Guerre d’Ukraine: Jour 8 – 3 mars 2022 – Point à mi-journée

Désormais le Courrier des Stratèges publie à midi et à minuit un bilan de l’évolution de la Guerre d’Ukraine. Avec une double perspective, croisée: la guerre sur le terrain; et le conflit stratégique global que les Etats-Unis essaient d’organiser contre la Russie – en prenant le risque très clair d’une escalade

Dernière minute: selon nos informations, non confirmées par les canaux d’information habituels, les Ukrainiens et les Russes devraient commencer à négocier à 15h en Biélorussie près de Brest-Litovsk

Point sur le front

8h00: Un peu comme un joueur de puzzle, celui qui essaie de suivre le conflit est devant des informations partielles à faire tenir ensemble pour avoir une image cohérente. On commence toujours par examiner les pièces

  • “Des navires Russes sont (…) visibles au large de la région de Nikolaev. Cela donne une impression de mini 6 juin 1944.
    S’ils sont au large de la région de Nikolaev, ils sont forcément situés en face de l’embouchure de la rivière Tylihul, ou dans le golfe de Dniprovska. C’est très proche des côtes. L’heure du débarquement approche ? A moins que ça ne soit une ruse pour divertir les kiéviens défendant Nikolaev, afin de soulager l’attaque en cours depuis l’Est et faciliter l’opération de contournement par le nord ?”
  • Une colonne Russe est passée au nord de Kherson, nord-est de Nikolaev (sud-ouest Ukraine), suivant probablement la route de contournement par le nord de Nikolaev. Deux véhicules Russes sont tombés en panne. Les militaires Russes ont changé de tactique, ils ne les ont pas abandonnés, ils les ont incendiés.
    – L’aviation Russe bombarde dans le secteur de Voznesensk, au nord-nord-ouest de Nikolaev, où les kiéviens bloquent le contournement de Nikolaev
  • Kharkov a été la cible de la force aérienne Russe cette nuit (…)La partie nord-est de Kharkov est toujours, au minimum partiellement, occupée par les Kiéviens, qui sont, de plus, toujours capables d’y recevoir des renforts par camions (…)L’artillerie kiévienne poursuit ses tirs sur les zones de Kharkov contrôlées par les forces Russes “.
  • 4 frappes, possiblement avec missiles de croisière, ont eu lieu dans la grande partie sud de Kiev

Actualités mondiales et françaises fait un gros travail de traduction de sources journalistiques russophones indépendantes qui sont sur le terrain ou proches du terrain en Russie. Voilà donc le bout de puzzle de la nuit constitué à partir d’une traduction du canal telegram Rybar

Le ministère de la Défense Russe a annoncé pour la première fois ses pertes : 498 morts et 1 597 blessés.
La situation des Forces ukrainiennes est très différente : selon les données internes des structures de pouvoir ukrainiennes, le nombre de morts & disparus atteint 8 395 personnes. Le ministère russe de la Défense a réussi à vérifier la perte de 2 870 tués du côté ukrainien.
Ce jour, 400 sorties aériennes ont été réalisées, contre 1 500 cibles.
 La situation la plus difficile s’est développée dans la direction de Kharkov. L’oligarque et dirigeant kiévien Arsen Avakov est arrivé dans la ville pour coordonner les détachements nationalistes et diriger la défense de Kharkov.
Les Forces armées Russes ont pu occuper Balakleya (au sud-est de Kharkov) et atteindre Izyum (encore plus au sud-est), mais le soir, Izyum restait sous le contrôle des Forces armées ukrainiennes.
Dans cette zone, deux routes sont contrôlées par les forces armées Russes, la M03 passant par Chuguev jusqu’à Balakleya et la P07 jusqu’à Kupyansk. La situation est compliquée par la présence d’un grand groupe mobile kiévien au nord-est de Kharkov, dans le secteur de Volchansk, qui représente une “zone grise”. Ce groupe kiévien a détruit deux voitures civiles (des civils cherchant à fuir la zone).
Des couloirs humanitaires ont été ouverts par Kiev au sud de Kharkov, mais la sortie des civils peut être un cadeau pour les bandéristes qui rêvent de mener une provocation. Le QG Russe réfléchit à une solution qui serait optimale.
 En direction de Nikolaev, les forces armées Russes tentent de fermer le chaudron autour de la ville et sont toujours fixées sur la route Krivoy Rog – Voznesensk.
Une zone fortifiée a été conçue par les forces Russes à Snigerevka, à l’Est de Nikolaev.
À Voznesensk, les habitants ont fait sauter des ponts vers le quartier sud-est de Bolgarka, ville qui était pourtant occupée par les forces russes.
À Nikolaev même, on attend des livraisons d’ATGM et de MANPADS (missiles anti-chars ; et missiles anti-aériens de courte portée à guidage thermique).
Un navire civil a été endommagé dans le port de la ville et les troupes russes en ont été accusées.
 Dans la province de Zaporozhye, jusqu’à 200 soldats kiéviens ont été tués dans une zone fortifiée au nord de Tokmok, après quoi la défense de Vasilyevka s’est effondrée.
Plus au nord, les troupes russes sont à l’arrêt.
À Energodar, les habitants ne laissent pas passer les forces Russes vers la centrale nucléaire de Zaporozhye, la plus grande d’Europe. Les forces Russes ont tenté de disperser les rassemblements avec les lanceurs de grenades fumigènes des véhicules blindés.
 Région de Kiev, aucun changement.
A trois heures du matin, des missiles de croisière Kalibr ont frappé les infrastructures militaires de la ville. Il y a eu une explosion près de la gare du Sud.
Près de Borodianka, 30 km au nord-ouest de Kiev, des « jihad-mobiles » (véhicules civils renforcés de plaques de blindage, très connus en Syrie et même parmi les gangs de trafiquants de drogue en Amérique Latine) ont été utilisées par des pro-Kiev.
Il y a tout de même eu l’apparition de quelques unités de défense locales qui soutiennent la Russie.
 Dans le secteur LDNR, Volnovakha, entre Marioupol et Donetsk, a été dégagée.
Des combats sont en cours pour la banlieue de Marioupol à l’ouest de la ville. A l’est, des combats ont lieu dans la ville elle-même.
 Le ministère roumain de la Défense a d’abord perdu un chasseur MiG-21, puis un hélicoptère Puma, qui le suivait.
L’Occident a fait porter ces pertes sur la Russie, mais le ministère roumain de la Défense a déclaré que les pertes étaient dues aux mauvaises conditions météorologiques.
Le MiG-21, très probablement, était désorienté dans l’espace et a pu s’écraser en percutant une éolienne.”

