Guerre d’Ukraine – Jours 191-198 – Washington et Londres jouent la carte de la dernière chance: une offensive à Kharkov – par Edouard Husson

Après l'échec de l'offensive sur Kherson, l'armée ukrainienne a lancé une offensive dans la région de Kharkov. Elle semble être menée avec des troupes fraîches et bien entraînées par l'OTAN. Tout semble fait, à Washington et Londres, pour forcer la Russie à intensifier son "opération spéciale" et se laisser entraîner dans une guerre longue et coûteuse. De fait, tout indique que nous entrons dans une troisième phase du conflit. Elle sera modelée par le type de riposte que Moscou imaginera face à la surenchère de l'OTAN. En tout cas, il semble bien que l'Occident joue son va-tout, au risque de faire écraser par les obus et les missiles russes le meilleur des troupes de Kiev et du matériel fourni par les Occidentaux. La possible intensification du conflit rend encore plus évident le constat que cette guerre n'est pas la guerre de la France.

Il est plus que jamais nécessaire de se rappeler la sagesse géopolitique de Chateaubriand: "Placées aux deux extrémités de l’Europe, la France et la Russie ne se touchent point par leurs frontières, elles n’ont point de champ de bataille où elles puissent se rencontrer ; elles n’ont aucune rivalité de commerce, et les ennemis naturels de la Russie sont aussi les ennemis naturels de la France". (François-René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe).

La troisième phase de la bataille d’Ukraine a commencé

Récapitulons la situation des huit derniers jours: 

+ L’offensive ukrainienne sur Kherson a échoué. 

+ L’armée ukrainienne n’a pas réussi à s’emparer de la centrale d’Energodar. 

+ Une offensive ukrainienne dans la région de Kharkov a été lancée. Elle frappe par son aspect différent, même de l’offensive de Kherson, terminée il y a une semaine. 

Elle a semblé à première vue plus efficace. A tel point que l’armée russe a effectué des replis tactiques. 

Nos sources russophones ou anglophones habituelles sont confuses, en particulier dans la mesure où elles se disputent entre elles pour savoir si l’armée russe subit une défaite et, dans tel cas, s’il y a eu des erreurs du commandement russe. 

Ces dernières semaines, nous avons commencé à utiliser des sources francophones de grande qualité. Elles nous paraissent, ce soir, plus à même de nous faire une idée de la situation.  Il semble bien que nous entrons dansd une nouvelle phase de la bataille d’Ukraine, la troisième.  (La première a eu lieu jusqu’à la fin mars, avec la ruse de guerre russe consistant à faire semblant d’attaquer Kiev, pour fixer une partie de l’armée ukrainienne, tandis que l’on conquérait le sud; la seconde, depuis lors, a concentré les attaques russes sur le Donbass, en préparant une poussée sur Kharkov et une autre sur Odessa). 

Utilisons d’abord le fil twitter de Jacques Frère. Selon lui, dans l’après-midi du samedi 10 septembre, la situation ressemble à cela sur le front Nord: 

La Russie va-t-elle être obligée de passer d’une “opération spéciale” à une véritable “guerre”? 

Deuxième source, très utile, et proposant ce soir une analyse pénétrante, le blog d’Erwan Castel

Alors que les regards étaient tournés vers Kherson et l’enlisement sanglant d’une offensive ukrainienne annoncée, pour beaucoup l’annonce de la percée ukrainienne d’environ 50 kilomètres vers Koupiansk, capturant au passage la petite ville de Balaklaïa a été une surprise d’autant plus grande que ce premier succès tactique de Kiev a été accompli en seulement 3 jours, bousculant les lignes de défense russes et républicaines jusqu’aux portes de Koupiansk, ce carrefour stratégique vital pour la tenue et l’approvisionnement du front russe au Nord de Slaviansk. (…) 

Les forces ukrainiennes ont lancé le 7 septembre plusieurs attaques terrestres appuyées d’une part par plusieurs appuis d’artillerie mais aussi des groupes de reconnaissance et sabotage qui vont désorganiser l’arrière du front russe en renseignant l’artillerie et détruisant des dépôts logistiques et infrastructures de commandement. 
 
Les forces russes après la destruction de leurs 1ère et 2ème lignes ont opté pour une retraite lointaine afin de réorganiser une nouvelle défense cohérente plutôt que de s’isoler dans des ilots de résistance à court terme encerclés, et pour attendre les renforts de Russie se dirigeant vers Koupiansk et, par la rive gauche de l’Oskol, vers Izioum. (…) 

La progression des forces ukrainiennes n’est pas consécutive à “un piège tendu par l’Etat-Major russe”, mais bien à un enfoncement brutal de la ligne de front ayant causé un nombre sensible de pertes et de capture de Balaklaïa et de villages, sans compter les répressions qui commencent vis à vis des civils pro-russes.

(…) Les forces russes n’ont pas “été anéanties” mais se sont repliées après la rupture du front, pour effectivement en réaction organiser une contre offensive avec les renforts arrivant afin de piéger les forces ukrainiennes (ce qui sera difficile vu la largeur du saillant ukrainien) ou au minimum de les repousser vers la rivière Donets. 

Comme aux échecs, on ne gagne pas un combat sans prendre des coups et une guerre sans subir des défaites  (…) mais dont on peut aussi annoncer qu’elle sera provisoire car elle va déclencher une nouvelle stratégie offensive russe en Ukraine.

