[PAYANT] Thierry Solère, ou l’affairisme ordinaire de la macronie

Thierry Solère, l'un des conseillers discrets d'Emmanuel Macron, a écopé hier d'un nouveau rebond dans son dossier pénal (en l'espèce la mise en examen de sa belle-mère et une accusation de conflit d'intérêts lors de son passage chez Deloitte). Cet ancien républicain transfuge de LREM confirme donc sa place privilégiée au Panthéon des affairistes, si nombreux dans la macronie. Sauf que... la justice passe sous silence des activités légales, menées entre 2003 et 2012, mais qui illustrent parfaitement la connivence entre l'Etat et les intérêts privés qui ont amené le naufrage de notre démocratie. Dans cet article, je vous propose une anatomie de ces activités.

En novembre 2020, Emmanuel Macron a appelé Thierry Solère à l’Elysée, comme conseiller politique. Il s’agissait de disposer d’un intermédiaire pour obtenir des ralliements républicains à La République En Marche, notamment dans la perspective des élections régionales. 

Dès cette époque, Thierry Solère était déjà dans le collimateur judiciaire, et avait même subi une longue garde à vue (en juillet 2018). 

Pour Emmanuel Macron, qui avait parlé de République exemplaire pour se faire élire, il s’agit probablement là d’un détail. 

Entretemps, les activités de Thierry Solère pour le cabinet Deloitte, puis pour l’entreprise Chimirec, ont fait couler beaucoup d’encre. Mais ce ne sont pas celles-ci que nous voulons évoquer aujourd’hui. Ce qui nous intéresse, c’est plutôt le Thierry Solère d’avant, auquel la justice ne reproche rien, mais dont les activités illustres la dangereuse proximité entre intérêts publics et intérêts privés qui explique pour une part le rejet du “système” exprimé par les Français. 

L’initiation maçonnique de Thierry Solère

Si l’on en croit les informations du très sourcé François Koch, Thierry Solère fut initié en 1998 à l’atelier de la Tierce Sacrée, de la Grande Loge Nationale de France (GLNF), sur candidature spontanée. Il n’avait pas trente ans. 

Cette loge comptait dans ses rangs l’ancien ministre Périssol.

Thierry Solère est resté membre de la GLNF pendant plus de 15 ans, mais a farouchement nié son affiliation. Si les propos de Koch sont vérifiés, Solère partagerait donc avec beaucoup de macronistes cette manie de mentir sur l’appartenance aux réseaux. 

En tout cas, Solère semble avoir été un maçon assidu, puisqu’il a accédé à la maîtrise en moins de quatre ans. 

La pneumatique du politique

Assez rapidement, Solère s’oriente vers la politique et le lobbying. Cette double orientation n’a rien d’illégal, bien entendu, mais elle nous met mal à l’aise, car on ne sait plus très bien si c’est l’aspirant politicien qui gagne sa vie en faisant des “relations publiques”, ou si c’est le lobbyiste qui infiltre la politique pour faire gagner de l’argent à ses clients.

Toujours est-il qu’une obscure directive européenne de 1998 contraint au recyclage des pneus. Début 2002, les grands producteurs de pneumatiques décident de créer une filiale commune, Aliapur, dédiée à la mise en place de cette directive. En avril 2002, Jospin perd les élections, et les chiraquiens restent au pouvoir. 

Miracle : le 24 décembre 2002 sort un décret sur l’élimination des pneumatiques usagés. Et nouveau miracle : le 1er janvier 2003, Thierry Solère est recruté comme directeur des affaires publiques d’Aliapur, c’est-à-dire comme lobbyiste en chef. 

Solère restera dix ans dans cette entreprise de “l’économie circulaire” comme on dit, c’est-à-dire du recyclage. Il en sera salarié tout en gravissant les échelons politiques : adjoint au maire de Boulogne, puis vice-président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, chargé de l’assainissement. 

Dans quelle mesure la présence de Solère dans l’organigramme d’Aliapur a-t-elle enrichi cette entreprise ? L’histoire ne le dit pas, mais il se trouve que, en 2007, un nouveau décret sort, qui concerne aussi le reyclage des pneus. Ce décret notamment signé par Nathalie Kosciusko-Moriset, secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie. 

Comme par hasard, Thierry Solère ne manquera jamais, sur son blog, de dire du bien de son voisin, le maire de Sèvres, François Kosciusko-Morizet, et accessoirement père de Nathalie…

Au passage, François deviendra lui aussi vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine. 

