1. On est encore cette fois dans les petits calculs d’ appareils politiques entre des gens qui veulent tous la même chose faute de s’ être dotés d’ une capacité de se retirer de l’ UE qui pilote le bateau France. Aucun projet de fond, rien, nada. Triste comme rédhibitoire toutes ces petites comptabilités insignifiantes où que l’ on se tourne…

    1. Je partage tout à fait cette opinion de l’auteur:

      « Valérie Pécresse n’a aucune crédibilité auprès de cet électorat [celui de MLP ou ÉZ]. La seule chose dont elle pourrait bénéficier, ce serait une abstention importante à droite parce qu’Eric Zemmour ou Marine Le Pen n’arriveraient pas à mobiliser suffisamment, au bout du compte. En réalité, il n’y a pas d’autre solution pour Valérie Pécresse que de reprendre le centre à Emmanuel Macron. »

      J’irai plus loin, Valérie détresse est un épouvantail à électeurs de droite et un punching bag pour la gauche. Pour atteindre la finale il lui faudrait piller l’électorat de maqueron &ses jupistes. C’est la très bonne nouvelle du congrès de la louze chez LR: encore une primaire à suivre! La primaire du techno-centre, les techno d’extrême centre. Miam! Les deux s’épuiseront l’un l’autre à se disputer les voix des happy few communicants gnangnan. Je réforme plus que toi, na! Et donc aucune chance a priori de voir Valérie détresse face à Emmanuelle maqueron le soir du fameux débat. Bon débarras.

  2. Macron comme Valérie Pécresse ne sont que des bêtes à concours. Parce qu’elle a gagné l’épreuve du congrès LR, elle croit qu’elle va gagner la présidentielle. Elle manque cruellement de modestie et se montre incapable, dans les faits et paroles de sa campagne, de gérer une équipe de cinq personalités représentatives de la droite, et faire une synthèse politique du programme de la droite richement exposé sous de multiples nances par le congrès. Les républicains qu’elle déçoit s’abstiendront donc en masse. Avec très peu de voix elle remplacera Macron dans une France qu’elle soumettra à sa propre volonté de faire dans la norme étatique et sociale, centre gauche, prolongeant le déclin français accéléré depuis 10 ans.

  3. Pécresse m’a fait rêver 15 minutes, juste après sa victoire à la candidature.
    J’y ai cru, je me suis dit “alors peut-être voter Pécresse au second tour”. Mais il y a le boulet Alstom, qu’elle va trainer derrière son cadavre 5 années, comme le cinglé du 55.

    Dans ces circonstances et suite à son suicide politique lors de sa déclaration ubuesque pro “Passe vaccinal”, peut-elle faire plus que 15% ? Non.

    Les sympathisants LR, dont je suis depuis 40 ans, ont attendu, et maintenant ils en ont marre. Ils veulent du dur, du Pasqua ! Ils iront donc au premier tour en masse chez Zemmour. Et Pécresse se partagera les voix du centre mou avec Macron, si ce dernier se présente.

    La seule chance de Pécresse, que Macron soit dégagé par l’État profond et ses financiers internationaux, Schwab, Soros, BIG PHARMA & TECH, qui tiennent les cordons de la bourse et donc ont le pouvoir réel.

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