Ode à la liberté, François Sureau remet les pendules à l’heure sous la Coupole de l’Académie

Ce jeudi 3 mars, l’entrée sous la Coupole de François Sureau ravive la flamme de la liberté devant une assemblée plus que gênée. Homme de lettres et homme de droit, le nouvel Académicien rend un hommage vibrant à son défunt prédécesseur Max Gallo tout en réveillant notre conscience de citoyen, et nous fait l’honneur d’un discours dont la majesté du verbe nous avait cruellement manquée par ces temps troublés. Pourtant soutien de la première heure du président de la République, il brosse un portrait au vitriol du pouvoir en place. Mais il faut voir en ce pamphlet bien plus qu’une attaque en règle contre la Macronie, c’est avant tout une invitation à nous ressaisir.

 

 

Tradition immuable depuis 1635, François Sureau a fait son entrée sous la Coupole en prononçant un premier discours remarqué (c’est le moins qu’on puisse dire) dont voici la retranscription écrite. Les immortels ont reçu comme devoir de la part de Richelieu d’unifier la nation autour de la langue, le nouvel arrivant entend également le faire autour de la défense des libertés.  

Qui est François Sureau ?

François Sureau : « C'est le citoyen qu'on intimide, et pas le délinquant »

François Sureau est écrivain et avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation. Élu à l’Académie française le 15 octobre 2020 au 24e fauteuil, précédemment occupé par Max Gallo.

Proche d’Emmanuel Macron – dont il a aidé à rédiger les statuts de la République en Marche – mais aussi de François Fillon, il clame ne jamais participer au jeu politique, qu’il ne supporte pas. Cette proximité avec le chef de l’exécutif ne l’empêche pas de le critiquer ouvertement.

Il s’affuble lui-même du surnom de “Colonel ronchon” pour décrire sa posture avec le Président.

François Sureau a publié au total plus d’une vingtaine d’ouvrage, entre récits de voyage, romans, analyses, biographies et poésies.

Hommage à son prédécesseur et ode à la liberté

Pour son premier discours, bien conscient de ne pas entrer à l’Académie comme dans un moulin – « c’est une Compagnie dans laquelle on entre, et non une circonscription dont on hérite. » – M. Sureau rend un hommage vibrant au précédant occupant de son nouveau fauteuil.

Max Gallo était Académicien et écrivain prolifique français. A la fois député des Alpes Maritimes, secrétaire d’État et porte-parole d’un gouvernement socialiste, fondateur de parti, député européen, cet Académicien et fils de résistants a connu bien des vies, on lui doit des œuvres majeures avec toujours pour thème celui de la jonction entre liberté et identité française.

Ci-dessous donc un discours où l’intéressé s’interroge sur les réactions que pourrait avoir son défunt prédécesseur sur l’époque que nous vivons, et passe au vitriol la perte sens (qui va avec la perte de liberté) à laquelle nous assistons « avec docilité ».  

Ceux qui ne connaissent pas les prises de position de François Sureau concernant les libertés publiques y voient une attaque frontale, en règle, contre la Macronie et la gestion actuelle du pouvoir. En réalité, les paroles de François Sureau s’inscrivent dans le temps long d’un combat qu’il menait bien avant l’apparition du Covid ou de la guerre en Ukraine.

Sans la liberté

En 2019, il publie dans la collection tract de Gallimard un court texte intitulé « sans la liberté » et où l’on retrouve toute l’inspiration de son discours.

Les Amoureux de la Liberté: Sans la Liberté

C’est tout d’abord un texte d’étonnement démontrant le manque de vitalité de notre société à vouloir préserver nos libertés. Pour lui ce qui nous caractérise en tant que français, c’est l’amour de la liberté, qui finira par prendre le dessus sur « la trouille généralisée ». 

L’auteur venait présenter son texte au micro de France Inter il y a 2 ans et décrivait déjà cette situation de “trouille généralisée” avant la crise sanitaire. Pour l’instant, on lui donne tort sur l’amour des français pour la liberté au-delà de la trouille : 

Pas d’arbitrage possible entre sécurité et liberté

Toujours selon ce dernier, rien de pire que le faux arbitrage entre sécurité et liberté. Nos régimes sont fondés sur le fait qu’il faille garantir les libertés puisque la demande de sécurité l’emporterait toujours. A son grand étonnement, il s’alarmait déjà que les digues aient sautées dans une époque bien moins difficile que celle de nos aïeules (et il parle d’une situation avant Covid !!).

