Guerre d’Ukraine – 3-4 avril 2022 – Jours 39-40 – bilan de fin de journée

Le Courrier des Stratèges publie quotidiennement un bilan de l’évolution de la Guerre d’Ukraine. Avec une double perspective, croisée: la guerre sur le terrain; et le conflit stratégique global que les Etats-Unis essaient d’organiser contre la Russie – en prenant le risque très clair d’une escalade entre puissances nucléaires. Après un mois de conflit, il apparaît (1) que la Russie a initié une véritable révolution militaire, fondée sur la supériorité (pour l'instant) absolue que lui donnent les armes hypersoniques; (2) que la plus grande partie de la planète ne veut pas entrer dans une confrontation avec la Russie orchestrée par les Etats-Unis; (3) que l'on assiste à la fin du système monétaire mondial fondé sur le dollar et à la naissance d'un nouveau système "poly-monétaire". (4) que l'Union Européenne est de plus en plus clairement manipulée par les USA et la Grande-Bretagne , lesquels - quitte à perdre cette bataille géopolitique - souhaiteraient néanmoins briser pour des générations la perspective d'une "Europe de l'Atlantique à l'Oural".

La guerre en Ukraine

+ Tout d’abord, il faut signaler ce thread de Scott Ritter, que nous reproduisons intégralement car il éclaire singulièrement la stratégie russe: 

Pour tous ceux qui se grattent la tête en signe de confusion, ou qui dépoussièrent leurs uniformes pour le défilé de la victoire ukrainienne à Kiev, à la suite de l’annonce du “changement stratégique” de la Russie, il serait bon de se familiariser à nouveau avec les concepts militaires de base.
La guerre de manœuvre est un bon point de départ. Comprenez que la Russie a commencé son “opération militaire spéciale” avec un grave déficit en effectifs – 200 000 attaquants pour quelque 600 000 défenseurs (ou plus). Un conflit classique d’attrition n’était pas envisageable. La victoire russe a nécessité des manœuvres.
La guerre de manœuvre est plus psychologique que physique et se concentre davantage sur le niveau opérationnel que sur le niveau tactique. La manœuvre est un mouvement relationnel – comment vous déployez et déplacez vos forces par rapport à votre adversaire. La manœuvre russe dans la première phase de son opération va dans ce sens.
Les Russes avaient besoin de façonner le champ de bataille à leur avantage. Pour ce faire, ils devaient contrôler la manière dont l’Ukraine employait ses forces numériquement supérieures, tout en répartissant leur propre puissance de combat, moins importante, pour atteindre au mieux cet objectif.
Sur le plan stratégique, pour faciliter la capacité de manœuvrer entre les fronts sud, centre et nord, la Russie devait sécuriser un pont terrestre entre la Crimée et la Russie. La prise de la ville côtière de Mariupol était essentielle à cet effort. La Russie a accompli cette tâche.
Pendant que cette opération complexe se déroulait, la Russie devait empêcher l’Ukraine de manœuvrer ses forces numériquement supérieures de manière à perturber l’opération de Marioupol. Pour ce faire, elle a eu recours à plusieurs opérations de soutien stratégique : feintes, opérations de fixation et attaque en profondeur.
Le concept de la feinte est simple : une force militaire est perçue comme se préparant à attaquer un endroit donné, ou mène effectivement une attaque, dans le but de tromper un adversaire et de l’amener à engager des ressources en réponse aux actions perçues ou réelles.