1 / La bataille de Koupiansk

 
Cette offensive ukrainienne qui a visiblement été misé sur la vitesse (3 jours), dans le but de s’emparer de Koupiansk avant l’arrivée de renforts russes suffisant pour renforcer la ville et lancer une contre offensive et sur des appuis importants de l’artillerie de l’OTAN, pour détruire précisément des objectifs russes (dépôts, concentrations de véhicules, systèmes d’artillerie…) et entraver l’arrivée des renforts sur Koupiansk et Izioum (ponts, voie ferrée, carrefours…)
 
Le 8 septembre l’avant garde ukrainienne est arrivée au Sud-Ouest de Koupiansk et dès le 9 des premiers assauts blindés ont été lancés contre les premières défenses périphériques.
 
Au soir du 9 septembre plusieurs sources russes et ukrainiennes signalaient des combats dans la périphérie Sud-Ouest de Koupiansk ainsi qu’une progression ukrainienne vers le Sud, le long de la rive droite de la rivière Oskol (qui est ici très large en raison d’un barrage hydroélectrique en aval, entre Liman et Izioum). Cette progression vers le Sud vise à priori à contrôler les ponts sur l’Oskol comme celui de Borova, mais peut-être aussi à faire la jonction avec une potentielle nouvelle offensive de Kiev partant de Slaviansk vers le Nord, vers Liman et Izioum.
(…)Le régime de Kiev a annoncé, ce 10 septembre matin, avoir pris le contrôle de la ville de Koupiansk, ce qui confirme ici la défaite – provisoire – des forces russes dans ce secteur. 
 
2/   La bataille d’ Izioum
 
Dans le nuit du 9 au 10 septembre, les forces russes du secteur d’Izioum ont reçu l’ordre de se replier à l’Est sur le rive gauche de la rivière Oskol pour éviter un encerclement (surtout avec une offensive en provenance de Slaviansk en train de menacer et qui risque d’atteindre, si elle perce les ponts encore utilisables de l’Oskol.
 
Certaines personnes vivant dans Izioum m’ont signalé à 14h00 que si les unités russes ont évacué des villages au Nord Ouest de la ville d’autres restent restent dans la ville pour protéger et organiser l’évacuation des habitants. 
 
C’est regrettable de devoir abandonner une place forte importante et pour laquelle tant d’hommes sont morts en mars dernier pour la libérer, MAIS pour le commandement russe, c’était la meilleure solution pour éviter de nouvelles pertes importantes et en attendant de pouvoir lancer une contre-offensive définitive.
 
3 / La situation dans Balaklaïa
 
Sur le flanc Sud du saillant ukrainien entre la ville de Balaklaïa et Vesele, la situation est confuse car, malgré une progression des forces ukrainiennes des combats d’arrière garde russe persistent jusque dans les quartiers Est de Balaklaïa. 
 
Dans le secteur de Balaklaïa les ukrainiens ont déployés plusieurs systèmes d’artillerie longue portée de l’OTAN pour opérer des bombardements à la fois sur Koupiansk et Izioum. 
 
Plusieurs témoignages pro-russes et même ukrainiens rapportent que des unités spéciales ont entamé une “chasse à l’homme” contre les civils pro-russes de la ville mais aussi des villages capturés. Et dans ce domaine, la russophobie criminelle ukrainienne ayant été exacerbée depuis 6 mois, le pire est à craindre  pour les populations d’Izium et de Koupiansk, ville qui a accueilli triomphalement les forces russes le 27 février dernier.
 
4 / La situation au Sud sur la rivière Donets
 
Au vu de l’actuelle offensive ukrainienne dans le secteur d’Izioum, les actions ukrainiennes précédemment menées début septembre sur la Donets entre Seversk et Slaviansk transforment les franchissements de la rivière réalisés à Ozerne (Sud Est Liman) et Stari Karavan (Sud Liman) en tête de ponts d’où pourrait partir une potentielle offensive de Kiev en direction de Liman et Izioum, à l’instar de celle réalisée sur le front de Kherson à partir de la tête de pont d’Andrivka sur l’Ingoulets).
 
Des forces ukrainiennes, estimées à 4 à 5 000 hommes, se sont concentrées au Nord de Slaviansk vers la rivière Donets (Siversky Donets), avec un une artillerie d’appui composée surtout de batteries de l’OTAN.
 
Aux dernières nouvelles les combats au Sud de Liman se sont intensifiés depuis la tête de pont de Stari Karavan, confirmant mes inquiétudes pour ce flanc Nord de Slaviansk mais qui est aussi le flanc Sud d’Izioum. La stratégie ukrainienne se précise et dans une répétition fractale :
  1. D’abord attaquer sur une direction pour provoquer des mouvements russes dans ce premier secteur jusqu’à sa stabilisation,
  2. Ensuite attaquer à l’opposé dans une autre direction dont les réserves russes ont été dégarnies vers le premier secteur,
Ainsi a t-on pu observer consécutivement : attaque sur le front de Kherson au Sud puis sur celui Kharkov au Nord, puis sur ce même front successivement: attaque sur Balaklaïa dont une partie des réserves étaient parties vers Kharkov, attaque vers Koupiansk dont une partie des réserves étaient parties vers Balaklaïa, attaque vers Izioum dont une partie des réserves étaient montées vers Balaklaïa et donc logiquement nous pourrions observer une attaque sur le Sud d’Izioum. 
 
Dans cette nouvelle offensive ukrainienne vers Koupiansk et Izioum on peut observer l’action prépondérante des systèmes d’artillerie de l’OTAN, en particulier les HIMARS & Co (M184, M270, MARS 2) qui font des dégâts sensibles sur les ressources logistiques, de commandement et les voies stratégiques russes. Ne pas oublier que sans l’appui direct et offensif des ressources de guerre électronique de l’OTAN (satellites) les acquisition de leurs objectifs et les guidages de leurs munitions ne pourraient pas être réalisés par ces lance roquettes multiples “officiellement” servis par des ukrainiens. 
 