L’affrontement stratégique mondial

8h30: Lorsqu’Emmanuel Macron dit “Ce n’est pas une guerre entre l’OTAN et la Russie”, n’est-ce pas un message envoyé à Moscou et à ses partenaires de l’OTAN – surtout après les déclarations incendiaires d’un Bruno Le Maire la veille? 

9h: Le “dégrisement” des Occidentaux – en tout cas des dirigeants américains – a commencé: “En raison de la tension militaire  entre l’OTAN et la Russie, les États-Unis ont annulé l’essai planifié d’un lancement de missile balistique intercontinental Minuteman III depuis la base de l’US Space Force Vandenberg en direction de l’atoll de Kwajalein

On ne saurait trop insister sur l’irresponsabilité de tous les va-t-en-guerre en France ou ailleurs dans l’Union Européenne, qui ne se rendent pas compte du danger dans lequel se trouve le monde.  D’une part, les Russes ne rient pas sur leurs intérêts stratégiques. D’autre part, la possibilité d’un hacking informatique ne relève pas seulement d’une version moderne de James Bond. 

10h: La Corée du Sud aimerait négocier pour continuer à exporter vers la Russie sans être touchée par les sanctions occidentales. Samsung aimerait augmenter sa part de marché en Russie. Combien de temps le front apparemment uni des sanctions tiendra-t-il? 

11h00: L’Union Européenne a fait savoir officieusement que l’adhésion de l’Ukraine ne pourrait être envisagée qu’après la fin de la guerre. A Bruxelles aussi on retrouve ses esprits.  La Géorgie aussi devra attendre, elle qui demandait hier son entrée à la suite de l’Ukraine

La géographie paradoxale des réfugiés

12h00: Au moment de boucler ce bulletin de la mi-journée, je regarde cette carte des réfugiés produite par le Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés. Mettons-la en regard avec la carte du front en fin de journée hier: 

Les réfugiés ne fuient pas les zones de combat mais l’Ukraine où l’on ne combat pas. On nous rétorquera les bombardements! Mais ils ont été ciblés et n’ont visé que des infrastructures militaires dans la partie du pays où il n’y a pas de combats au sol. 

Normalement, on devrait avoir des flux de réfugiés vers la Biélorussie et la Russie ou par la Mer Noire vers lee nord-est des Balkans. On a bien un afflux en Moldavie, région la plus proche d’une zone de front. Mais pour le reste, c'(est vers la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne surtout que les réfugiés affluent. Et ils fuient des régions où il n’y a pas de guerre! Ils quittent l’Ukraine de Zelensky ! Pour quelles raisons? 

  • l’attirance pour le niveau de vie plus à l’Ouest. C’est l’occasion de rappeler que l’Ukraine est un pays entretenu dans la pauvreté par la corruption de la classe dirigeante kiévienne? 
  • La peur d’une avancée et d’exactions de l’armée russe? De fait, le régime kiévien a mis depuis au moins huit ans dans la tête des ukrainophones que tout ce qui était russophone et russe était à bannir. 
  • La peur du climat que font régner les éléments radicaux et les milices du régime Zelensky? 
  • Le refus d’être enrôlés pour les hommes en âge de combattre? 
  • les affinités historiques et les vieilles appartenances politiques alors que l’Etat ukrainien est déligitimé parce qu’il perd de plus en plus le monopole de la violence? 

En tout cas, ce que révèle cette carte est bien loin de la réalité d’une nation libre, unie derrière son président et prête à se soulever en masse contre l’envahisseur. 

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6 commentaires
  1. Bonjour,
    J’ai une question car il me semble qu’il y ait une incohérence entre le rapport, et merci pour cet incroyable travail de sourcing, et la carte de l’Ukraine publiée en russe.
    En effet, comment Kharkiv/Kharkov peut être à la fois derrière la ligne de front tout en étant pas encerclée et donc être en mesure de recevoir du matériel de combat ?
    Merci à l’auteur pour ses précisions.

      1. Merci EH pour votre réponse.
        Merci infiniment pour vos compilations de données. Je les guette quotidienne.
        Quel est, selon vous, le niveau de fiabilité de la carte en russe (le Saker publie pratiquement la même mais moins “graphique”) ? Je vous pose la question car cette carte est à ce jour la plus pessimiste qui existe, les autres décrivent une armée russe “lente” et avec peu de terrain conquis confirmé.
        Enfin, auriez vous du temps pour nous placer un billet sur l’analyse de l’entretien d’Alain Baeur par Appoline de Malesherbes ce matin sur RMC ?
        Cordialement,
        R.

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