[PAYANT] Réflexions sur les cryptos monnaies et leur utilité en période d’inflation, par Dimitri de Vismes

Dimitri de Vismes, qui porte un regard aiguisé sur les stratégies d'épargne par temps d'inflation, s'interroge aujourd'hui sur l'intérêt qu'il peut y avoir à investir son épargne dans les crypto-monnaies. Constituent-elles ou non des valeurs refuge contre l'inflation ?

L’existence des crypto monnaies est apparue au grand public en 2017, lorsque le prix du Bitcoin a explosé à la hausse et que beaucoup voyaient s’ouvrir un nouvel eldorado ou les plus paresseux pouvaient devenir millionnaires en deux clics. Depuis, un grand nombre de crypto monnaies concurrentes ont émergé avec chacune leurs particularités et le Bitcoin reste la plus célèbre et la plus utilisée d’entre elles.

Il est aujourd’hui incontestable que les cryptos monnaies (ou la technologie de la blockchain pour être plus précis) représentent l’une des plus grandes révolutions de notre siècle, de par la portée de leurs applications potentielles. La blockchain permet d’effectuer des transactions de façon décentralisée, garantissant un haut niveau de confiance et d’authenticité. On peut utiliser cette technologie dans un nombre incalculable de domaines ou se produisent des échanges : signature de contrats, actes notariés, droit de propriété, transactions financières, etc. Une limite cependant : le système a besoin d’électricité pour fonctionner.

Les crypto monnaies : une révolution pour les Etats

Créé suite aux excès bancaires de 2007, le Bitcoin s’est progressivement imposé à plusieurs grands acteurs du privé (Facebook, Tesla, Paypal et désormais les banques commerciales) avant de susciter l’intérêt des Etats. Ces derniers ont vite compris l’importance de créer leur propre monnaie numérique :

  • Premièrement pour garder le contrôle de la monnaie. Sans le pouvoir d’émission monétaire, les Etats sont privés de la possibilité d’agir sur les taux de change et les taux d’intérêt. Ces deux paramètres déterminent les prix de marché et sont absolument cruciaux pour réguler l’économie (les vingt années d’expérimentation désastreuse de la parité des taux de change au sein de la zone euro sont là pour nous le rappeler)
  • Deuxièmement pour contrôler les échanges et percevoir l’impôt. Pas difficile de voir à quel point l’utilisation du Bitcoin représente une menace pour les recettes de l’Etat. Aujourd’hui très circonscrite à quelques initiés ou grands acteurs du secteur privé, l’adoption massive des crypto monnaies « privées » rendrait complètement obsolètes les monnaies nationales. C’est évidemment un gros problème pour nos gouvernements.
  • Enfin parce qu’une invention aussi révolutionnaire que celle de la blockchain était l’occasion rêvée de jeter les bases d’un nouveau système monétaire. Ce nouveau système est rendu nécessaire par le surendettement des Etats et la dévaluation monétaire continuelle.

Plusieurs pays ont d’ores et déjà mené des expériences à grande échelle pour instaurer leur crypto monnaie étatique. On peut citer la Chine ou bien la Suède. Certains petits pays ont même déjà introduit leurs crypto monnaies : les Bahamas par exemple.

Arrêtons-nous là sur un point central. La clé de voute des cryptos monnaies repose sur la décentralisation du processus, qui garantit l’inviolabilité des transactions. Plusieurs ordinateurs, non reliés entre eux travaillent à vérifier la validité des transactions ce qui rend le système très difficile à pirater. Cependant le registre sur lequel sont enregistrées les transactions est unique. Il centralise donc la totalité des transactions et permet de savoir qui échange avec qui et combien (l’identité des personnes n’étant pas connue, seulement leur identifiant).

(Le lecteur est à ce point traversé d’une pensée complotiste : que se passerait-il si un Etat malveillant pouvait grâce à cet unique registre identifier toutes les transactions effectuées par chaque personne… ?)

