[PAYANT] L’Etat profond transatlantique essaie de faire plier Olaf Scholz pour qu’il se joigne à la politique anti-russe

La politique prudente d'Olaf Scholz vis-à-vis de l'Ukraine n'est pas du goût des réseaux de pouvoir transatlantiques. Le 25 janvier dernier, la charge a été sonnée par Thomas Enders, ancien président exécutif d'Airbus, aujourd'hui président de la très influente DGAP (Société Allemande de Politique Etrangère). Il s'agit d'une attaque d'une rare violence qui témoigne de la radicalité avec laquelle "l'Etat profond" défend ses intérêts dans le contexte d'une perte d'influence de l'Occident et du rééquilibrage du monde au profit de l'Asie

Même si l’on fait la part du “style direct” avec lequel les Allemands aiment négocier, l’attaque formulée par Thomas Enders, ancien officier de la Bundeswehr, ancien co-président exécutif d’EADS et ancien président exécutif d’Airbus, sur le site de la DGAP, dont il est devenu le président, est d’une rare violence: 

Sommes-nous un pays d’âmes de marchands et de lâches – comme on le dit sur les réseaux sociaux ? Nos alliés à l’Est et à l’Ouest sont effrayés par la position de l’Allemagne. L’Allemagne ne semble pas fiable. Personne ne s’attend à ce que la Bundeswehr soit engagée pour soutenir l’Ukraine. Mais le fait que l’Allemagne ne veuille autoriser aucune livraison d’armes à l’armée ukrainienne, désespérément inférieure à la Russie, et veuille même empêcher les livraisons de ses alliés à l’Ukraine, est un scandale en matière de politique étrangère et d’alliance.

Le gouvernement Scholz a isolé l’Allemagne en Europe – même les Pays-Bas livrent des armes. L’action allemande est irresponsable. Et l’habiller de l’histoire allemande et de la culpabilité envers la Russie, c’est oublier l’histoire. Les crimes nazis n’étaient pas uniquement dirigés contre la Russie, ils ont également eu lieu en Ukraine, en Pologne et dans les pays baltes. Tous ces pays se voient aujourd’hui menacés par la Russie“. 

Non seulement le site de la DGAP a le mauvais goût de placer en tête de l’article la photo d’un char russe en manoeuvre à la frontière ukrainienne dans la neige qui évoque irrésistiblement des souvenirs de la guerre germano-soviétique mais Monsieur Enders a le mauvais goût d’invoquer les souffrances infligées par l’Allemagne nazie aux Polonais ou aux Ukrainiens pour justifier l’agressivité vis-à-vis de la Russie. 

On rappellera à Monsieur Enders que la génération de ses grands-parents a infligé à l’URSS, en particulier à son coeur russe une guerre génocidaire qui a fait 13 millions de morts parmi les militaires et 14 millions parmi les civils. On lui rappellera aussi que s’il a pu grandir dans une Allemagne de l’Ouest libre, c’est parce que l’Armée Rouge a supporté et victorieusement repoussé, pour finir, les assauts de l’armée la plus barbare de tous les temps, la Wehrmacht

Et la suite de l’article fait sentir combien Monsieur Enders a pris confiance en lui lorsqu’il travaillait chez EADS et Airbus , parce que ses interlocuteurs français n’osaient pas lui tenir tête. Cela donne des insolences historiques du genre: 

Le gouvernement fédéral devrait plutôt, maintenant, face à une agression russe non dissimulée, passer à une politique étrangère et de défense robuste. La politique étrangère et de défense est une tâche de direction. Elle ne suscite guère d’applaudissements, d’autant plus que les sondages montrent que la majorité des Allemands ne partiraient pas en guerre, même pour des partenaires de l’OTAN comme les Etats baltes.

Cela rappelle le pacifisme français “Mourir pour Danzig ?” de 1939. La lâcheté devant l’ennemi, camouflée à grand renfort de mots, invite toutefois les agresseurs à élargir leur zone de pouvoir“.

