[PAYANT] Comment protéger ses actifs financiers d’une chute des marchés boursiers ? par Dimitri de Vismes

Ce papier propose une solution pour protéger ses actifs financiers d’un krach boursier ou d’une baisse importante des indices. Il s’adresse à des investisseurs familiers avec l’univers de la bourse, ayant l’habitude de passer des ordres d’achat ou de vente.

Au 19 août 2022 on constate un fort excès d’optimisme sur les marchés qui pourrait indiquer un retournement des indices imminent.  La solution détaillée ci-dessous peut être mise en œuvre dès aujourd’hui. Cet article est un plus technique que les précédents.

Avertissement : les informations données ou les opinions formulées dans cet article ne constituent pas une incitation à investir, acheter ou réaliser des transactions. Tout investissement est risqué par nature et il est possible de perdre la totalité de son investissement.

Se dirige-t-on vers un krach boursier ?

Comme toujours il faut rester très modeste en économie. La seule chose que nous pouvons faire est de regarder le présent pour essayer de dégager quelques tendances.

Depuis plusieurs semaines, le Courrier alerte ses lecteurs sur la dégradation progressive des indicateurs macro-économiques et sur la nécessité pour l’épargnant de prendre des mesures de protection et de sauvegarde du patrimoine (qu’il soit petit ou non !).

En juillet 2022, l’indicateur de la courbe des taux – l’un des plus surveillés par les économistes – a donné un second signal d’alerte (après avril 2022) en passant à nouveau sous la barre du zéro. Historiquement, une inversion (= passage en territoire négatif) de la courbe des taux est toujours associée à une récession dans les trimestres suivants.

Dans un marché normal le risque du temps est rémunéré. Plus vous empruntez longtemps –  c’est valable pour un bien immobilier – plus vous empruntez à taux élevé. De même, les obligations émises par les Etats sur le marché pour se financer offrent normalement un meilleur rendement sur 10 ans que sur 2 ans. Mais il arrive qu’exceptionnellement le rendement des obligations à court terme dépasse celui des obligations à long terme (Treasury Bonds). On observe alors une « inversion de la courbe des taux » :

Ce que ce graphique nous dit : c’est que la probabilité d’entrer dans un fort marché baissier est maintenant très élevée. Depuis janvier 2022 les principaux indices mondiaux ont chuté de 15% à 20%. Cette baisse est loin d’être excessive au vu de la hausse spectaculaire observée en 2021. Il y a donc du potentiel pour aller bien plus bas. Assisterons nous a un krach pour autant ? Pas forcément.

Un « krach » est normalement provoqué par l’explosion d’une ou plusieurs bulles spéculatives. En 2008 cette bulle était l’immobilier aux USA. En 2000 il s’agissait des valeurs technologiques. Il arrive parfois que le krach vienne d’un évènement imprévisible et soudain comme le Covid en 2020. On appelle cela un « cygne noir ». Lors d’un krach les indices peuvent perdre 10% à 20% de leur valeur en quelques séances. Ce fut le cas du krach d’Octobre 1987 qui vit le Dow Jones s’effondrer de 22% en une seule journée. Lors du Corona-krach le CAC 40 a perdu 40% en 18 jours.

Quelles solutions face à une chute probable des marchés ?

L’investisseur prudent a compris que la diversification était l’une des clés de la réussite de sa sécession patrimoniale. Il aura peut-être conservé quelques actions de qualité et il hésite aujourd’hui à s’en séparer car il est investi dans une optique de long terme. Une perte, même limitée, reste une perte et il n’est jamais agréable de la subir.

Dans ce contexte l’investisseur doit d’abord alléger substantiellement son portefeuille pour dégager des liquidités : viser de n’être investi qu’à 30% de son portefeuille. Au minimum, conserver 50% de liquidités idéalement placés dans des devises fortes (pour partie au moins).

On peut garder quelques actions de qualité mais il faut se débarrasser de toutes les valeurs de croissance à PER et endettement élevés. Pour rappel, les actions avec trésorerie nette de dette couvrant une partie de la capitalisation boursière et avec gros dividende sont à privilégier dans un contexte de marché baissier (voir article dédié aux actions – partie 3). Il faut fuir les Biotechs et les Financières (banques, assurances, etc.) qui pâtiront d’une chute des marchés en premier. Il est encore temps de le faire.

Ensuite, l’investisseur peut protéger son portefeuille avec un tracker à levier inverse 2. Malgré sa dénomination pompeuse la technique est assez simple à comprendre et à mettre en œuvre, notamment via PEA (et c’est là son énorme avantage car les gains sont en partie défiscalisés !). Utilisée avec parcimonie elle n’est pas exagérément risquée. Elle s’adresse cependant à des investisseurs ayant une expérience des marchés boursiers et sachant passer des ordres de bourse. Elle nécessite aussi d’avoir une certaine prise de distance par rapport à la volatilité des marchés et à leur évolution au jour le jour (spéculateurs, passez votre chemin !). On rappelle ici que le sujet est l’investissement et la protection de patrimoine, pas le trading.

Qu’est-ce qu’un tracker à effet de levier inverse 2 et comment l’utiliser ?

On cherche à protéger son portefeuille en actions d’une baisse importante des marchés boursiers. L’idée est donc d’utiliser un tracker (Sicav) qui montera quand les actions vont chuter (et inversement). C’est une sorte d’assurance, une peu comme la partie « anti-fragile » du portefeuille selon le concept de Nassim Nicholas Taleb.