L’utilisation de la feinte a joué un rôle majeur dans l’opération Tempête du désert {en 1991 en Irak], où les forces amphibies des Marines ont menacé la côte koweïtienne, obligeant l’Irak à se défendre contre une attaque qui n’est jamais venue, et où la 1ère division de cavalerie a réellement attaqué Wadi Al Batin pour coincer la Garde républicaine.
Les Russes ont fait un usage intensif de la feinte en Ukraine, avec des forces amphibies au large d’Odessa gelant les forces ukrainiennes sur place, et une attaque majeure de feinte vers Kiev obligeant l’Ukraine à renforcer ses forces sur place. L’Ukraine n’a jamais été en mesure de renforcer ses forces à l’est.
Les opérations de fixation étaient également cruciales. L’Ukraine avait rassemblé quelque 60 000 à 100 000 soldats à l’est, en face de Donbass. La Russie a mené une vaste attaque de fixation destinée à maintenir ces forces pleinement engagées et incapables de manœuvrer par rapport aux autres opérations russes.
Pendant l’opération Tempête du désert [en Irak en 1991], deux divisions de Marines avaient reçu l’ordre de mener des attaques de fixation similaires contre les forces irakiennes déployées le long de la frontière entre le Koweït et l’Arabie saoudite, immobilisant ainsi un nombre important d’hommes et de matériels qui ne pouvaient pas être utilisés pour contrer l’attaque principale des États-Unis à l’ouest.
L’attaque russe de fixation a immobilisé la principale concentration de forces ukrainiennes à l’est et l’a éloignée de Mariupol, qui a été investie et réduite. Les opérations de soutien menées depuis la Crimée contre Kherson ont permis d’étendre le pont terrestre russe. Cette phase est maintenant terminée
La Russie s’est également engagée dans une campagne d’attaque stratégique en profondeur visant à perturber et à détruire la logistique, le commandement et le contrôle, la puissance aérienne et l’appui-feu à longue portée de l’Ukraine. L’Ukraine est à court de carburant et de munitions, ne peut pas coordonner ses manœuvres et ne dispose pas d’une force aérienne significative.
La Russie est en train de redéployer certaines de ses principales unités, qui étaient engagées dans des opérations de feinte dans le nord de Kiev, afin qu’elles puissent soutenir la prochaine phase de l’opération, à savoir la libération du Donbas et la destruction de la principales force ukrainienne à l’est.
Il s’agit d’une guerre de manœuvre classique. La Russie va maintenant tenir l’Ukraine au nord et au sud pendant que ses forces principales, renforcées par les unités du nord, les Marines et les forces libérées par la prise de Mariupol, chercheront à envelopper et à détruire 60 000 forces ukrainiennes à l’est.
C’est la guerre “des grandes flèches” à son meilleur, quelque chose que les Américains connaissaient mais qu’ils ont oublié dans les déserts et les montagnes d’Afghanistan et d’Irak. Cela explique également comment 200 000 Russes ont pu vaincre 600 000 Ukrainiens”. 

+ Le retrait de l’armée russe des environs de Kiev n’empêche pas de maintenir les frappes balistiques. Un dépôt de munitions de l’armée ukrainienne a ainsi été détruit à Tchernigov. 

+ Si les médias occidentaux faisaient leur travail, ils montreraient par exemple la longue colonne de chars ukrainiens détruits sur la route de Kiev à Jitomir. 

+ Les désertions sont de plus en plus nombreuses dans l’armée ukrainienne. 

+ Le 501è bataillon de marine de l’armée ukrainienne s’est rendu à Marioupol. 200 hommes qui se retirent du combat – à la différence des miliciens fanatiques d’Azov.

Toujours à Marioupol, un nouveau maire aurait été désigné et la vie administrative et politique reprendrait doucement sous protection russe.  

Y a-t-il eu des volontaires français anciens militaires, à combattre du côté ukrainien à Marioupol? 

Butcha et le conflit géopolitique mondial

+ Sur l’épisode de Bucha, nous renvoyons aux deux articles publiés le 4 avril au matin par Eric Verhaeghe (ici et ici). Nous ne pouvons que recommander la plus grande prudence avant de porter un jugement. Comme le souligne très bien Verhaeghe: (1) le nombre de vidéos est limité et provient seulement des Ukrainiens. (2) Il s’est passé plusieurs jours entre le départ des troupes russes de la partie de Butcha qu’elles contrôlaient, et la découverte des cadavres. (3) Les vidéos visant à incriminer la Russie sont plus particulièrement relayées par des idéologues, en particulier ukrainiens, qui exaltent les Ukrainiens blancs contre “les Russes, les Mongols et les Sémites”‘ (sic!) 

Dans tous les cas, la propagande de guerre devient proprement sordide au moment où il devient clair que la défaite militaire ukrainienne est une question de quelques semaines. 

Nous ajouterons quelques points: 

– On nous a fait remarquer très justement que des violences comme celles de Bucha sont à placer en perspective de la distribution massive d’armes par les autorités ukrainiennes depuis le début de la guerre. 