L’introduction des crypto monnaies étatiques est donc une nécessité pour les gouvernements. Elle adviendra dans un avenir plus ou moins proche. Notons cependant que la mise en place de ces monnaies comportera de nombreux obstacles de taille :

  • Redéfinir le rôle des institutions financières actuelles au premier rang desquelles : les banques commerciales qui perdront leur fonction d’intermédiaire dans les transactions (donc leur financement, et potentiellement leur raison d’exister)
  • Maintenir la stabilité du système financier qui repose sur un équilibre fragile entre les économies nationales, taux de change, quantités de monnaie en circulation, contrats, l’épargne disponible, les taux, etc.
  • Vaincre l’inertie au changement. L’introduction à grande échelle de ces nouvelles monnaies numériques demandera un changement complet des pratiques de paiement (systèmes de règlements entre pays…) ce qui prendra du temps
  • Gagner la confiance en la nouvelle monnaie : celle des Etats et des investisseurs. Les risques que les particuliers soient tentés de convertir leurs monnaies fiduciaires en cryptos « privées », donc de retirer massivement leur argent des banques peuvent provoquer la faillite des établissements bancaires
  • Réguler la quantité de monnaie en circulation qui sera gérée à 100% par des ordinateurs. C’est tout un nouveau modèle économique qu’il faudra définir, affiner, tester…
  • Enfin, il faudra s’assurer de la robustesse du système. Les monnaies numériques des banques centrales n’auront pas vocation à fonctionner tout à fait de la même façon que les crypto monnaies existantes. Au lieu de s’appuyer sur un processus de vérification décentralisé, elles devraient reposer sur des systèmes de supervision et de contrôle administrés par les banques centrales elles-mêmes. Ceci peut rendre le système plus vulnérable aux attaques informatiques

Faut-il détenir des cryptos ?

Les cryptos monnaies actuelles sont donc à un stade très embryonnaire, comparable à l’émergence d’internet à la fin des années 90. Et, de la même façon qu’internet fit naitre des géants « éphémères » (AOL, Compaq et bien d’autres), les géants d’aujourd’hui (Bitcoin, Ether, etc) ne seront pas nécessairement ceux de demain : la majorité des crypto monnaies existantes sont en fait vouées à disparaitre.

D’autre part, la législation autour de ces actifs – toujours quasi inexistante – sera amenée à changer. Des contrôles plus stricts seront mis en place par les Etats : il y a fort à parier que les plateformes d’échange devront fournir de plus en plus d’informations sur l’identité de leurs clients.

Il convient donc d’être précautionneux quant à l’utilisation des crypto monnaies, et de ne les considérer que pour ce qu’elles sont aujourd’hui : un moyen d’échange nouveau et très prometteur mais spéculatif. On doit éviter les raisonnements simplistes du genre : « le Bitcoin est rare et le plus utilisé dans le monde donc il vaudra $100,000 dans un an ».

Ceci étant dit, les crypto monnaies ont UN atout majeur pour l’investisseur sécessionniste : elles permettent aujourd’hui une totale indépendance vis-à-vis du système bancaire. Tant que l’investisseur reste dans le monde des cryptos, échange des cryptos, achète ou vend en cryptos, il échappe complètement aux radars de l’Etat pour les raisons exposées plus haut. Les cryptos peuvent donc conférer une certaine protection a l’investisseur désireux de s’émanciper des banques. Il faudra bien sur veiller à choisir des courtiers fiables (agrées par l’AMF) : Crypto.com, Binance et Coinbase sont des références en la matière.

Cependant – et c’est là que le bât blesse – les cryptos monnaies n’ont aucun rôle de valeur refuge en période d’inflation. Bien au contraire, elles semblent faire pire que bon nombre d’actifs.

Voici la performance des principales cryptos monnaies sur une année glissante (voir dernière colonne : « YoY »):

Et voici en comparaison la performance des ressources « énergétiques » (considérées comme refuge en période d’inflation) sur la même période :

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les cryptos monnaies n’offrent aucune protection contre l’inflation. Selon les périodes, on peut mêmes observer une forte corrélation avec l’indice américain du Nasdaq qui est par nature plutôt spéculatif (car il contient beaucoup de valeurs de croissance très volatiles).

Le Bitcoin et autres monnaies équivalentes sont donc à consommer avec modération et ne devraient jamais représenter plus que la part du portefeuille que l’investisseur est prêt à perdre. Leur aspect spéculatif permet d’espérer faire des gains à long terme.

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1 commentaire
  1. La dernière phrase de l’article résume tout.
    Il ne faut pas rêver, in fine l’Etat, seul possesseur du pouvoir juridique aura toujours le dernier mot. Il peut toujours interdire. De plus, les shitcoins ne reposent sur rien. Or, l’essentiel pour une monnaie, c’est la confiance, même si c’est la confiance forcée faute d’autre choix. Au moins les fiat-monnaies sont-elles une référence. Et puis je n’ai pas envie de confier mon argent à quelque chose d’aussi fragile qu’une clé USB ou un disque dur. Connaissez-vous l’histoire authentique du possesseur de plusieurs dizaines de millions en bitcoin et qui a égaré son code et à qui il ne restait qu’un essai pour récupérer ses fonds faute de quoi son compte disparaîtra définitivement ?

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