Le tracker à effet de levier inverse 2 fonctionne de la manière suivante : il amplifie les mouvements du CAC 40 en sens inverse d’un facteur 2. Cela signifie que si le CAC 40 baisse de 1%, le tracker va monter de 2%. Cela permet à l’investisseur qui détient ce tracker de limiter ses pertes latentes en situation de marché baissier, voire de faire des profits.

Il y a cependant une contrainte majeure. En plus d’être réservée à des personnes familières avec l’environnement boursier, l’utilisation de ce type d’instruments est à privilégier pour une durée allant de 2-3 semaines à 2 ou 3 mois maximum. C’est parce que le tracker perd de sa valeur intrinsèque avec le temps à cause du phénomène de beta-slippage.

Explications :

Imaginez que le CAC 40 vaille 100 points et qu’il perde 1%. Nous nous retrouverions donc à 99 points. Dans le même temps, le tracker aura logiquement monté de 2%. Le jour suivant le CAC remonte à 100 points à son niveau initial. On a donc cette fois-ci une augmentation de 1.01% de la valeur du CAC et une diminution de 2.02% du tracker. Conclusion : si vous revendiez le tracker un jour après l’avoir acheté, vous auriez essuyé une légère perte alors même que le CAC 40 n’aurait pas changé de valeur. Le tracker a subi un phénomène d’érosion avec le temps. Suivant la volatilité de l’indice, cette érosion peut couter 1 à 2 % par mois au détenteur du tracker. L’érosion est logiquement compensée par le gain lié à la chute de l’indice.

Il est donc important de ne pas garder ce type de trackers en portefeuille au-delà de deux ou trois mois. C’est aussi pour cette raison que l’on évitera d’utiliser des trackers a levier plus élevé (x 3 ou 4) : le risque de perte est accru car le beta-slippage, donc l’érosion du capital, est encore plus important.

Prenons maintenant un cas concret :

Mr Martin a placé ses économies sur un PEA. Ayant senti que le vent tournait, il a décidé d’alléger ses positions pour ne garder que 40% d’actions, pour la plupart grosses capitalisations du CAC 40 et quelques PME peu liquides avec gros dividendes. Mr Martin sait bien que les placements long terme sont les plus rémunérateurs (ses placements « bon père de famille » lui ont rapporté en moyenne 7% par an) et il est réticent à vendre ses lignes TotalEnergies et Metropole TV qui lui rapportent de bons dividendes. Pensant que le marché va continuer à baisser Mr Martin décide de protéger ses lignes d’actions en achetant un tracker à effet de levier inverse 2.

Mr Martin a 10.000€ en portefeuille dont 4.000€ en actions. Il pense que le CAC pourrait à nouveau de baisser de 15% dans les semaines à venir. Il devrait logiquement perdre 15% x 4.000€ = 600€. Afin de couvrir son portefeuille d’une perte potentielle de 600€, Mr Martin devra placer 20% de son portefeuille dans le tracker baissier à levier x2. En effet, si le CAC baisse de 15%, le tracker fera lui +30%. En ayant placé 20% de liquidités dans le tracker, soit : 2.000€, Mr Martin peut donc espérer gagner 20% x 30% = 6% de la valeur de son portefeuille, soit 600€ (moins l’érosion liée au phénomène de beta-slippage décrit ci-dessus). Au final, l’impact de la baisse aura été quasi nul pour le portefeuille de Mr Martin. Si par ailleurs il avait eu de bonnes raisons d’anticiper une baisse des marchés plus conséquente il aurait pu placer un capital un peu plus important dans le tracker pour en tirer un bénéfice.

Quelques indications utiles…

  • L’utilisation de ce type d’instruments est réservée aux initiés, pour des durées allant de quelques semaines à quelques mois au maximum
  • Afin d’éviter les mauvaises surprises, il est fortement recommandé de placer des ordres stops après l’achat du tracker afin de se prémunir d’une baisse trop importante de ce dernier si l’évolution des marchés venait à vous donner tort et que le CAC remontait
  • L’ordre stop doit être placé suffisamment loin du cours d’achat pour ne pas être exécuté au premier pic de volatilité venu (un ordre place à -2% du cours d’achat a de fortes probabilités d’être exécuté au premier rebond des indices, ce qui n’est pas souhaitable)
  • Une fois le tracker acheté et l’ordre stop placé, l’investisseur ne se préoccupe plus de la variation journalière du tracker. L’ordre stop est là pour limiter les pertes. Seule compte la tendance hebdomadaire des indices. Lorsque la tendance baissière du CAC semble s’essouffler (avant le prochain rebond technique) on peut revendre le tracker
  • Notons qu’une petite analyse graphique des marchés baissiers précédents (ci-dessous le marché baissier de 2007-2008) mettrait en évidence une série de baisses et de hausses retraçant entre 1/3 et la moitié de la baisse précédente. Ces repères peuvent constituer des points – approximatifs – d’entrée / sortie pour acheter ou revendre le tracker. Le Courrier publiera une note en cas de signal manifeste

 

  • Références du tracker inverse à levier x2 sur le CAC 40 (éligible au PEA): tracker BX4, code ISIN FR0010411884
  • Références du tracker inverse à levier x2 sur le S&P 500 Américain (éligible au PEA): tracker DSP5, code ISIN LU1327051279

 

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