[PAYANT] Faut-il placer ses liquidités en dollars US ? par Dimitri de Vismes

Depuis le début de l’année 2022, nous assistons à une correction des marchés boursiers aux USA dans un contexte de relèvement des taux, guerre en Ukraine, confinements en Chine et inflation mondiale. Depuis ses plus hauts de début Janvier, le S&P a perdu 20% et a entrainé dans son sillage la majeure partie des indices Européens. L’inflation officielle en Angleterre et aux USA atteint tranquillement les 9% et pendant que les cryptos actifs vivent des moments difficiles, la zone Euro menace à nouveau d’éclater et les obligations sont en chute libre. Même l’or peine à retrouver son éclat.

Seules les matières premières et l’énergie tirent outrageusement leur épingle du jeu, profitant du chaos généré sur les chaines d’approvisionnement et de l’admiration béate des élites occidentales pour les énergies « propres ». On observe cependant un début de retournement du secteur à cause de la récession à venir.

L’épargnant français, soucieux d’éviter un rasage gratis par l’Etat-qui-lui-veut-son-bien, se demande donc comment protéger ses avoirs de la destruction monétaire en cours. Il a déjà lu quelque part que mettre une partie de ses liquidités en USD était, sinon une solution, un moindre mal. Cet article vous explique pourquoi.

L’inflation aux effets variables

Inflation signifie littéralement : expansion [de la masse monétaire]. Ou dit autrement : dévaluation de la monnaie.

Les effets de l’inflation pour le consommateur sont une augmentation des prix. Elle se mesure avec l’indice CPI (Consumer Price Index) dont voici l’évolution sur les 10 dernières années aux USA :

Cet indice reflète les variations de prix observées pour un même panier de biens et services qui rassemble des milliers d’échantillons. Comme tout indicateur de ce type il a ses limites, notamment :

  • Il n’est pas applicable à tous types de populations : par exemple il reflète mieux les habitudes de consommation urbaines que rurales
  • Il n’inclut pas tous les biens et services qui font la qualité du niveau de vie. Seulement le « nécessaire »
  • L’échantillonnage du panier de biens et services comporte des erreurs :
    • De prix
    • Liées aux changements dans la répartition des achats des consommateurs
  • L’indicateur ne prend quasiment pas en comptes les dépenses liées à l’énergie pourtant très importantes pour la plupart des ménages

Le CPI est l’instrument pour mesurer l’inflation pour les ménages. Il sert aussi de point de référence pour le calcul de toutes sortes de prestations socio-économiques (salaire minimum, sécurité sociale, pensions alimentaires, etc).

A partir de la fin de l’année 2020 on observe une augmentation très significative de l’indice CPI aux Etats-Unis, concomitante avec l’action de la FED pour soutenir l’économie (par lhelicopter money et le rachat d’actifs publics et privés) mise à mal par les mesures anti-Covid.

De la même façon, on enregistrait un record d’inflation annuelle à 5.2% en Mai pour la France, niveau inégalé depuis Septembre 1985. Il y aurait beaucoup à redire sur la validité de ce chiffre car l’inflation s’est largement manifestée dans d’autres actifs qui n’étaient pas ou peu pris en compte dans le calcul (ex : le logement qui est fortement sous-pondéré dans l’indice). Mais ce qui nous intéresse ici est surtout le fait que l’inflation réelle n’est pas la même pour tout le monde.

Explications : l’inflation réelle pour les ménages dépend d’abord de leur niveau de vie (revenus moins charges). Prenons le cas – très commun – d’un foyer dépensant 1/3 de ses revenus en loyers, 1/3 en nourriture et le reste en transport / énergie / loisirs. Avec une augmentation moyenne des prix de l’énergie a 30% et de la nourriture à 5%, on comprend facilement que ce ménage aura beaucoup plus de difficultés à boucler les fins de mois qu’un ménage dont la dépense serait 1/5 dans chaque poste et 2/5 en loisirs. L’inflation impacte d’abord les foyers les moins aisés et dans des proportions variables suivant leurs habitudes de consommation.