Là encore, tout cela n’a rien d’illégal, mais illustre simplement le grenouillage malsain dans les antichambres politiques : Solère a-t-il activement lobbyier pour orienter la révision du décret de 2002 et obtenir des mesures plus favorables en 2007 pour un client qui le faisait vivre ? Nul ne le sait, et ce genre de texte ne manque pas de lobbyistes pour suggérer des améliorations. 

Il n’en reste pas moins que ce genre de situation “entre deux eaux” ne peut que nourrir le soupçon en démocratie. 

L’écologie, le paradis de la connivence

Une grande partie de l’opinion publique est convaincue que l’écologie est faite pour sauver la planète. Peu de gens ont compris que, dès qu’il s’agit de demander à l’Etat d’assurer la transition écologique, les vannes sont ouvertes pour des influences occultes, en tous sens, où chacun essaie de tirer la couverture à lui en gagnant le maximum d’argent public grâce à des normes avantageuses. 

Le recyclage des pneus n’a probablement pas échappé à cette logique. 

On l’a vu, Aliapur s’est créée un an avant que le décret d’application de la directive ne sorte. Cette filiale commune des grands fabricants de pneumatiques a ensuite recruté un jeune loup des républicains, fraîchement victorieux aux élections, pour nouer des relations avec les décideurs publics. 

C’est cela, l’Etat régulateur ou l’Etat stratège dont les étatistes raffolent : un réseau d’intérêts qui agit en sous-main pour obtenir tel ou tel amendement à une ligne de décret, dont les profits dépendent. 

Il est assez comique de voir de nombreux idéalistes écologistes ignorer souverainement cette collusion, cette connivence, et imaginer naïvement qu’ils sauveront la planète en réunissant toutes les conditions pour que les industriels de l’écologie, de la transition énergétique et de l’économie circulaire, puissent prospérer dans l’ombre en recrutant des lobbyistes parmi le personnel politique. 

La manie macroniste du lobbying

Au demeurant, Thierry Solère n’est ni le premier ni le dernier à jouer en eaux troubles. La macronie s’est même fait une spécialité de recruter dans cet univers. 

Le plus illustre de ces représentants n’est autre qu’Edouard Philippe, qui fut en son temps lobbyiste d’Areva, sujet sur lequel il s’étend peu. En 2020, Edouard Philippe a rejoint Atos Origin, comme administrateur. Là encore, on peut imaginer qu’il ne s’agit pas d’un jeu à somme nulle. 

Mais une autre figure illustre de la macronie a trempé le biscuit (sans mauvais jeu de mot) dans les intérêts privés. Il s’agit de Benjamin Griveaux, en son temps lobbyiste d’Unibail-Rodamco, propriétaire de nombreux centres commerciaux en France. 

On ne manquera pas non plus de rappeler qu’Emmanuelle Wargon, actuelle ministre du Logement fit un passage préalable chez Danone… comme lobbyiste du groupe. 

La liste ne s’arrête pas là : il y aurait un volume entier à écrire sur le poids du lobbying dans le régime macronien. Certains accusent le Président actuel d’être un “ultra-libéral”. On peut penser qu’avant lui aucun Président n’avait en réalité poussé aussi loin la logique de la connivence entre l’Etat et les intérêts privés. 

L’affaire Mc Kinsey l’a abondamment montré. 

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2 commentaires
  1. « Il est assez comique de voir de nombreux idéalistes écologistes ignorer souverainement cette collusion, cette connivence, et imaginer naïvement qu’ils sauveront la planète en réunissant toutes les conditions pour que les industriels de l’écologie, de la transition énergétique et de l’économie circulaire, puissent prospérer dans l’ombre en recrutant des lobbyistes parmi le personnel politique. »

    Je retiens cette phrase (entre autres lobbying)…

  2. L’affairisme est bien le mécanisme qui ruine la capitalisme concurrentiel et efficace pour la société. Cette concurrence déloyale fondée sur des privilèges étatiques à la façon de l’ancien régime crée les fameux oligarques dont les politiques ne peuvent plus se passer pour animer la comédie démocratique. Il se forme ainsi une communauté d’intérêts plus ou moins occulte qui soumet le peuple. Reste à mettre une oeuvre une planification qui s’impose au nom de la survie du royaume ou de l’espèce humaine afin d’obtenir la soumission totale du peuple. Jusqu’au prochain soulèvement : soit le peuple impose le chaos et la terreur comme en 1789, 1830, 1848, 1870, 1917, soit il prend le maquis.

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