-Notre familiarité avec ce conflit nous conduit à tester la possibilité de représailles commises par les militaires ou paramilitaires ukrainiens contre des individus jugés collaborateurs des Russes; avant de présenter les cadavres comme des victimes des Russes.  Peut-être les faits nous démentiront-ils. Mais l’hypothèse n’est a priori ni plus ni moins contestable que celle d’un massacre commis par l’armée russe. 

– On n’a jamais vu d’émotion publique ni d’indignation politique quand des vidéos de prisonniers russes très maltraités par les Ukrainiens ont été diffusées il y a quelques jours. Pour que la France soit crédible sur le plan diplomatique, elle devrait se garder de donner l’impression qu’il y aurait des victimes plus intéressantes que d’autres.  

– Visiblement nos politiques et nos médias n’ont rien appris des manipulations des trente dernières années, en particulier au cours des guerres d’Irak et de Yougoslavie. 

– les Ukrainiens sont en train de perdre la guerre. Le conseiller du président ukrainien Alexeï Arestovitch l’a reconnu. Doit-on penser qu’il leur reste ce type de manipulations comme tentative désespérée d’attirer les Occidentaux dans la guerre au nom de la prévention d’un “génocide”?  La visite de Zelenski à Bucha ce jour relève plus de la tentative désespérée d’entraîner l’Occident dans la guerre qu’autre chose. 

– je suis étonné du manque de sang-froid sur ce sujet des adversaires d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle (ici, ici,).  

– d’une manière générale, les Occidentaux se rendent-ils compte que le reste du monde n’entre pas du tout dans le storytelling ukrainien?  (voir par exemple la présentation très neutre du  Times of India).

+ une source elle aussi  neutre me dit que lors des échanges de prisonniers russes et ukrainiens, les Russes ont récupérés les leurs avec des traces de torture sur le corps. 

+ Le sujet d’éventuels trafics d’enfants ou d’adolescents ukrainiens est posé par la presse espagnole. 

+ Faut-il rappeler que toute guerre déchaîne les pires des instincts? C’est ce que redit régulièrement ces jours-ci le pape François – qui refuse de prendre parti dans la guerre et est pour cela soumis à d’énormes pressions ou à la désinformation occidentale. 

+ Le ministre des Affaires étrangères chinois s’est entretenu avec son homologue ukrainien et lui a rappelé l’importance des négociations de paix et d’une sécurité européenne incluant la Russie.

L'économie allemande déjà victime des sanctions anti-russes?

+ L’économie allemande est-elle au bord de l’auto-destruction?

– malgré la pression de nombreuses grandes entreprises et banques, le gouvernement donne l’impression de ne pas prendre au sérieux l’urgence de l’ouverture d’un compte dans une banque russe pour régler le gaz russe. D’un côté, le Chancelier parle de nouvelles sanctions; de l’autre le Ministre des Finances Christian Lindner explique que l’Allemagne ne peut pas se passer “à court terme” du gaz russe. Pourtant l’Allemagne prend prétexte de Butcha pour envisager des sanctions énergétiques et expulser 40 diplomates russes. La nationalisation des branches allemandes de Gazprom et Rosneft est plus symbolique qu’autre chose mais elle dénote l’agressivité du gouvernement allemand.

– L’inflation a été de 7 %  en mars en Allemagne et la grande distribution annonce une augmentation des prix alimentaires pouvant aller de 30 à 50% à partir du 4 avril 2022. 

L’institut économique de Cologne parle d’un possible effondrement de l’industrie automobile allemande qui a beaucoup misé sur des chaines de fabrication européennes allant jusqu’en Ukraine et des routes de livraison mondiales.  Dans l’immédiat, la fermeture de sites de productions ukrainiens et la mobilisation (au moins théorique)  par l’armée ukrainienne de 100 000 chauffeurs routiers ukrainiens pèsent déjà sur la production en Allemagne. 

– Le comité des cinq  “sages” qui conseillent le gouvernement allemand en matière économique fait baisser les perspectives de croissance pour l’ année 2021 de 4,5 à moins de 2%. 

– L’institut de l’économie de Cologne, toujours lui, souligne que tout cela prend place dans un recul sur deux décennies de la part de l’Union Européenne dans la production et le commerce mondial. 