Il est donc utile de comprendre sa situation individuelle avant de mettre en place des stratégies pour limiter les effets de l’inflation. Il existe des outils pour cela, plus ou moins détaillés, dont voici un exemple (l’INSEE a bizarrement retiré le calculateur d’inflation personnalisé qu’il mettait autrefois à disposition sur son site) :

  1. Calculateur personnalisé d’inflation (euro-area-statistics.org)

L’intérêt de ces calculateurs est de vous donner un aperçu de vos postes de dépenses les plus impactés par l’inflation au cas où vous ne les connaitriez pas déjà.

Au-delà de l’effet « diminution du pouvoir d’achat » l’inflation est très problématique pour l’épargne qui voit sa valeur fondre comme neige au soleil. C’est dans cette optique que nous cherchons à évaluer l’intérêt de détenir des devises étrangères, Dollar US en particulier.

La parité de pouvoir d’achat : un concept essentiel mais souvent incompris

La Parité de Pouvoir d’Achat (PPA) se base comme l’indice CPI sur un panier de biens et services, mais cette fois-ci commun entre plusieurs pays. La PPA permet d’établir des comparaisons entre différents pays du pouvoir d’achat des devises nationales, ce qu’une comparaison des taux de change ne permet pas de faire.

Là encore, l’indicateur a ses limites : la principale étant la disparité des styles et des niveaux de vie entre les pays. Le panier est donc une sorte de moyenne des habitudes de consommation : on dit qu’il est « normalisé ».  La PPA est très utile et nous allons voir pourquoi.

L’indicateur est construit sur le principe que le pouvoir d’achat aux Etats-Unis vaut systématiquement 1. C’est le point de référence. On définit ensuite pour chaque pays concerné la PPA qui représente la quantité de monnaie locale nécessaire pour se procurer le même panier de biens et services. Mettons que le panier normalisé vaille 100$ aux Etats-Unis et 90 euros en France : on devrait donc avoir théoriquement un taux de change de 1$ pour 0.9 euros pour conserver la parité de pouvoir d’achat entre les deux pays. Naturellement, les monnaies n’ont que faire de la PPA et évoluent librement en fonction d’un nombre de paramètres illimité : balance commerciale, dettes sur PIB, taux d’intérêt… Les taux de change fluctuent autour d’une moyenne long terme (20-25 ans) pour des pays a niveaux de vie homogènes (ex : Etats-Unis / France). La conséquence de ceci est que l’on observe des périodes ou l’une des monnaies va offrir plus de pouvoir d’achat que l’autre à son détenteur. Si, donc – pour reprendre notre exemple – le taux de change réel était de 1$ pour 1 euro, cela signifierait qu’il vaudrait mieux être investi en Dollars qu’en euros afin de conserver son pouvoir d’achat.

Regardons de la paire EUR/USD sur le long terme. Au début des années 2000, l’EUR était fort par rapport au USD : de 2003 à 2015 il fallait être investi en EUR (ou bien vivre aux USA et percevoir ses revenus en EUR) pour bénéficier d’un fort pouvoir d’achat. La situation s’est ensuite dégradée pour la monnaie commune peu après que Mario Draghi entreprit de « sauver » l’Euro avec son fameux « whatever it takes ».

Depuis Janvier 2021, l’euro a perdu 15% face au Dollar.

Ce que le lecteur retiendra de cette histoire : c’est qu’il est important de regarder comment son pouvoir d’achat évolue RELATIVEMENT à d’autres pays. Cela lui permet de réaliser des arbitrages pour maximiser la valeur REELLE de son épargne.

Le Dollar US est-il une meilleure devise que les autres ?

Commençons par regarder la performance des principales devises sur une année glissante (voir avant dernière colonne « YoY ») :

Le constat est sans appel : le Dollar surperforme toutes les autres devises depuis un an… sauf le rouble qui a pris +25% par rapport au Dollar. De quoi s’interroger sur l’effet des sanctions occidentales en Russie…

Le lecteur se demande alors, non sans étonnement : pourquoi le Dollar US est-il plus fort que les autres devises ? C’est une question a plusieurs Bitcoins qui a déjà fait plancher beaucoup d’économistes. Cherchons humblement à donner quelques éléments de réponse.

Nous avons tous lu ou entendu quelque part que le Dollar était une « monnaie de singe » vouée à disparaitre dans un avenir proche. La raison invoquée est l’impression monétaire quasi illimitée du Dollar rendue possible grâce à son statut unique de monnaie d’échange internationale (tout le monde a besoin de Dollars).