La réaction russe 
 
A défaut d’avoir su évaluer à sa juste menace l’offensive ukrainienne en préparation depuis fin août devant Balaklaïa et surtout de l’anticiper, l’Etat Major russe a en revanche réagi immédiatement dès que le saillant ennemi s’est développé au Nord jusqu’aux portes de Koupiansk (“mieux vaut tard que jamais”). Une dizaine de brigades d’artillerie, de blindés et d’infanterie mécanisée sont en cours de déploiement et des tirs de barrage massifs de l’artillerie ont commencé pour défendre ce secteur stratégique et vital pour la santé logistique du front russe dans le Nord Donbass.
(…)
 
En revanche le secteur d’Izioum est beaucoup plus difficile à renforcer car, plus éloigné des réserves stratégiques, quasi encerclé et menacé par une offensive sortant de Slaviansk. Qui plus est la situation sur Koupiansk où des premiers combats ont commencé dans les faubourgs de la ville à imposé à l’Etat Major russe, dans le déploiement urgent de ces renforts de donner une priorité absolue à la défense de ce carrefour logistique vital au front russe, quitte à abandonner provisoirement la base arrière d’Izioum de ce front russe au Nord de Slaviansk.
En riposte à cette offensive ukrainienne sur le front Nord, les forces aérospatiales russes ont également intensifié leurs bombardements stratégiques sur les bases arrières et les dépôts de l’ennemi.
 
Après février où Moscou a été contraint de choisir l’option militaire pour assurer sa sécurité frontalière occidentale, septembre sera je pense un deuxième tournant stratégique dans cette confrontation entre la Russie et l’OTAN, car la résistance ukro-atlantiste contraint maintenant la Russie à changer de format dans son combat existentiel post soviétique. (…) 
 
Sans les aides militaires, financières, politiques et médiatiques des mondialistes, cela fait longtemps que le régime de Kiev serait revenu à la raison en restaurant l’indépendance politique et la neutralité militaire de l’Ukraine. Mais Washington, continuant à contraindre la Russie à une radicalisation de ses relations avec l’Occident a décidé, une fois de plus de forcer l’ours à plus de fermeté en excitant de plus en plus contre lui ses chiens ukrainiens. 
Ce à quoi nous assistons aujourd’hui avec ses offensives suicidaires des forces ukro-atlantistes, c’est à la fin des opérations militaires spéciales russes en Ukraine, non pas avec leur abandon mais au contraire avec une augmentation radicale des effectifs, des moyens et des objectifs russes, ce que voulait éviter initialement le président Poutine pour ne pas répondre au projet de chaos mondial voulu par Washington. (…)

Pour Scott Ritter, l’offensive sur Izioum est une offensive de l’OTAN! 

Ceci est la traduction réalisée par Bruno Bertez d’extraits d’une émission à laquelle Scott Ritter réagit à chaud sur l’offensive dans la région de Kharkov: 

Alors que la Russie avançait lentement contre les forces ukrainiennes enfouies, les États-Unis et l’OTAN ont fourni à l’Ukraine des milliards de dollars d’équipements militaires, dont l’équivalent de plusieurs divisions blindées d’équipements lourds (chars, véhicules blindés de combat, artillerie et véhicules de soutien), ainsi qu’une formation opérationnelle approfondie sur cet équipement dans des installations militaires en dehors de l’Ukraine. En bref, alors que la Russie était occupée à détruire l’armée ukrainienne sur le champ de bataille, l’Ukraine était occupée à reconstituer cette armée, remplaçant les unités détruites par de nouvelles forces extrêmement bien équipées, bien entraînées et bien dirigées.

La deuxième phase du conflit a vu la Russie détruire l’ancienne armée ukrainienne. À sa place, la Russie a fait face à des unités territoriales et nationales mobilisées, soutenues par des forces reconstituées formées par l’OTAN.

Mais le gros des forces entraînées par l’OTAN était gardé en réserve.

Ce sont les forces qui ont été engagées dans la phase actuelle des combats – une nouvelle troisième phase.

La Russie se retrouve dans une guerre par procuration à part entière avec l’OTAN, face à une force militaire de type OTAN qui est soutenue logistiquement par l’OTAN, entraînée par l’OTAN, dotée de renseignements de l’OTAN et travaillant en harmonie avec les planificateurs militaires de l’OTAN.

Cela signifie que la contre-offensive ukrainienne actuelle ne doit pas être considérée comme une extension de la bataille de la phase deux, mais plutôt comme le lancement d’une nouvelle troisième phase qui n’est pas un conflit ukraino-russe, mais un conflit OTAN-russe.

Le plan de bataille ukrainien est estampillé « Made in Brussels » partout. La composition des forces a été déterminée par l’OTAN, tout comme le moment des attaques et la direction des attaques. Les renseignements de l’OTAN ont soigneusement localisé les coutures dans les défenses russes et identifié les nœuds critiques de commandement et de contrôle, de logistique et de concentration de réserve qui ont été ciblés par l’artillerie ukrainienne qui opère selon un plan de contrôle de tir créé par l’OTAN.

Les tactiques utilisées par l’Ukraine semblent complètement nouvelles.

