[PAYANT] Urbi et Orbi n°9 – La Chine arrête le Cardinal Joseph Zen, héros de la résistance de Hong Kong

Urbi et Orbi n°9 - (1) Le Pape n'est pas prêt de recevoir la CIASE - (2) L'Occident exploite sans vergogne les schismes entre Orthodoxes. (3) L'arrestation du Cardinal Zen remet en cause la politique chinoise du Saint-Siège

Le Pape repousse encore une rencontre avec la CIASE

Le Pape n’a toujours pas reçu la commission Sauvé. A vrai dire une visite au Saint-Père semble avoir été repoussé aux calendes. Une audience avait bien été prévu à l’hiver dernier. Et puis des personnalités respectées de l’Académie Catholique ont mis en cause la méthodologie du rapport. En particulier deux points: la manière dont le rapport passe d’une série de cas réels à une évaluation statistique sans rigueur méthodologique; et d’autre part, la prétension des membres de la Commission à apporter leurs propres réponses théologiques, philosophiques ou sociologiques aux abus qu’ils dénoncent. 

D’après nos informations, le Pape avait d’abord réagi favorablement à la publication du rapport. Mais une analyse détaillée du rapport, rédigée par le nonce en France, Monseigneur Celestino Migliore, et largement appuyé sur le rapport de l’Académie Catholique, aurait donné à penser au Souverain Pontife que toute l’opération avait échappé à la Conférence des Evêques de France. Selon mon interlocuteur romain, le Pape serait encore très mécontent: cela serait la raison pour laquelle Monseigneur de Moulins-Beaufort, président de la CEF et ancien évêque auxiliaire de Paris, n’aurait eu aucune chance de succéder à Monseigneur Aupetit comme archevêque de Paris. Lors d’une audience accordée à Monseigneur de Moulins-Beaufort, fin avril, le Saint-Père lui a en tout cas donné à comprendre qu’il n’était pas pressé de recevoir Jean-Marc Sauvé. 

L'Occident confond les domaines spirituels et temporels et encourage les schismes chez les Orthodoxes

Il est de bon ton, en Occident. de s’indigner sur le comportement du Patriarche de Moscou, Cyrille, à qui l’on reproche d’avoir pris fait et cause pour Vladimir Poutine et la guerre en Ukraine. En fait, les propos exacts qu’il a tenus sont les suivants: “Que le Seigneur préserve la terre russe. Lorsque je dis “russe”, j’emploie l’antique expression de la “Chronique des temps passés” : “L’origine de la terre russe”. Une terre dont font partie aujourd’hui la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, d’autres tribus et d’autres peuples“.   

Une interprétation dépassionnée amènerait à dire que la plus haute autorité religieuse sur les peuples issus, spirituellement, du baptême de Saint Vladimir (en 988) se préoccupe des conséquences d’une guerre aui puisse affecter Russie, Biélorussie et Ukraine. Evidemment, les Occidentaux y voient plutôt une sorte de bénédiction des canons russes par une personnalité religieuse forcément issue du KGB et donc très proche de Poutine pour cette raison, selon le cliché le plus répandu. 

Tout en restant dans les limites de l’échange diplomatique, la visite de Monseigneur de Moulins-Beaufort et du pasteur François Clavairoly (président de la Fédération protestante de France), le 10 mars 2022, au Père Maxime Politov, curé de la cathédrale de la Sainte-Trinité, était accompagné d’un message à charge plus que d’un message de paix.  Dans l’affreuse langue bureaucratique de la CEF, cela donne: “Le protestantisme et le catholicisme français ne peuvent rester sans agir auprès des représentants concernés de l’orthodoxie présente en France et ils décident d’agir. Cette initiative veut contribuer au dialogue mais aussi et surtout à l’interpellation du Patriarche de Moscou et de toutes les Russies sur l’importance du sens de sa responsabilité dans ce conflit”. Et tout cela sous un titre “Le nationalisme religieux est-il une menace pour la paix?”