On ne rappelle pas ici la politique d’appeasement… Thomas Enders n’ose pas maltraiter la Grande-Bretagne. Mais ne perdons pas le fil: 

Un appel non dissimulé à la guerre contre la Russie

Nous demandons à nos lecteurs de lire attentivement les phrases qui suivent, en particulier ce que nous avons souligné: 

“.Au cours des dix dernières années, Poutine a réfuté à plusieurs reprises la croyance, répétée en Allemagne par tous les partis, selon laquelle il ne peut y avoir de “solution militaire” à quelque conflit que ce soit. Seuls ceux qui n’ont pas d’options militaires à leur disposition, c’est-à-dire qui ne disposent pas de forces armées ou qui sont insuffisamment équipées, ne veulent pas voir de solutions militaires ou les ignorent par principe”

Non seulement, Monsieur Enders continue dans le mauvais goût – parler de “solutions” quand on est Allemand et qu’on parle de géopolitique…..Passons! Mais il double le manque de tact d’un regret, que l’Allemagne ne soit pas en mesure d’envisager l’option militaire face à la Russie. 

Injonctions au gouvernement Scholz

C’est un véritable programme de réarmement allemand que Monsieur Enders entend dicter au gouvernement allemand nouvellement installé: 

La première étape doit être que le gouvernement fédéral donne à l’opinion publique allemande une image sobre et sans fard de la situation sécuritaire en Europe et de la menace russe pour l’ordre de paix européen. Même si la vérité “risque d’inquiéter la population” (Thomas de Maizière), il est plus que temps de dire qu’un dictateur de l’envergure de Poutine ne peut pas être remis à sa place uniquement avec des exhortations, des formats de discussion et quelques sanctions.

Deuxièmement, l’Allemagne devrait fournir un soutien militaire immédiat à l’Ukraine en livrant des équipements, des armes et des munitions en coordination avec ses partenaires de l’OTAN. Des déploiements de troupes supplémentaires dans les pays baltes et les pays d’Europe de l’Est membres de l’OTAN, si ceux-ci le souhaitent, doivent être envisagés.

Troisièmement, en cas d’attaque contre l’Ukraine, l’Allemagne devrait déclarer sans équivoque que la base d’une exploitation de Nord Stream 2 serait alors supprimée. De manière permanente.

Quatrièmement, indépendamment de Nord Stream 2 et de l’issue de la crise ukrainienne actuelle, nous devons immédiatement prendre les premières mesures d’une restructuration de la politique énergétique allemande, dans le but de réduire le plus rapidement et le plus largement possible la dépendance vis-à-vis des livraisons de pétrole et de gaz russes.

Cinquièmement, nous devons adapter les dépenses de défense allemandes aux besoins de l’armée fédérale et les augmenter pour atteindre 2 à 3 pour cent du produit intérieur brut au cours des cinq prochaines années. Une augmentation des trois forces armées à 200 000 à 250 000 soldats actifs – en mettant l’accent sur les troupes de combat – et l’introduction d’un service général ou obligatoire pour les hommes et les femmes doivent être à l’ordre du jour ; également pour constituer une réserve rapidement mobilisable pour la défense du pays.

Sixièmement, le gouvernement devrait immédiatement entamer des discussions avec la France sur une Union européenne de défense pour renforcer l’OTAN, qui serait en principe ouverte à l’adhésion d’autres États. A cette occasion, il faudrait également convenir de la mise en place d’une dissuasion nucléaire européenne sur la base de la Force de Frappe française.”

Résumons: il s’agit (1) de mentir sur la Russie à la population allemande (puisque Moscou ne fait qu’exprimer des intérêts de sécurité légitimes); (2) de faire marcher la Bundeswehr sur les traces de la Wehrmacht. (on connaît des néonazis ukrainiens et des révisionnistes baltes qui vont se réjouir). (3) de prendre le risque de casser l’industrie allemande en la coupant de ses approvisionnements énergétiques russes et, plus largement, (4) de désorganiser toute l’économie du continent puisque l’Allemagne est sortie du nucléaire et aucun pays ne peut à court terme approvisionner suffisamment l’Allemagne à la place de la Russie. (5) il faudrait remilitariser l’Allemagne; et (6) la “défense européenne” est en fait une opération de soumission accrue à l’OTAN. 