Des attaques de sondage sont lancées pour obliger les Russes à révéler leurs tirs défensifs, qui sont ensuite réprimés par des tirs de contrebatterie ukrainiens dirigés par des drones et/ou des radars de contrebatterie. Ensuite, les forces ukrainiennes très mobiles avancent rapidement à travers les coutures identifiées dans la défense russe, pénétrant profondément dans un territoire largement non protégé. Ces colonnes principales sont soutenues par des raids menés par des troupes montées sur véhicules qui frappent les positions arrière russes, perturbant davantage toute réponse russe.

En bref, l’armée ukrainienne à laquelle la Russie est confrontée à Kherson et autour de Kharkov ne ressemble à aucun adversaire ukrainien auquel elle a déjà été confrontée. Avantage, Ukraine.

La Russie, cependant, est un adversaire militaire capable. La possibilité d’une contre-offensive ukrainienne est connue depuis un certain temps. Penser que la Russie a été complètement prise au dépourvu, c’est mépriser le professionnalisme des forces armées russes.

Mais certaines réalités opérationnelles surviennent lorsque la Russie s’est limitée à une structure de forces d’environ 200 000 hommes, en particulier lorsqu’elle combat sur un champ de bataille aussi vaste que celui qui existe en Ukraine. Il n’y a tout simplement pas assez de forces pour faire le tour et, par conséquent, la Russie a déployé des forces dans des secteurs à faible priorité plus légèrement qu’il ne serait autrement conseillé. Ces forces occupent des points d’appui conçus pour couvrir les lacunes entre les points d’appui avec une puissance de feu. Les Russes ont également identifié des forces qui renforceraient ces zones du front faiblement tenues selon les besoins.

Il est possible d’avoir une situation où la Russie a anticipé le potentiel d’une contre-attaque ukrainienne concertée, et pourtant a été encore prise par surprise par la combinaison de nouveaux facteurs qui se sont présentés une fois cette attaque matérialisée. La rapidité de l’avancée ukrainienne était inattendue, tout comme les tactiques utilisées par l’Ukraine. Le niveau de soutien à la planification opérationnelle et de renseignement fourni par l’OTAN à l’appui de cette contre-attaque semble également avoir pris les Russes par surprise.

Mais l’armée russe est extrêmement adaptative.

Ils ont montré une volonté de sauver des vies en abandonnant du territoire, permettant aux Ukrainiens de dépenser des ressources et des capacités sans mener un engagement décisif avec les troupes russes. Au besoin, les troupes russes ont égalé l’audace et le courage des forces ukrainiennes avec leur propre ténacité pleine de courage, tenant bon pour retarder l’avancée ukrainienne tandis que d’autres forces russes se redéployaient.

En fin de compte, il semble que l’Ukraine ait épuisé ses forces de réserve soigneusement rassemblées avant que l’essentiel de la réponse de la Russie ne s’engage. L’offensive de Kherson semble au point mort, et que ce soit à dessein ou par accident, l’offensive de Kharkov s’annonce comme un piège pour les forces ukrainiennes engagées, qui risquent d’être coupées et détruites.

Au bout du compte, cette contre-offensive se soldera par une défaite stratégique ukrainienne. La Russie restaurera le front à ses positions d’origine et pourra reprendre les opérations offensives. Les Ukrainiens, quant à eux, auront dilapidé leurs réserves, limitant leur capacité à répondre à une nouvelle avancée russe.

Cela ne signifie pas que la guerre est finie.

L’Ukraine continue de recevoir des milliards de dollars d’assistance militaire et compte actuellement des dizaines de milliers de soldats qui suivent un entraînement approfondi dans les pays de l’OTAN. Il y aura une quatrième phase, et une cinquième phase… autant de phases que nécessaire avant que l’Ukraine n’épuise sa volonté de se battre et de mourir, ou que l’OTAN n’épuise sa capacité à continuer à approvisionner l’armée ukrainienne.

J’ai dit en avril que la décision des États-Unis de fournir des milliards de dollars d’assistance militaire avait « changé la donne ».

Ce à quoi nous assistons aujourd’hui en Ukraine, c’est à quel point cet argent a changé la donne.

Le résultat est plus de forces ukrainiennes et russes mortes, plus de civils morts et plus d’équipements détruits.

Mais le jeu final reste le même : la Russie gagnera. C’est juste que le coût de l’extension de cette guerre est devenu beaucoup plus élevé pour toutes les parties impliquées”

L'Occident globaliste joue-t-il son va-tout?

Personnellement, je me retrouve bien dans cette analyse reçue d’un Français vivant en Russie: 

En ce moment, [l’armée ukrainienne] mène des hostilités actives dans la direction Kharkov-Izyum. Dans ce secteur du front, la configuration initiale de la ligne d’affrontements de combat a échoué pour [les troupes russes]. Par conséquent, il est maintenant nivelé avec des pertes minimales de personnes et d’équipements.

Le régime (…) de Kiev a décidé de mener la principale contre-offensive ici, de sorte que des nazis ukrainiens et des mercenaires étrangers ont été déployés dans cette direction depuis tous les fronts. Dans la même zone, une quantité importante d’équipements occidentaux (…) est concentrée. Cependant, cela n’aide pas – l’armée [ukrainienne] subit d’énormes pertes. Les hôpitaux de Kharkov et d’autres villes contrôlées par Kiev sont remplis de blessés, les morgues sont surpeuplées. Cependant, le régime de Zelensky ne reconnaît pas les pertes et les cache au public, bien qu’elles s’élèvent déjà de 2,5 à 5 mille personnes. En ce moment, l’armée russe se regroupe avec le puissant soutien des forces aérospatiales, des armes de haute précision et du MLRS. L’ennemi, devenant une proie facile dans ce secteur du front, s’est enfoncé dans un piège.