Telle Madame Soleil, il prévenait : quand un gouvernant dit « la liberté, certes, mais la sécurité … » cela signifie « sécurité d’abord et le reste on verra ensuite » (on comprend qu’il ne conseille plus Emmanuel Macron, qui se félicitait récemment que « La sécurité soit la première de nos libertés. »)

« A cette aune, pas de pays plus libre que le royaume de Staline ou de Mussolini » – « le rêve de l’escargot »

La Liberté n’existe pas sans les inconvénients de la liberté

Surtout il s’indigne de la loi sur la haine en ligne. « en se fondant sur la répression de la haine en ligne, la loi introduit désormais la répression pénale à l’intérieur de la conscience » – les intentions qui fondent la loi sont bonnes, mais la liberté n’existe pas sans les inconvénients de la liberté.

La liberté d’écrire, de dire, d’aller et venir suppose un risque de blesser, déranger, bref, la liberté conduit à un mouvement – et tout ce qui conduit à brider ce mouvement, même pour les meilleurs des motifs, est quelque chose de dangereux.

La raison pour laquelle il existe un contrôle de constitutionnalité est bien la suivante : il y a des droits naturels et imprescriptibles que même le peuple ne peut contourner, quand bien même il le désirerait.

Il y a des haines justes

Il existe un droit à haïr, la république est née de la haine des tyrans. On ne veut plus voir que le mal existe, nous cherchons à bâtir des constructions juridiques pour faire oublier cette part imparfaite de notre nature. « Nous vivons dans le rêve d’une société de la perfection individuelle », qui provoque une société de la peur où chacun craint pour la perfection de sa propre vie.

En confondant la liberté et les droits (et surtout le droit à ne jamais être blessé) nous nous retrouvons dans un monde sans fraternité politique ou chaque groupe d’individus réclame à l’Etat de faire respecter ses droits. Signe de la mort de la société politique, l’idéal d’une société meilleure se meurt et est remplacé par le culte de la nature.

La défaillance de nos institutions n’est que le reflet de nos platitudes

Dans ce premier discours – mais aussi dans son ouvrage de 2019 – la joute la plus acerbe est certainement celle tenue à l’encontre de nos institutions. Il y a tout d’abord la disparition de leurs sens et de la séparation de pouvoirs, voire une confusion recherchée de cette séparation.

« Personne ne veut vivre dans un pays où les institutions défaillantes nous disent quoi penser, comment parler et quand se taire ».

Et oui, paradoxalement, plus l’Etat est faible et dépassé, plus il prend sa revanche sur les libertés de tous, incapable d’endiguer l’action de quelques-uns.

« le citoyen réduit à n’être plus le souverain mais simplement l’objet de la sollicitude de ceux qui le gouvernent et prétendent non le servir, mais le protéger, sans que l’efficacité promise ultime justification de ces errements, soit jamais au rendez-vous ».

C’est certainement le passage que le pare-terre de jeunes cadres dynamiques ici présent aura jugé le plus à charge. Néanmoins, François Sureau ne dénonce pas ces tendances liberticides de nos gouvernants depuis hier, il n’a fait que décrire une situation qui s’installe, lentement mais surement, et où la Macronie se trouve décidément bien à son aise, comme un point de chute.

« La France est un pays où rien n’est jamais acquis, ni la paix, ni la vérité, ni même la liberté. Nous connaissons en moyenne une révolution, franche ou larvée, tous les soixante ans depuis plusieurs siècles. »

 

François Sureau nous invite donc à poursuivre le combat de la République que Gallo aimait, un régime qui n’est pas une fin en soi (et qui n’a pas toujours été doré) mais qui nous laisse un trésor inestimable : « l’égale dignité de tous, la présence agissante de la liberté, le souci du droit, l’amour de la patrie … » – et de ne pas laisser ceux qui n’aiment pas les libertés nous inviter à toutes les platitudes et à nous expliquer que les temps sont trop durs pour mener ces combats.