Pourtant, il semble bien que ce soit du côté occidental que l’on ait le plus volontiers enjambé la ligne de démarcation entre le domaine politique et le domaine spirituel ces dernières années.  

+ On sous-estime totalement l’impact sur l’Eglise orthodoxe russe du soutien par le patriarche Bartholomée (de Constantinople) à la création d’une Eglise autocéphale orthodoxe en 2018

+ L’opération est en train d’être dupliquée avec la création d’une Eglise de Macédoine du Nord, qui doit échapper à la tutelle de l’Eglise serbe.  

Il est très frappant de voir comment, dans les médias occidentaux, la position équidistante du Pape sur le conflit en Ukraine – en phase avec la tradition pontificale – n’est pas comprise. En réalité, tout est cohérent: l’Occident post-national déteste les Eglises orthodoxes dans la mesure où elles se vivent comme des conservatoires de la culture de leur nation. Et cela touche jusqu’à des cercles catholiques conservateurs comme le montre l’étonnante diatribe de Roberto de Mattei contre le patriarche Cyrille. 

Pour cela il est prêt à instrumentaliser la peur du Patriarche de Constantinople de voir sa suprématie sur le monde orthodoxe lui échapper avec le renouveau religieux de la Russie. 

L'arrestation du Cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong est un coupe dur pour la politique chinoise du Saint-Siège

Monseigneur Schneider, l’un des critiques les plus réguliers au Pape dans le corps épiscopal mondial, le dit sans ambages: “L’arrestation du Cardinal Zen, âgé de 90 ans est une honte absolue et un défi lancé à l’Eglise de Dieu. J’espère que le Saint-Père va élever fortement la voix contre cet acte incroyable”. 

Le cardinal Joseph Zen, 90 ans, évêque émérite de Hong Kong, a été arrêté par la police de Hong Kong le 11 mai, avant d’être libéré sous caution quelques heures plus tard. Il a été accusé de “collusion présumée avec des forces étrangères” pour son rôle d’administrateur du Fonds d’aide humanitaire 612.

Outre le cardinal, les autorités ont également arrêté les quatre autres administrateurs du Fonds : l’ancienne députée d’opposition Margaret Ngoi-yee, la chanteuse Denise Ho Wan-sze, Xu Baoqiang et Cyd Ho Sau-lan, qui était déjà en prison mais a été arrêté de nouveau.

Le fonds a été créé pour offrir une “assistance juridique, médicale, psychologique et financière d’urgence” aux personnes impliquées dans les manifestations de 2019 contre la loi sur l’extradition du gouvernement, qui permettrait de transférer des prisonniers en Chine pour y être jugés.

Les autorités chinoises ont justifié ces arrestations en affirmant que les cinq administrateurs étaient accusés “de mettre en danger la sécurité nationale.”

Le directeur du bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a publié une déclaration le 11 mai, écrivant : “Le Saint-Siège a appris avec inquiétude la nouvelle de l’arrestation du cardinal Zen et suit avec une extrême attention l’évolution de la situation.”

De nombreuses personnalités catholiques à travers le monde trouvent cette réaction bien timide.

L’Église catholique a conclu en effet durant le pontificat de François un accord avec la Chine – maintes fois dénoncé par le Cardinal Zen.  L’arrangement de l’Église avec la Chine est secret, alors que les accords du Saint-Siège  avec d’autres pays sont toujours publics.

L’accord a été signé pour la première fois en 2018, puis renouvelé en 2020, mais les détails spécifiques restent non divulgués, bien qu’il reconnaissent l’Église approuvée par l’État, et ait demandé à l’Eglise clandestine de se soumettre. Le  gouvernement communiste chinois a désormais tout pouvoir de mettre un veto  aux nominations d’évêques qui lui déplaisent.

Nul doute que les critiques vont se multiplier désormais contre l’accord. 

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