Par conséquent, à l’heure actuelle, la situation dans la direction de Kharkov-Izym se stabilise. Des réserves humaines, du matériel lourd et des armes sont en cours de transfert vers la zone de combat. Les systèmes de lance-flammes lourds “Solntsepek”, les systèmes de lance-roquettes multiples, l’artillerie de gros calibre, ainsi que les bombardiers et les avions d’attaque sont activement utilisés pour détruire les unités des forces armées ukrainiennes qui ont percé.

Une retraite tactique dans certains secteurs du front était nécessaire pour sauver la vie de soldats russes et créer une base pour la formation d’une frappe de représailles à part entière et prendre l’initiative dans cette direction. L’ennemi a jeté toutes ses réserves sur la contre-offensive et a subi d’énormes pertes irréparables. Le gouvernement ukrainien est dans une impasse.

Dans le même temps, de nombreux généraux ukrainiens étaient contre la contre-offensive, mais (…) Zelensky a décidé de tenter sa chance afin de créer un battage médiatique et l’apparition de la capacité de combat de l’armée. Pour le bien de cette aventure, toutes les meilleures parties, mercenaires et presque tous les types d’armes de l’OTAN ont été jetés dans cet enfer. Actuellement, ils sont systématiquement détruits. Il ne fait aucun doute que lorsque les chiffres des victimes seront connus du public ukrainien, le mécontentement populaire deviendra un problème encore plus important pour Kiev que pour les troupes russes“. 

En tenant compte de tout ce qui a été cité plus haut, on imagine que l’offensive de Kharkov finisse comme celle de Kherson. Le diagnostic de plusieurs observateurs est celui d’un effet domino: Izioum permet de verrouiller au nord l’offensive contre Slaviansk et Kramartorsk. A partir du moment où les Russes ont perdu Izioum, c’est tout l’achèvement de l’opération au Donbass qui est en danger….

Aussi surprenant que cela paraisse aux stratèges en chambre, les distances entre les villes dont nous parlons sont les mêmes pour les Kiéviens et les Russes. Il y a une grande différence entre un effet de surprise créé à un endroit du front et la possibilité d’attaquer sur l’ensemble d’une ligne de front. 

En fait, il semble bien que l’OTAN ait décidé de jouer son va-tout, par un coup de boutoir qui n’est possible qu’en dégarnissant d’autres parties du front, au risque de laisser l’armée russe y avancer. Et en concentrant dans une zone relativement réduite les troupes les mieux entraînées et le matériel livré par l’Occident. Cela fait très “Blitzkrieg”, avec les limites de cette forme d’offensive. 

En réalité, la question est moins pour la Russie de monter en puissance militairement parlant que de savoir s’il est encore possible d’éviter l’escalade que l’OTAN fait tout pour produire. Le risque est de ne plus se trouver en “opération spéciale” mais en “guerre” contre l’OTAN. 

La principale difficulté, du point de vue russe, et si l’on pense aux intérêts à long terme de l’Europe, tient au jusqu’auboutisme des globalistes occidentaux: 

+ ils empêchent l’Ukraine de négocier

+ ils prolongent la guerre en évitant la faillite au gouvernement de Kiev et en le détournant de négocier.

+ils livrent des armes, fournissent des images satellites, entraînent des troupes. 

+ ils ont autorisé Kiev à jouer avec le risque d’un second Tchernobyl. etc…

En fait, on comprend bien le dilemme qui va se poser de plus en plus à Moscou: peut-on continuer à calculer rationnellement quand on a un acteur irrationnel en face de soi, obsédé par l’idée que l’Ukraine devienne “l’Afghanistan de Poutine”?  

+ En tout cas, on appréciera la dynamique proprement fasciste d’un capitalisme financier en crise, qui pousse à la guerre et la finance. Le 6 septembre: Zelensky a ouvert la séance de la bourse de New YorK 

+8 septembre 2022, le secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken est arrivé à Kiev pour annoncer un nouveau programme d’aide. M. Blinken a déclaré que l’administration Biden allait fournir 2 milliards de dollars de financement militaire étranger à long terme à l’Ukraine et à 18 de ses voisins, dont des membres de l’OTAN et des partenaires de développement. Cette aide s’ajoute aux 675 millions de dollars de soutien direct en armement pour l’Ukraine annoncés jeudi par le secrétaire à la défense Lloyd Austin, selon le département d’État américain.

Un groupe de vétérans du renseignement écrit à Biden pour critiquer l'attitude américaine en Ukraine

Ce texte a été publié sur le site antiwar.com

Monsieur le Président :

Avant que le ministre de la Défense Austin ne s’envole pour Ramstein pour la réunion de jeudi [8 septembre] du Groupe de contact sur la défense de l’Ukraine, nous vous devons quelques mots d’avertissement inspirés par nos nombreuses décennies d’expérience sur ce qu’il advient des renseignements en temps de guerre. S’il vous dit que Kiev est en train de battre les Russes, mettez les pieds dans le plat et envisagez d’élargir votre cercle de conseillers.

La vérité est la pièce de monnaie du royaume dans l’analyse du renseignement. Il est tout aussi évident que la vérité est la première victime de la guerre, et cela s’applique à la guerre en Ukraine ainsi qu’aux guerres précédentes dans lesquelles nous avons été impliqués. En temps de guerre, on ne peut tout simplement pas compter sur les secrétaires à la défense, les secrétaires d’État et les généraux pour dire la vérité – aux médias ou même au président. Nous l’avons appris très tôt – d’une manière dure et amère. Un grand nombre de nos compagnons d’armes ne sont pas revenus du Vietnam.