+ Le Global Times, journal de langue anglaise proche du Parti Communiste chinois a du mal à comprendre comment l’Union Européenne peut se laisser à ce point mener par le bout du nez par les Américains qui continuent à importer des engrais de Russie (reclassés en biens de première nécessité) et qui ont fait augmenter leurs importations de pétrole russe en mars 2022. 

Alors, la crise ukrainienne, un moyen pour les Américains de casser l’économie allemande et européenne? 

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18 commentaires
  1. donc si je comprends bien une armée étrangere envahit un pays, occupe ses villes et laisse des cadavres derriere elle lorsqu’elle se retire et la premiere réaction des “stratèges” de ce site est d’accuser les milices ukrainiennes.
    Avec cette meme logique, en 44 à Oradour on aurait accusé la résistance.

    Quelques autres remarques:
    – les sources utilisées sont vraiment douteuses (genre un article sur l’inflation allemande écrit par un journaliste qui a le nom et le prénom du héro de fight club….) ou alors le fameux “selon une source neutre”
    – le fait de citer le global times comme référence (instrument de propagande du parti communiste chinois). La moindre des choses avec ce genre d’articles c’est de le lire avec enormement de recul car les chinois n’ont pas du tout les memes intérets que les ricains ou européens.
    – la conclusion est peremptoire (volonté des ricains de casser l’économie UE). Je ne vois pas l’intérêt d’un tel objectif. Peut etre pouvez vous écrire un article qui soit plus explicite.

    bref, bcp bcp bcp d’approximations si je puis me permettre (peut etre résultant de l’émotion avec lesquelles les auteurs sont touchés par la guerre mais, un peu plus de raison ne ferait pas de mal)

    1. Prudence avant d’incriminer les Ukrainiens dans le massacre de Butcha. Je rappelle qu’à Katyn l’URSS a mis 50 ans à reconnaitre sa responsabilité dans le massacre de 5000 membres de l’élite polonaise, massacre attribué jusqu’alors aux nazis.
      Ce matin, nous avons les preuves de la responsabilité de la Russie dans les atrocités de Butcha ici : https://www.nytimes.com/2022/04/04/world/europe/bucha-ukraine-bodies.html

      1. @ANONYME Oblabla

        ” … nous avons les preuves … ”
        “nous” ?
        Qui ça nous, les anonymes de la communauté BHL qui infiltrent tous les forums ?
        Le New York Times comme source de preuves ? Anonyme et clownesque.
        Ce ne sont pas des preuves, ce sont des photos satellites de corps allongés ; des photos satellites qui auraient pu faire partie, si quelqu’un en avait eu l’idée, des “preuves” des faux-massacres du KOSOVO, “preuves” qui se remettaient debout après les prises de photos !!!

        Les anonymes BHL ont tendance à se foutre inconsidérément du monde, sur la lancée de leurs succès passés.

    2. @Solo8

      La quantité d’anonymes sur les forums qui viennent placer l’argumentaire BHL est notable par rapport aux autres qui beaucoup plus souvent donnent leur nom.
      Quel est votre nom vérifiable s’il vous plaît ?

    3. D’un autre côté cher ami, d’où vous vient donc cette idée bizarre d’aller lire un article de ce site ? Ah de la presse mhenestrime.
      Et bien moi aussi. Et je dois dire que je ne suis pas déçu. La propagandastaeffel a fait des progrès. C’est certain.
      Et c’est toujours instructif l’observation de cette faune grouillante de vers gluant qui peuple la cervelle de nos poutinolatres favoris.
      😉

      1. @V Loubianka

        A part le ton grossier, quelqu’un a-t-il compris quelque chose à V.Loubianka s’il vous plaît ?

        En général, le français des véritables russes (de coeur) est exemplaire.

    4. D’où vous vient la préoccupation soudaine du peuple ukrainien ?
      Votre indignation n’est que pure hypocrisie. Où regardiez-vous ces dernières 8 années?
      Sans un regard équilibré sur la réalité du terrain, il n’y aura aucune paix possible.
      Mais ce n’est pas la paix que vous recherchez n’est-ce pas cher troll ?

