Guerre d’Ukraine – Jour 7 – 2 mars 2022 – Bilan à la mi-journée

Désormais le Courrier des Stratèges publie à midi et à minuit un bilan de l’évolution de la Guerre d’Ukraine. Avec une double perspective, croisée: la guerre sur le terrain; et le conflit stratégique global que les Etats-Unis essaient d’organiser contre la Russie – en prenant le risque très clair d’une escalade

Joe Biden confirme que les Américains n’interviendront pas en Ukraine

6h00: Dans la nuit, Joe Biden a prononcé son discours sur l’état de l’Union.  L’ambassadeur d’Ukraine aux Etats-Unis était assis à côté de Madame Biden durant le discours.

Joe Biden a annoncé que des poursuites seraient engagées contre les oligarques. Le père lâcherait-il son propre fils ? On sait en effet que Hunter Biden est profondément impliqué dans les réseaux oligarchiques ukrainiens, qui lui ont fourni contrats, commissions et vie de plaisir à volonté. Ce sujet a été étouffé par les médias durant la campagne présidentielle américaine de 2020. Et l’on se rappelle que Donald Trump a été embêté durant un an de son mandat par une tentative d’impeachment liée à la diffusion d’un enregistrement d’une conversation avec Zelensky au cours de laquelle il interrogeait le président ukrainien sur les compromissions de Hunter Biden. Quand on voir le comportement erratique de Zelensky, on peut se demander si ce n’est pas lui qui avait balancé le contenu de la conversation, en fait. Plus profondément, le Russiagate puis le Bidengate, point de focalisation des démocrates américains durant tout le mandat de Trump avaient bien entendu à voir avec les réseaux d’argent des Clinton et de Biden & Sons. C’est d’ailleurs un motif de rationalité dans les semaines à venir : le compromis sur l’Ukraine, inévitable, entre Américains et Russes – l’élément d’alternative est la guerre nucléaire – se fera dans la mesure où Poutine laissera l’oligarchie américaine continuer à faire son business dans une partie de l’Europe et en particulier en Ukraine de l’Ouest.  

A vrai dire, quand on écoute le discours de Biden, il y a presque un effet comique dans ces heures tragiques. Au milieu du pathos pro-ukrainien, on lit cette phrase sobre :

“Que ce soit clair, nos forces ne sont pas engagées et ne s’engageront pas dans un conflit avec les forces russes en Ukraine. 

 Nos forces ne vont pas en Europe pour se battre en Ukraine, mais pour défendre nos alliés de l’OTAN – au cas où Poutine déciderait de continuer à avancer vers l’ouest

Au moins, c’est dit. Et ensuite, on raconte comment on prend des mesures d’urgence pour maintenir suffisamment bas les prix du pétrole.

 

Stratégie russe et nouvelles du front 

08 :00 : Les Russes ne sont pas bavards. Beaucoup le leur reprochent dans le climat sécrété par la com tous azimuts du côté kiévien. Et cela conduit à des tas d’interprétations vraisemblablement erronées sur l’échec de l’offensive russe. Sans être naïf, on peut supposer que le commandement russe avait anticipé la situation et dessiné plusieurs scénarios.

Le scénario « Crimée 2014 » en était certainement un : les forces armées ukrainiennes cessant le combat quasi-instantanément et la population se ralliant rapidement. Mais l’Ukraine c’est plus grand que la France métropolitaine, le réseau routier reste déficient en dehors des grands axes ; et ce pays meurtri par l’histoire n’a pas d’identité claire.

Vladimir Poutine semble avoir misé sur le fait qu’une guerre qui épargne la population civile permet de préserver l’avenir. Cela ne veut pas dire pour autant que toute la population – même dans les coins russophones – accueille les Russes en libérateurs.

L’image opposée d’une « nation ukrainienne » unanime et se battant pour sa liberté est encore plus caricaturale. Les classes moyennes ont essayé de quitter le pays au premier jour du conflit ; à présent ce sont les hommes en âge de combattre qui essaient de passer en Pologne.

Le régime kiévien s’appuie sur la force d’intimidation de ses éléments proprement fascistes pour éviter une fraternisation, même partielle avec les Russes.