Du Vietnam : Le président Lyndon Johnson a préféré croire le général William Westmoreland qui lui a dit, ainsi qu’au secrétaire à la défense McNamara en 1967, que le Sud-Vietnam pouvait gagner – si seulement LBJ fournissait 206 000 soldats supplémentaires. Les analystes de la CIA savaient que c’était faux et que – pire encore – Westmoreland falsifiait délibérément le nombre de forces auxquelles il était confronté, affirmant qu’il n’y avait que “299 000” communistes vietnamiens sous les armes dans le Sud. Nous avons rapporté que le nombre était de 500 000 à 600 000. (Malheureusement, l’offensive communiste du Têt, au début de 1968, nous a donné raison. Johnson a rapidement décidé de ne pas briguer un nouveau mandat).

Tout étant juste en amour et en guerre, les généraux de Saigon étaient déterminés à offrir une image rose. Dans un câble de Saigon daté du 20 août 1967, l’adjoint de Westmoreland, le général Creighton Abrams, explique la raison de leur tromperie. Il écrivait que les chiffres plus élevés de l’ennemi (qui étaient soutenus par pratiquement toutes les agences de renseignement) “contrastaient fortement avec le chiffre actuel de l’effectif global d’environ 299 000 personnes communiqué à la presse.” Abrams poursuit : “Nous avons projeté une image de succès au cours des derniers mois.” Il a averti que si les chiffres plus élevés étaient rendus publics, “toutes les mises en garde et explications disponibles n’empêcheront pas la presse de tirer une conclusion erronée et sombre”.

La disparition de l’analyse d’imagerie : Jusqu’en 1996, la CIA disposait d’une capacité indépendante d’analyse militaire sans entrave lui permettant de dire la vérité – même en temps de guerre. L’une des principales flèches de son carquois d’analyse était sa responsabilité établie d’effectuer des analyses d’images pour l’ensemble de la communauté du renseignement. Ses premiers succès dans le repérage des missiles soviétiques à Cuba en 1962 avaient valu au National Photographic Interpretation Center (NPIC) une solide réputation de professionnalisme et d’objectivité. Il nous a considérablement aidés dans notre analyse de la guerre du Vietnam. Et plus tard, il a joué un rôle clé dans l’évaluation des capacités stratégiques soviétiques et dans la vérification des accords de contrôle des armements.

En 1996, lorsque le NPIC et ses 800 analystes en imagerie hautement professionnels ont été cédés au Pentagone, c’était l’adieu au renseignement impartial.

L’Irak : Le général de l’armée de l’air à la retraite James Clapper a finalement été chargé du successeur du NPIC, la National Imagery and Mapping Agency (NIMA), et était donc bien placé pour graisser les patins de la “guerre de choix” contre l’Irak.

En effet, Clapper est l’un des rares hauts fonctionnaires à admettre que, sous la pression du vice-président Cheney, il s’est ” penché en avant ” pour trouver des armes de destruction massive en Irak ; il n’en a pas trouvé, mais a quand même continué. Dans ses mémoires, Clapper accepte une partie de la responsabilité de cette fraude conséquente – il l’appelle “l’échec” – dans la quête des ADM (inexistantes). Il écrit que nous étions “si désireux d’aider que nous avons trouvé ce qui n’était pas vraiment là”.

L’Afghanistan : Vous vous souviendrez de la pression extrême exercée sur le président Obama par le secrétaire à la défense Gates, la secrétaire d’État Clinton et des généraux comme Petraeus et McCrystal pour qu’il redouble d’efforts en envoyant davantage de troupes en Afghanistan. Ils ont réussi à écarter les analystes de l’Intelligence Community, les reléguant au rang de porte-sangles lors des réunions de prise de décision. Nous nous souvenons que l’ambassadeur des États-Unis à Kaboul, Karl Eikenberry, un ancien général de corps d’armée qui avait commandé des troupes en Afghanistan, avait lancé un appel plaintif pour obtenir une estimation objective de la National Intelligence Estimate sur les avantages et les inconvénients d’un doublement des effectifs. Nous avons également eu connaissance de rapports selon lesquels vous avez hésité, sentant que l’approfondissement de l’engagement américain serait une course de dupes. Souvenez-vous lorsque le général McChrystal a promis, en février 2010, un “gouvernement en boîte, prêt à intervenir” dans la ville afghane clé de Marja ?

Le Président, comme vous le savez, s’en est remis à Gates et aux généraux. Et, l’été dernier, c’est à vous qu’il a incombé de ramasser les morceaux, pour ainsi dire. Quant au fiasco en Irak, le “surge” que Gates et Petraeus ont été choisis par Cheney et Bush pour mettre en œuvre a apporté près d’un millier de “cas de transfert” supplémentaires à la morgue de Douvres, tout en permettant à Bush et Cheney de partir vers l’Ouest sans avoir perdu une guerre.

Quant à l’ancien secrétaire à la défense Gates, dont le manteau de téflon n’a pas été entamé, il a eu le culot d’inclure ce qui suit dans un discours prononcé à West Point le 25 février 2011, peu de temps avant de quitter ses fonctions, après avoir donné des conseils sur l’Irak et l’Afghanistan :

“Mais à mon avis, tout futur secrétaire à la Défense qui conseillera au président d’envoyer à nouveau une grande armée terrestre américaine en Asie ou au Moyen-Orient ou en Afrique devrait ‘se faire examiner la tête’, comme l’a si délicatement dit le général [Douglas] MacArthur.”