  2. La seule chose a retenir de cette histoire de Butcha, c’est… qu’on ne peut pas savoir à court terme la réalité car les deux hypothèses sont possibles dans une guerre, peut-être même conjointement d’ailleurs.
    Surtout depuis ces dernières années où on a bien vu, dans plusieurs conflits, que la propagande pouvait affirmer à peu près n’importe quoi, en présentant forces documents, photos et vidéos semblant crédibles à première vue.
    Après, on peut faire des suppositions, notamment sur les raisons des uns et des autres pour faire ces atrocités, mais ce ne sont que des suppositions.
    Par contre ceux qui refusent qu’une enquête internationale multi-parties soit lancée le plus tôt possible, là, c’est louche.

    1. oui, cela peut être :
      – exactions russes, mais c’est curieux que les russes aient laissés ainsi les “preuves” visibles alors qu’il sont partis (vu les images qui peuvent circuler et la guerre de l’information qui accompagne ce conflit), sauf à vouloir terroriser les Ukrainiens, mais cela ne semble pas être leur objectif depuis le début du conflit.
      – répression russe : mais pourquoi alors laisser les corps ainsi répartis/étalés en pleine rue ?
      – règlement de compte crapuleux entre ukrainiens (comme à la Libération en France), voire crime de droit commun (bande armée ?)
      – représailles ukrainiennes pour ceux qui auraient “collaborés” avec les russes ?

      quels que soient les auteurs, cela laisse une impression de mise en scène (corps répartis régulièrement) ?

  3. Dimitri de Koschko (Français) avait averti qu’il y aurait des massacres entre Ukrainiens, compte tenu de l’ouverture totale des prisons agréée par Zelenskyy, et de la fourniture d’armes individuelles à qui viendrait les chercher.

  4. Je trouve très intéressant les commentaires de ceux qui suivent la presse officielle, celle qui diffuse sans honte la position du gouvernement, celle qui est subventionnée par le gouvernement, et propriété de milliardaires amis de Macron. Si je les lis bien, toute personne n’acceptant pas le récit dicté par les Etats-Unis, est cataloguée “poutinolâtre”. Cela révèle un certain état d’esprit : pour accuser quelqu’un d’idolâtrie, il faut déjà être un peu soi-même sujet à cette perversité. Peut-on alors attendre de telles mentalités un esprit critique ? Je crains que ces gens-là n’aient applaudi le bombardement de Belgrade, l’invasion et la destruction de l’Irak ainsi que celle de l’Afghanistan et, comme excuse, ils doivent sortir l’argument infâme : “On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs” ou celui encore pire, car raciste : ” Mais l’ Ukraine, ça se passe en Europe, contre des gens qui nous ressemblent.” Franchement, vos leçons de morale et votre capacité de réflexion limitée à la resucée de la presse quotidienne, vous pouvez les garder pour vous.
    Je propose aussi la lecture sur Atlantico (financé si je ne me trompe par Xavier Niel) d’un article sur “les 3 raisons qui peuvent faire redouter une escalade de la violence de la Russie en Ukraine”. Pour les 3 “experts” qui s’expriment : 1) Poutine a perdu la guerre de ses objectifs initiaux (conquête rapide du pays, chute de Kiev. Le fantasme de la Blitzkrieg qui ressort et une incapacité manifeste à lire une carte d’état-major pour ces experts). 2) L’armée russe a perdu 10000 à 16000 hommes : d’où sortent ces chiffres ? Du Pentagone ou du NY Times, probablement. 3) Les nazis en Ukraine, ça n’existe pas, c’est une invention de Poutine – à la trappe le bataillon Azov et les exactions au Donbass depuis 8 ans. Et cerise sur le gâteau : 4) L’Occident (comprendre les Etats-Unis) a été trop complaisante avec Poutine depuis 20 ans. Je ne suis pas un expert mais depuis 20 ans, je trouve que Poutine s’est montré particulièrement patient avec les rodomontades de Washington et des capitales européennes, et qu’il a, dans certains cas comme en Syrie, plutôt permis de sortir de l’impasse où les Américains nous avaient mis.
    Ces experts, comme toute la presse aux ordres, excusent depuis non pas 30 ans mais depuis la fin de la seconde guerre mondiale toutes les dérives américaines, au nom de la lutte contre le communisme au Vietnam ou en Amérique du Sud, au nom de la démocratie (mais quelle démocratie ?) au Moyen-Orient. Il y a même des misérables pour justifier Hiroshima et Nagasaki, ceux-là même qui oublient bien volontiers que la seule nation au monde à avoir osé larguer sur des populations civiles deux bombes atomiques est la grande démocratie américaine – mais les bombardements de Dresde ou de Tokyo sont aussi des crimes de guerre perpétrés par les Américains – , les mêmes d’ailleurs qui oublient tout aussi vite que c’est l’Armée rouge qui a d’abord vaincu l’armée allemande, pas les GI’s.
    Ces experts sont liés à la contre-civilisation américaine. La guerre de la Russie en Ukraine pourrait marquer le déclin ou la chute de l’Empire américain, selon comment elle tournera. L’échec américain de rallier une majorité de pays à sa politique anti-russe déclenche cette hystérie de propagande dite occidentale. Quand les peuples d’Europe vont-ils se réveiller ? De Gaulle les avait prévenus : “L’indépendance ne s’appelle pas la soumission aux Etats-Unis.” Quand nous déciderons-nous en sortir ?