Il est vrai que – mesuré en or – le Dollar a déjà perdu 98% de sa valeur (tout comme les autres monnaies). Cependant, le Dollar fait – à bien des égards – moins pire que les autres devises.

Nous avons commencé ce papier en soulignant que l’inflation (ou dévaluation monétaire) était due à l’augmentation de la masse monétaire. Regardons donc l’évolution de la masse monétaire aux Etats-Unis par rapport au PIB.

On peut mesurer la masse monétaire de différentes manières. Une méthode couramment utilisée est le calcul de l’agrégat monétaire M2. Celui-ci comprend les pièces et billets en circulation, l’ensemble des dépôts en comptes chèques, les dépôts à terme d’une durée inferieure a 2 ans et les dépôts avec préavis de remboursement d’une durée inférieure ou égale à 3 mois (en gros : liquidités en circulation, Livrets A, LDD et équivalents). Plus simplement on peut dire que M2 inclut la monnaie et tout ce qui peut être facilement converti en monnaie.

Regardons ci-dessous l’évolution de la M2 rapportée au PIB sur les 40 dernières années pour les Etats-Unis :

Nous voyons ici l’indicateur passer de 0.7 (fin 2019) a 0.9 (mi-2020), soit une augmentation de 29%. Quelques trimestres plus tard, l’inflation aux Etats-Unis explose à son plus haut niveau depuis 1981.

Comparons maintenant l’état de la M2 par rapport au PIB de quelques économies bien connues. Les dernières données – confirmées – du PIB datent de 2020 donc les résultats sont loin d’être corrects. On appliquera une surcote arbitraire de 8% sur tous les PIB (2020 correspondait à l’année du Covid ou les PIB ont fortement chuté). Notre objectif est simplement d’établir des ordres de grandeur afin de pouvoir comparer les pays entre eux :

 

M2 en devise locale (milliards)

PIB en devise locale (milliards) + 8%

Ratio M2 / PIB

Etats-Unis (USD)

21,728

22,612

96%

Zone Euro (EUR)

14,962

11,668

128%

Japon (JPY)

1,204,864

582,197

207%

Chine (CNY)

252,700

109,465*

230%

Sources : eurostat, world bank, IMF, mofa.go.jp, *wikipedia pour le PIB chinois

Nous pourrions ensuite chercher à comparer la taille du bilan des banques centrales relativement au PIB pour les zones économiques nommées plus haut. Epargnons nous les calculs : nous verrions que les USA restent au top du classement avec un ratio Actifs/PIB de 36% (source : Fred). En comparaison, le Japon est à 135% ! C’est peut-être une des raisons qui explique la contre-performance significative du Yen Japonais par rapport au Dollar.

Première conclusion : malgré la planche à billets le Dollar US reste mieux géré que d’autres devises majeures sur des critères de stock (quantité de monnaie).

Il faudrait aussi regarder des critères de flux monétaires (comme nous l’avons fait dans un article précédent sur les actions) comme le déficit budgétaire et la balance commerciale qui jouent un rôle important dans la valeur des monnaies. Il est toutefois plus difficile d’établir une comparaison pertinente à cause du rôle très spécial du Dollar qui est une monnaie « mondiale » pour les échanges et qui permet aux USA d’importer énormément. Donc d’avoir un déficit commercial anormalement élevé.

Cependant, et c’est là le plus important, on peut dire que le contexte actuel de remontée des taux est un facteur favorable pour le Dollar :

  • Les capitaux se réfugient là où la rémunération est la meilleure (et où la monnaie considérée comme « crédible »)
  • La charge de la dette pour les nombreux pays endettés en Dollars va augmenter fortement, ce qui va accroitre le besoin de ces pays pour cette devise

Naturellement, plus la demande mondiale pour le Dollar augmente, plus sa valeur monte relativement aux autres devises. C’est ce que l’on observe depuis 2011 sur le Dollar index qui mesure la valeur du Dollar par rapport à un panier d’autres devises :

Deuxième conclusion : le contexte actuel de relèvement des taux et de récession à venir joue en faveur du Dollar qui est recherché sur les marchés financiers.