Syrie – La réputation d’Austin n’est pas sans tache : Plus près de nous, le secrétaire Austin n’est pas étranger aux accusations de politisation du renseignement. Il était commandant du CENTCOM (2013 à 2016) lorsque plus de 50 analystes militaires du CENTCOM ont signé, en août 2015, une plainte officielle adressée à l’inspecteur général du Pentagone selon laquelle leurs rapports de renseignement sur l’État islamique en Irak et en Syrie étaient manipulés de manière inappropriée par les hauts gradés. Les analystes ont affirmé que leurs rapports étaient modifiés par les hauts gradés pour s’accorder avec la ligne publique de l’administration selon laquelle les États-Unis gagnaient la bataille contre ISIS et le Front al-Nusra, la branche d’al-Qaïda en Syrie.

En février 2017, l’inspecteur général du Pentagone a constaté que les allégations selon lesquelles des renseignements auraient été intentionnellement modifiés, retardés ou supprimés par des hauts responsables du CENTCOM de mi-2014 à mi-2015 étaient “largement non fondées”. (sic)

En résumé : Nous espérons que vous prendrez le temps d’examiner cet historique – et d’en tenir compte avant d’envoyer le secrétaire Austin à Ramstein. En outre, l’annonce faite aujourd’hui que la Russie a l’intention de couper le gaz par Nord Stream 1 jusqu’à ce que les sanctions occidentales soient levées est susceptible d’avoir un impact significatif sur les interlocuteurs d’Austin. Elle pourrait même rendre les chefs de gouvernement européens plus enclins à trouver une sorte de compromis avant que les forces russes n’avancent plus loin et que l’hiver n’arrive. (Nous espérons que vous avez été suffisamment informés de l’issue probable de la récente “offensive” ukrainienne).

Vous pourriez également demander conseil au directeur de la CIA, William Burns, et à d’autres personnes ayant une expérience de l’histoire de l’Europe – et en particulier de l’Allemagne. Les médias ont suggéré plus tôt qu’à Ramstein, le secrétaire Austin s’engagera à fournir à l’Ukraine encore plus d’armes et encouragera ses collègues à faire de même. S’il suit ce scénario, il risque de trouver peu de preneurs, en particulier parmi les personnes les plus vulnérables au froid hivernal.

POUR LE GROUPE DE DIRECTION : Vétérans du renseignement pour la raison

William Binney, directeur technique de la NSA pour l’analyse géopolitique et militaire mondiale ; cofondateur du Signals Intelligence Automation Research Center de la NSA (retraité).
Marshall Carter-Tripp, officier du service extérieur (retraité) et directeur de division, Bureau du renseignement et de la recherche du département d’État.
Bogdan Dzakovic, ancien chef d’équipe des Federal Air Marshals et de l’équipe rouge, sécurité de la FAA (retraité) (VIP associés)
Graham E. Fuller, vice-président du National Intelligence Council (retraité)
Philip Giraldi, CIA, officier des opérations (retraité)
Matthew Hoh, ancien capitaine de l’USMC en Irak et officier du service extérieur en Afghanistan (VIP associés)
Larry Johnson, ancien officier de renseignement de la CIA et ancien responsable de la lutte contre le terrorisme au département d’État (retraité)
John Kiriakou, ancien agent de la CIA chargé de la lutte contre le terrorisme et ancien enquêteur principal de la commission des affaires étrangères du Sénat.
Karen Kwiatkowski, ancien lieutenant-colonel de l’armée de l’air américaine (retraité), au bureau du secrétaire à la défense, surveillant la fabrication de mensonges sur l’Irak, de 2001 à 2003.
Linda Lewis, analyste des politiques de préparation aux ADM, USDA (à la retraite)
Edward Loomis, informaticien spécialisé en cryptologie, ancien directeur technique de la NSA (retraité).
Ray McGovern, ancien officier d’infanterie et de renseignement de l’armée américaine et analyste de la CIA, conseiller présidentiel de la CIA (retraité).
Elizabeth Murray, ancienne responsable adjointe du renseignement national pour le Proche-Orient, National Intelligence Council et analyste politique de la CIA (retraitée).
Pedro Israel Orta, ancien officier de la CIA et de la Communauté du renseignement (Inspecteur général)
Todd Pierce, MAJ, US Army Judge Advocate (retraité)
Scott Ritter, ancien MAJ, USMC, ancien inspecteur des armes de l’ONU, Irak
Coleen Rowley, agent spécial du FBI et ancienne conseillère juridique de la division de Minneapolis (à la retraite)
Sarah G. Wilton, CDR, USNR, (retraité)/DIA, (retraité)
Ann Wright, colonel de l’armée américaine (à la retraite) ; agent du service extérieur (a démissionné en opposition à la guerre en Irak)
Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPs) est composé d’anciens agents de renseignement, de diplomates, d’officiers militaires et de membres du personnel du Congrès. L’organisation, fondée en 2002, a été parmi les premières à critiquer les justifications données par Washington pour lancer une guerre contre l’Irak. VIPS plaide en faveur d’une politique étrangère et de sécurité nationale américaine fondée sur de véritables intérêts nationaux plutôt que sur des menaces inventées et promues pour des raisons essentiellement politiques.