Au passage, Monsieur Enders réveille la proposition qu’ont faite imprudemment François Mitterrand puis Emmanuel Macron: mettre la dissuasion nucléaire française au service de l’Allemagne et de l’Europe. 

Thomas Enders: un incendiaire dont les accents martiaux d'une autre époque pourraient contribuer à un "Tchernobyl stratégique"

La fin de l’article est à l’image de tout ce qui a précédé: 

La politique russe de l’Allemagne ne doit plus être axée sur l’apaisement, la minimisation et les sanctions symboliques. Poutine veut faire voler en éclats l’ordre de paix européen. L’Allemagne doit s’y opposer avec les Etats-Unis et les autres alliés. Construire un contre-pouvoir. Faire preuve de courage et de détermination (Mut und Entschlossenheit).

Pour cela, la nation la plus importante économiquement et la plus peuplée au centre de l’Europe doit disposer d’une armée forte et prête à intervenir (ein starkes, einsatzbereites Militär der wirtschaftlich führenden und bevölkerungsreichsten Nation in der Mitte Europas). De nombreux commentateurs écrivent ces jours-ci que l’Allemagne doit “faire preuve de fermeté”  (Härte zeigen) vis-à-vis de la Russie. Mais ils éludent ce point central : l’Allemagne a de nouveau besoin d’une armée fédérale forte (Deutschland braucht wieder eine starke Bundeswehr) qui ne donne lieu à aucune moquerie, ni au Kremlin ni ailleurs, et qui soit capable d’apporter une contribution significative à la dissuasion et à la défense en Europe“.

Un germanophone ne peut pas s’empêcher de frémir quand il voit une langue héritée des années 1920 et 1930 dans les milieux nationalistes de la République de Weimar puis dans les premières années du régime nazi (pensons aux “Années décisives” – Jahre der Entscheidung – de Spengler). refaire surface dans le cadre de l’OTAN. C’est la raison pour laquelle nous avons indiqué les termes allemands utilisés par Thomas Enders. 

Au moment où l’on a vu s’installer en Occident ce que j’appelle le “fascisme gris” et où ses tenants, ayant atteint les limites d’une politique sanitaire coercitive, cherchent un nouvel exutoire – et pensent l’avoir trouver dans une éventuelle confrontation avec la Russie, comment ne pas être révolté par la réémergence d’une tentation de  “fascisme allemand”? On se rappelle comme l’Allemagne wilhelmienne a précipités les malheurs de la Russie et de l’Europe en permettant à Lénine de se rendre de Zurich à Petrograd. Et l’on connaît la propension allemande, de la révolte religieuse de Luther au traitement du Brexit par Angela Merkel, à aggraver les problèmes qu’ils dénoncent plutôt qu’à les résoudre. 

C’est d’autant plus inquiétant que Thomas Enders est connu pour être proche de Friedrich Merz, nouveau président de la CDU et ancien président de Blackrock Allemagne. 

Les deux hommes auront-ils ensemble assez de poids et d’influence pour mettre vraiment en difficulté le gouvernement Scholz, d’autant plus que l’on sait le Chancelier allemand menacé par des scandales financiers de l’époque où il était maire de Hambourg?

Naturellement, tous les réseaux économiques allemands ne pensent pas comme Monsieur Enders. Cela fera l’objet d’une nouvelle analyse pour nos lecteurs. Cependant on ne saurait sous-estimer l’ultimatum adressé par Thomas Enders, de la part du Deep State transatlantique, à Olaf Scholz.  

Abonnez-vous à notre newsletter

Les droites de Husson

Soyez les premiers à connaître les 1001 secrets des droites françaises à l'approche des élections présidentielles. La lecture intégrale de cette lettre est comprise dans l'abonnement à 9,90 €/mois !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

1 Shares:
2 commentaires
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous pouvez également aimer