François sureau est assurément un digne successeur au fauteuil n°24, fut un temps occupé par Jean de La Fontaine.

 

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7 commentaires
  1. Le gamin actuel est l’incarnation absolue de « Errare humanum est, perseverare diabolicum » agrémentée d’un syndrome de Peter inversé, comme s’il lui avait été proposé un poste très en-deça de ses talents démiurgiques.

    Comme il n’était pas humain mais planétaire, son essence était réputée sans défauts. Il est notoire qu’à la mesure du vivant, aucun astre est faillible. Que n’a-t-il dès lors postulé comme nouvel électron du soleil ? Là est la principale et évidente raison, semble-t-il, de l’erreur de casting première, de l’inadéquation totale entre le propos du mandat et sa personnalité, comme si l’on essayait de mettre un moteur RollsRoyce sur une mobylette. Ou une planète gazeuse en orbite terrestre…

    Évidemment pas à sa place, ce costume de théâtre fut par trop étriqué et vite l’emmerda, ses sparring-partners, les Français, ses ministres et collaborateurs, en toute logique indignes de respirer en sa présence… Pour la bienséance, à tous le silence dut être imposé. Dieu discute-t-il avec les cuisinières, les lavandières et les éboueurs ? Avec la poussière et l’écume des jours ? Avec les cailloux de la Ceinture de Kuiper, encore ç’aurait été logique ! Et puis l’on comprend désormais que ce rôle n’était qu’un tremplin pour un au-delà supérieur. Maître de l’Europe ? Du Monde ? Là commençait à poindre une lueur d’intérêt… En règle générale, la même difficulté se présente quand on propose, pour qu’il s’aguerrisse, le poste de contremaître d’atelier au prodige préempté pour devenir futur PDG. Il y a clash, il y a maldonne… Une tige filetée de 8 n’accrochera pas un boulon de 22. Logique, non !

    Ça y’est, eurêka ! égaré sur la terre à son grand dépit, le gamin ressemble à l’Albatros de Baudelaire.

    « Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d’eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
    Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
    L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

    Là est la raison de son échec sur toute la ligne. L’erreur n’a pas commencé en 2017… Bien avant, il était réputé balourd et pataud, avait jalonné son parcours de trop nombreux quiproquos. Comme il se faisait chier, il meublait le temps par des mots, non pour briller mais pour occuper son cerveau, un maître mondial des échecs qu’on obligerait à s’ennuyer aux dominos.

    Nous, misérables terriens, indignes mortels, pourquoi sommes-nous donc si acharnés à vouloir faire souffrir cinq années supplémentaires ce demi-Dieu égaré en notre si fangeuse bassesse ? Liberté, vain mot sans consistance pour cet interstellaire qu’on tournicote sous son nez comme une vile rapière. Et puis en quoi cette Liberté peut-elle concerner ceux qui voyagent à vitesse éclair ? Comment dès lors pouvons-nous être si abominables avec ce martyr christique exilé dans l’enclos terrestre, qui plus est chez les Gaulois, sous-êtres que Gaïa aura procréés dans son pire égarement ?

    J’allais donc nous conseiller, Français naturellement au grand cœur, d’oser sans délai la générosité magnanime avec cet homme victime d’une guerre à lui imposée, de l’affranchir de son cynique esclavage à notre répugnant service, ainsi le libérer de cette charge qu’on n’offrirait même pas à son pire ennemi.

    En comparaison, Cendrillon, elle, fut bien traitée par ses maîtres !
    Rendons-lui donc alors dans un mois sa Liberté, on se débrouillera bien tous seuls pour notre Sécurité.
    Il l’a bien méritée.

    1. EXCELLENT! Tout est dit, et me rassure: je n’ai jamais envisagé de voter pour lui en 2017, certainement pas davantage en 2022. Rendons-lui sa liberté et jugeons-les, lui et sa clique pour tout le mal qu’ils ont fait.

    2. Bravo, superbement dit.
      Et pour m’imaginer un peu spleen je changerai, “Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.” par “Ses pensées complexes, l’empêchent de se démaquiller”.
      Certains pourraient remplacer “se démaquiller” par “se mast…er” le cerveau.

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