Enfin, dernier élément à prendre en compte : l’attaque russe a deux composantes ; l’une, aérienne, pour détruire, par tirs de missiles toutes les infrastructures de l’armée ukrainienne ; l’autre, terrestre, à partir de la Biélorussie (vers Kiev), des républiques sécessionnistes du Donbass ; et de la Crimée. Ces percées sont lentes, méthodiques, laborieuses pour qui pratique trop les jeux vidéos ; et elles consistent à encercler les villes sans chercher à les prendre immédiatement.

La carte ci-dessus donne une bonne idée de l’avancée réelle de l’armée russe.  Et nous mettons aussi cette autre carte qui montre la progression depuis hier du front du Donbass.: La percée des forces des républiques sécessionnistes et la possibilité d’envercler les forces ukrainiennes sont indiquées par les flèches orange. 

Voici ce que donnent les sources de terrain synthétisées – dans un énorme travail de collecte des données – par Actualités internationales et françaises.

  • Kharkov

En direction de Kharkov, il y a de lourdes batailles pour la ville.
Les unités russes s’enfoncent dans les profondeurs des lignes ennemies, puis elles coupent les voies de repli.
Des positions ennemies sont installées dans des immeubles résidentiels, des caches avec des armes et des munitions ont été créées à l’avance dans les sous-sols des bâtiments importants.
Au début du conflit, les établissements d’enseignement militaire ont été transformés en zones fortifiées à part entière par l’ennemi.
Dans la matinée, une frappe a été portée au bâtiment d’administration de la ville, dans laquelle est alors déployé un poste de commandement de défense territoriale. Plus tard, des attaques ont été menées contre les casernes des écoles militaires. Pour une raison inconnue, l’Académie de la Garde nationale n’a pas encore été détruite. Aujourd’hui, ce n’est plus un établissement d’enseignement militaire, ce sont des zones fortifiées à part entière où sont déployés des postes de commandement.
Des groupes de défense mobiles des Forces armées ukrainiennes et des bataillons nationalistes errent dans toute la ville et les banlieues. Les forces armées Russes ne contrôlent réellement que le nord-est de la ville. Les autres quartiers changent de main régulièrement.
Il est temps d’admettre qu’en huit ans, la ville s’est transformée en une grande zone fortifiée avec une défense alignée en échelons et avec une population très idéologisée”

Les Russes continuent d’autre part à renforcer leur contrôle de Sumy  et Tchernigov un peu plus au nord dans des régions par ailleurs contrôlées. 

  • Kiev

Un énorme groupe d’attaque de plus de 2 000 véhicules a été créé au nord-ouest de Kiev. Dans cette région, au nord-ouest de la capitale, la situation est totalement sous contrôle des troupes russes.
Une frappe a été portée sur le centre de télécommunication de la télévision de Kiev afin de suspendre la diffusion des chaînes ukrainiennes. Immédiatement, des kiéviens ont sorti des cadavres d’une morgue voisine, ont tiré des coups de feu sur les défunts remontant parfois à plusieurs jours. Les corps ont été déposés pour accuser les forces Russes d’avoir tué des civils.

  • Marioupol

Dans la nuit du 1er au 2 mars, les forces alliées LDNR ont lancé un assaut sur Marioupol, où se concentrent un énorme groupement de forces armées ukrainiennes et de mercenaires étrangers originaires de Croatie et de Biélorussie, devenus partie intégrante du régiment nationaliste “Azov”.
L’encerclement de Marioupol a été effectué dans la nuit du 28 février au 1er mars, deux couloirs ont été ouverts pour le repli des civils.
Il n’y a pas tellement d’unités de défense territoriale à Marioupol en raison des sentiments pro-russes de la population, et la distribution d’armes à la population est limitée“.

  • Kherson 

Dans la direction Kherson-Nikolaev, il a été possible de sortir du point mort après avoir infligé une puissante offensive sur la rive nord du Dniepr. Dans la nuit du 1er mars, Kherson a été encerclée et les forces armées Russes sont entrées dans la périphérie nord-ouest, après avoir détruit des installations de l’aéroport.
Un “nettoyage” en demi-teinte et un travail de proximité avec la population ont eu lieu tout au long de la journée. A 01h30 locale le 2 mars, Kherson était entièrement sous contrôle.
Le 1er mars, les forces armées Russes ont commencé à bloquer Nikolaev et l’accès à l’autoroute Krivoy Rog-Voznesensk-Odessa.
Selon le chef de l’administration régionale de l’État, les troupes russes éloignent délibérément les forces armées ukrainiennes des zones résidentielles et livrent des batailles à la périphérie des villes.
Au nord-est, une bataille a eu lieu à Snigirevka et Bashtanka.
Sous Voznesensk, des chars ont été apportés par la Russie.
Les ponts vers Nikolaev sont minés et toutes les entrées sont gardées par des détachements de la défense territoriale

Il se produira un moment où l’armée ukrainienne sera partout encerclée. Et rien ne permet d’anticiper la levée en masse de nouvelles armées par le régime de Zelensky.