  5. @Thierry Bruno
    D’accord sur l’essentiel avec vous, Thierry.

    Un rappel : le peuple Français chrétien blanc, ce que dans la veulerie générale la pseudo-droite elle-même appelle Français de souche, est foncièrement pro-Russe, A CONDITION de se dégager de l’activisme anti-russe insidieux permanent en OCCIDENT-Ouest de certaine communauté qui a le contentieux révolution bolchevique volée par Staline dans le cœur.
    Si vous y prêtez attention, cet activisme anti-russe vient toujours de ces mêmes cœurs haineux, en EUROPE comme aux ETATS-UNIS.
    Hors FRANCE, cet activisme discret peut trouver des alliés naturels, comme en ALLEMAGNE, où la tension Germains-Slaves est antérieure à 1917 ; mais en FRANCE, si l’on parvenait à débusquer cet activisme communautaire qui n’a pas le courage d’annoncer la couleur, les Français retrouveraient rapidement leur mouvement d’ensemble pro-russe.
    Il ne faut pas se laisser impressionner par les ” … nauséabond … ” et autre stigmatisation ; c’est le temps qui fait le tri de ce qui est authentiquement malsain.

    1. Je pense effectivement que la France a historiquement et culturellement un lien avec la Russie. Quand la France était une civilisation et que cette civilisation rayonnait en Europe, la langue française était la langue des gens cultivés en Russie. Nous avons aussi, il me semble, une forte attraction nous-mêmes, pour les grands auteurs russes ; non peut cter Tolstoï , Dostoïevski ou Pouchkine sans oublier le théâtre de Tchekov. Je sais que le cinéma russe me parle beaucoup plus que le cinéma américain – même si je ne nie absolument pas que le cinéma américain a produit des chefs-d’œuvre, mais qui sont le plus souvent l’œuvre de réalisateurs d’esprit très européen -, qu’il s’agisse des films de Pavel Lounguine ( “Tsar” ou “L’ile”, d’authentiques chefs-d’œuvre) ou de Tarkovski (“Andreï Roublev”) ou le superbe “Quand passent les cigognes”. Nous avons énormément de points communs avec la Russie, notamment celui d’être de vieilles nations chrétiennes et européennes. Je sais que notre histoire chrétienne colle des boutons à nos imbéciles progressistes mais c’est ainsi : depuis Clovis, la France s’est construite avec le christianisme, catholique. De son côté, la Russie s’est édifiée avec le christianisme, orthodoxe.
      L’asservissement de nos prétendues élites à la contre-civilisation américaine, asservissement qui résulte d’un intérêt égoïste bien compris ou de la veulerie la plus crasse, veut nous faire oublier ces affinités profondes avec la Russie. Avant, c’était à cause de l’URSS (et cela se comprenait en partie mais il ne fallait oublier que derrière l’URSS et son régime détestable demeurait la Russie, Staline ne l’avait pas oublié lors de l’invasion nazie) ; maintenant, c’est à cause de Poutine. Ces bêtises ont rejeté la Russie vers l’Asie et ont fini par la rendre, foncièrement hostile, à l’Europe. Comme aurait dit Georges Bernanos : “Bande d’imbéciles !”.

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