Dans le cas de la paire EUR/USD, ajoutons que la position des pays européens vis-à-vis de la Russie ne va pas jouer en faveur de l’euro. L’Union Européenne, qui pouvait encore récemment régler ses factures d’énergie en euros à la Russie les paye désormais en rouble – actuellement la devise la plus forte au monde. Elle va donc importer son énergie a un prix considérablement plus élevé que ses concurrents Indiens ou Chinois. Ceci nuira fortement aux exportations de la Zone Euro qui enregistre désormais sa première balance commerciale négative depuis 10 ans…

A prendre en compte également : le risque croissant d’éclatement de la zone euro (cf. augmentation du spread des taux entre l’Allemagne et l’Italie) qui risque d’impacter fortement la confiance en la monnaie commune. Ceci pourra faire l’objet d’un autre papier.

En conclusion finale

La Zone Euro et l’Euro risquent de vivre des moments difficiles. Il est important de comprendre qu’une baisse de l’Euro impactera forcément le niveau de vie du résident européen. A ce titre l’investisseur avisé pourra placer une partie de ses liquidités dans une monnaie qui tiendra mieux le coup, pour préserver la valeur de son patrimoine liquide. Le Dollar, malgré ses mauvais fondamentaux, constitue une bonne alternative à court-moyen terme (le franc suisse est aussi une possibilité). Dans un horizon plus long terme, on pourra s’intéresser aux devises qui devraient profiter de la hausse des prix de l’énergie (après la récession !) comme la couronne norvégienne.

On peut par exemple envisager de mettre 30% à 40% de son patrimoine liquide en Dollars. Wise et Revolut sont de bonnes options pour cela. Les banques commerciales donnent aussi la possibilité d’avoir un compte en devises. Vérifier les frais pratiqués et penser à déclarer les comptes domiciliés à l’étranger.

Enfin – et nous ne saurons qu’attirer l’attention du lecteur sur cette dernière remarque – il est important de ne pas « sur réagir » à la peur inflationniste. Dans un contexte ou quasiment tous les actifs sont en baisse, il vaut parfois mieux prendre le risque de garder des liquidités pendant 6 mois – voire un an – et de subir l’inflation plutôt que d’investir dans des actifs qui pourraient baisser de 60% ou plus (ex : valeurs de croissance en bourse ou immobilier de mauvaise qualité). Garder des liquidités permet aussi de racheter à bon compte des actifs décotés en sortie de récession.

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3 commentaires
  1. La dégringolade de l’Eurodoll s’accélère, ceci est une réalité vérifiable. Les perspectives de l’euro sont dans les chaussettes et à la cave. Le dollar US reste la monnaie la plus liquide. Donc oui, conseil tout à fait recevable. Disclosure: j’ai un compte multi devises chez Wise, banque rosbife, et j’en suis satisfait.

  2. La première explication de la force du dollar est qu’il représente environ 60% de la masse monétaire mondiale et est utilisé pour l’immense majorité des transactions internationales. De plus les USA y ont attaché l’infâme propriété d’extraterritorialité du dollar (demandez à la BNP…).
    L’avantage que le dollar a sur l’euro est le point faible de l’euro qui n’est pas une devise souveraine malgré les efforts crispés des mondialistes genre draghi et qui de ce fait, peut éclater.
    Ceci dit, quant on paye sa baguette en euro, autant rester en euro et attendre la suite. Avoir du dollar n’a de sens que si on envisage d’investir en dollar. D’autant que la période relativement stable depuis l’après-guerre commence à montrer des signes de faiblesse et que l’on arrive dans une période où tout peut arriver, c’est à dire ce à quoi on s’attend le moins.

    1. Cher Milton je crois ! Oui mais le dollar a derrière lui une inertie de présence au monde et une armée pour le soutenir encore quelque temps outre-atlantique. Alors que l’euro est un tigre de papier qui peut s’effondrer et faire pschitt à la moindre coupure de gaz. Croyez-vous que les Français un peu chauffés cet hiver à Versailles vont se restreindre pour ‘le couple unilatéralement fumeux’ et prêter de l’énergie aux Allemands grelotants dans leur W.C. à l’intérieur de leurs appartements.

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