L’armée russe et la population

Autre analyse très intéressante sur Actualités Internationales et françaises. Elle recoupe des images vidéos qui circulent 

Konotop, au nord, entre Sumy et Tchernigov, un blindé BTR-82A Russe (APC) est encerclé par la foule qui tente de l’empêcher de bouger. Pas de grande hostilité puisque les soldats sont assis sur l’extérieur de leur APC, mais cela montre bien la désapprobation de la population envers l’intervention Russe, brisant une fois de plus la stratégie basée sur un ralliement.
– Même chose à Starobelsk, au nord-est de Severodonetsk, une foule bloque complètement une rue aux forces Russes. Dans cette région de Lougansk, c’est particulièrement étonnant. D’autant plus que cet endroit sera administré par la LNR/Lougansk.
– Même chose à Energodar (sud du pays, le long du Dniepr), les habitants ont érigé des barricades et se sont rassemblés afin de ne pas laisser les colonnes russes entrer dans la ville et la centrale nucléaire de Zaporozhye”

Ces analyses recoupent des vidéos qui circulent sur internet de manière virale dans les réseaux pro-ukrainiens, afin de montrer “le soulèvement” du peuple face à l’envahisseur. En fait, ce que nous disent ces informations, c’est que jusqu’à la révolution orange et, même, jusqu’au putsch de Maïdan, l’Ukraine comme nation indépendante était viable – les russophones de l’Est ne veulent pas forcément être absorbés par la Russie. Pas plus que les ukrainophones de l’ouest ne voudraient “casser du Russe” en permanence. il y a beaucoup de mariages mixtes et de brassages de populations remontant à la période soviétique. Il aurait juste fallu que l’Occident respecte la neutralité de l’Ukraine et construisent une relation de confiance avec la Russie pour garantir ce statut !  

Evolution diplomatique, économique et stratégique

09h00: quatre proches collaborateurs de Gerhard Schröder, ancien chancelier allemand, mis à sa dispoition par l’administration de la Chancellerie depuis qu’iul avait quitté le poste, ont quitté leur poste suite au refus de Schröder de démissionner de ses mandats d’administrateur de Gazprom et de Rosneft

10h00: La coalition allemande au pouvoir tiendra-t-elle? Le Chancelier se demande s’il faut prolonger la durée de vie des centrales nucléaires dont Madame Merkel avait programmé la fermeture.  

10h30: la prochaine session de négociation entre Ukrainiens et Russes n’aura pas lieu aussi vite que prévu (on avait parlé de la semaine du 7 mars)

11h00: M.K. Bhadrakumar fait remarquer que “pas un pays musulman, ni Israël, n’ont exprimé leur soutien aux Etats-Unis contre la Russie”. 

11h00:  Le prix du gaz en Europe est maintenant de 2200 dollars par 1000 mètres cubes. Commentaire ironique dans The Sirius Report: “Si seulement ils avaient mis en marche Nordstream 2 et signé des contrats à long terme à 250 $, comme la Russie leur a conseillé de le faire. Vous récolterez ce que vous avez semé“.

12h00: Madrid cède à la pression et va envoyer des armes en Ulraine. 

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1 commentaire
  1. Il y aura forcément un espion russe en Espagne, et un autre en Pologne pour informer le FSB des infos concernant les armes espagnoles. Et là, si un incendie, comme celui de la charpente de Notre Dame de Paris advient, alors, on n’accusera pas les américains, ils sont blanc comme neige dans ce conflit russo-russe. Et exclusivement Russe. Et voir des orthodoxes se battre contre des catholiques, ça doit bien faire marrer les protestants et les anglicans. Finalement c’est encore une guerre de religion dont les grands commanditaires sont peut être les banquiers de la City. L’autre religion révélée.

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