[PAYANT] 2022, l’année où les assureurs-vie franchiront le Cap Horn ?

L'année 2022 pourrait se révéler très tumultueuse pour les assureurs-vie, pour des raisons sur lesquelles le FMI vient justement d'alerter. Tout indique en effet qu'une remontée des taux se prépare, et que la politique de rachat d'actifs par les banques centrales a atteint non seulement ses limites, mais est même devenue très dangereuse telle qu'elle est pratiquée. Alors que les taux remontent, les assureurs-vie peuvent légitimement craindre un moment très difficile, avec des sorties anticipées de contrats qui pourraient créer une turbulence de trésorerie.

Les assureurs-vie seront-ils dans la tourmente cette année, à cause de l’effet-ciseau produit par la remontée des taux aux Etats-Unis et les rachats d’actifs sans précaution lancés par la Banque Centrale Européenne ?

Les assureurs-vie, les achats d’actifs et les taux bas

Comme le montre le graphique ci-dessus, durant la crise du COVID, les banques centrales du monde entier se sont amusées à acheter des actifs, lesquels sont venus peser sur leur bilan. La Banque d’Angleterre et la Réserve Fédérale ont battu des records, avec des achats représentant plus de 15% du PIB, essentiellement sur le marché secondaire souverain (autrement dit, les banques centrales ont racheté les dettes des gouvernements occupés à lutter contre le COVID). 

La BCE et la Banque du Japon ont presque joué petits bras, en comparaison, avec des achats situés entre 11 et 12% du PIB. 

Dans la pratique, cela signifie que la Banque Centrale Européenne a injecté indirectement des liquidités dans l’économie à hauteur de 12% du PIB entre mars 2020 et mars 2021. On notera que, en volume rapporté au PIB, les achats de la BCE sur le marché secondaire souverain est à peu près équivalent à celui de la Réserve Fédérale. En revanche, la zone euro a racheté beaucoup plus d’actifs privés que la FED. 

Comme le souligne le FMI dans une note récente, l’inconvénient de cette politique est qu’elle est pratiquée avec des taux bas, voire négatifs parfois

Le risque de bilan est évident : les banques centrales peuvent perdre de l’argent si elles acquièrent des titres de dette d’État ou d’entreprises lorsque les taux d’intérêt sont faibles sur l’ensemble de la courbe des échéances et que les taux directeurs augmentent ensuite fortement. Si son bilan est fragile, une banque centrale peut être moins disposée à s’acquitter de son mandat, ou s’en trouver incapable, lorsqu’un durcissement monétaire est nécessaire car les mesures à appliquer pourraient nuire à sa position financière.

Il faut toujours se rappeler que la valeur d’une obligation est inversement proportionnelle au taux d’intérêt. Autrement dit, la BCE a massivement acheté des obligations souveraines à un cours élevé, puisque les taux étaient nuls. Dès lors qu’il faut relever les taux, la valeur des obligations baisse immédiatement… et les détenteurs affichent de ce fait une moins-value. 

Pour les assureurs-vie, qui sont des acheteurs systémiques d’obligations souveraines, c’est toujours un moment difficile à passer, que de devoir afficher des pertes sur des actifs financiers dont la rémunération était faible…

Le scénario noir des rachats de contrats

La hausse des taux d’intérêts pose tout de même quelques autres problèmes, surtout lorsqu’elle est simultanée avec l’inflation. 

Pour mémoire, et malgré les dénis obstinés de la BCE depuis plusieurs mois, les prix flambent, notamment sous l’effet de l’helicopter money de Joe Biden, qui a créé un choc artificiel de consommation. 

Christine Lagarde a expliqué à plusieurs reprises qu’elle considérait que l’inflation constatée en 2021 était purement passagère et reviendrait rapidement à la normale. Les informations qui tombent jour après jour laissent penser le contraire. 

Par exemple, à Genève, le prix des croissants flambe de 15%

La situation est surtout préoccupante aux Etats-Unis où l’inflation a atteint son plus haut… depuis 40 ans ! Face au phénomène, la FED a annoncé son intention de relever graduellement ses taux en 2022. La BCE a annoncé, à ce stade, qu’elle ne suivrait pas le mouvement. 

Cette discrépance entre les annonces de chaque côté de l’Atlantique paraît peu tenable dans la durée. On voit mal comment le capital placé dans une Europe à taux nul ne serait pas tenté de traverser l’Atlantique pour bénéficier d’une meilleure rémunération. 

Les assureurs-vie sont bien conscients du phénomène ! puisqu’ils rament depuis plusieurs années pour rémunérer leurs contrats, majoritairement libellés en obligations souveraines. Cette difficulté des taux bas leur a valu quelques aménagements réglementaires sur les principes prudentiels, qui pourraient se transformer en piège. 

Une hypothèse pourrait donc se réaliser en 2022 : que de nombreux clients, surtout les plus fortunés, attirés par la rémunération du capital aux Etats-Unis, demandent le rachat anticipé de leur contrat pour réaliser de meilleures performances ailleurs….

Les assureurs-vie devraient alors décaisser des sommes importantes, sans pouvoir se refinancer efficacement en Europe. 

On comprend le risque de perturbation systémique qui pointe le bout du nez ici. 

Une stratégie de Great Reset monétaire

Les recommandations du FMI sur la question, qui datent de début janvier 2022, méritent qu’on les rumine au calme. Pouruqoi le FMI a-t-il décidé de tirer soudain la sonnette d’alarme sur une situation où la BCE pourrait être rapidement mise en difficulté ?

Nous avons évoqué à plusieurs reprises l’accélération des travaux pour la mise en place des monnaies numériques, et spécialement de l’euro numérique

Une hypothèse crédible est que le désordre financier systémique que créerait un relèvement des taux américains et un maintien des taux bas européens pourrait être tel qu’il précipiterait le grand remplacement de la monnaie fiduciaire par la monnaie numérique. 

Il s’agirait, d’une certaine façon, d’une crise provoquée pour justifier un basculement brutal dans un nouvel univers monétaire. 

Pour l’instant, rien ne permet d’assurer que cette hypothèse est valide. Mais rien ne l’exclut non plus. 

Les amateurs de littérature économique noteront qu’une sorte d’épuration au sein de la FED sévit actuellement pour écarter tous les responsables qui ont procédé à des opérations douteuses avant le début de l’épidémie de 2020. Ces informations laissent à penser que l’imminence de la crise était connue par certains… et leur a permis de réaliser quelques juteuses opérations. 

Les crises ne surviennent pas toujours aussi spontanément qu’on le pense parfois. 

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1 commentaire
  1. Si je lis entre les lignes, je comprends que le passage à l’euro numérique va s’accompagner d’un effacement des dettes ?
    Effacement limité aux dettes d’état envers la BCE.
    Mon crédit immobilier ne devrait pas être concerné.

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