Les principaux éléments du discours de Vladimir Poutine à Vladivostok le 7 septembre 2022

L’essentiel du discours de Vladimir Poutine lors de la session plénière du Forum économique oriental, le 7 septembre :

 + La fièvre des sanctions de l’Occident constitue une menace pour le monde entier;
 + La domination insaisissable des États-Unis dans le monde est devenue un catalyseur de la politique de sanctions ;
 + L’Occident tente de préserver l’ordre mondial qui n’est bénéfique que pour lui ;
 la qualité de vie des Européens est sacrifiée au nom de la préservation de la dictature des États-Unis dans le monde ;
+ des changements tectoniques ont eu lieu dans le système des relations internationales ces dernières années, le rôle des pays d’Asie-Pacifique s’est considérablement accru ;
 la compétitivité des entreprises en Europe est en baisse, elles ferment ;
 + la confiance dans le dollar, l’euro et la livre sterling a été perdue.
 + l’inflation en Russie est en baisse, à la fin de l’année elle sera d’environ 12% ;
 + le rouble et le yuan seront utilisés dans les paiements de gaz avec la Chine dans une proportion égale.
 + La Russie est un État souverain. Nous protégerons toujours nos intérêts ;
 la Russie est capable de s’approvisionner pleinement en ressources naturelles ;
 + la quasi-totalité des céréales provenant d’Ukraine n’est pas allée dans les pays les plus pauvres, mais dans l’Union européenne. Poutine a suggéré de réfléchir à la possibilité de limiter la direction des exportations de céréales depuis l’Ukraine et consultera certainement Erdogan ;
 + L’achat de nourriture par les États occidentaux provoque une hausse des prix, ce qui peut se transformer en tragédie pour les pays les plus pauvres.

Le rapprochement entre l'Inde et la Russie expliqué par M.K. Bhadrakumar

Le discours du Premier ministre Narendra Modi lors des sessions plénières du Forum économique oriental (FEE) à Vladivostok est un élément régulier de l’événement annuel depuis 2019. Mais cette année, le discours de mercredi était investi d’une signification supplémentaire, car le PM s’exprimait pour la première fois sur les relations entre l’Inde et la Russie après le début de l’opération militaire spéciale de Moscou en Ukraine en février.

La toile de fond n’aurait pas pu être plus spectaculaire, puisque le président russe Vladimir Poutine et le président de l’Assemblée populaire nationale de Chine Li Zhanshu écoutaient Modi sur le podium à Vladivostok.

L’Extrême-Orient russe est la dernière frontière du monde, dotée de vastes ressources minérales. Dans les conditions géopolitiques actuelles, Moscou a donné la priorité aux pays asiatiques en matière de partenariat. L’Inde bénéficie d’une voie rapide en vertu de son “partenariat stratégique spécial et privilégié” avec la Russie, ainsi que de la chaleur et de la cordialité de l’équation personnelle entre Modi et Poutine.

Le PM s’exprimait juste après la décision du G7 d’approuver le dernier projet de l’administration Biden visant à affaiblir et à “effacer” la Russie en imposant un mécanisme de plafonnement des prix de ses exportations de pétrole. Les États-Unis espèrent faire dérailler la coopération énergétique de la Russie avec la Chine et l’Inde, les deux grands acteurs du marché mondial du pétrole, compte tenu de la taille de leurs économies et de l’ampleur stupéfiante de leurs besoins énergétiques futurs. La Chine refuse de jouer le jeu. L’Inde aussi. Le projet du G7 est donc voué à l’échec.

La dynamique du pouvoir fonctionne de cette manière : La sécurité énergétique est liée à l’avenir économique et à la stratégie mondiale d’un pays. La puissance économique apporte influence et respect dans la politique internationale et constitue une composante essentielle de l’autonomie stratégique d’un pays et de sa capacité à mener une politique étrangère indépendante. Cette corrélation est bien comprise par tous.

C’est pourquoi l’administration Biden a planté un poignard au cœur de la coopération énergétique florissante qui existe depuis 50 ans entre Moscou et l’Europe occidentale. Quelle meilleure façon de réaffirmer le leadership transatlantique des États-Unis, qui s’était essoufflé au cours des dernières décennies depuis la dissolution de l’Union soviétique en 1991 !

Les dirigeants européens, médiocres et pusillanimes, n’ont pas résisté. Pour l’avenir, le rôle subalterne de l’Europe est utile aux États-Unis, qui n’ont plus la capacité d’imposer leur volonté au niveau mondial.

Le conflit en Ukraine est par essence une guerre par procuration que les États-Unis ont imposée à la Russie pour l’affaiblir. Le stratagème n’a pas fonctionné, mais dans le processus, paradoxalement, la Russie a tourné le dos à l’Europe et courtise le monde non-occidental pour un partenariat. L’Inde voit des possibilités illimitées découlant de ce paradigme.

Aujourd’hui, l’administration Biden est le principal obstacle aux pourparlers de paix entre Kiev et Moscou. Deux des principaux “bras armés de la Russie” des administrations américaines précédentes, auteurs de livres sur la Russie (et célèbres “faucons” de la Russie) dans la communauté stratégique nord-américaine – Fiona Hill et Angela Stent – ont récemment écrit un article dans le magazine Foreign Affairs :

“Les négociateurs russes et ukrainiens semblaient s’être provisoirement mis d’accord (en mars) sur les grandes lignes d’un règlement intérimaire négocié. La Russie se retirerait sur sa position du 23 février, lorsqu’elle contrôlait une partie de la région de Donbas et toute la Crimée, et en échange, l’Ukraine promettrait de ne pas chercher à adhérer à l’OTAN et de recevoir à la place des garanties de sécurité d’un certain nombre de pays.”

En effet, l’Ukrainska Pravda, citant des sources officielles à Kiev, rapportait à l’époque que “suite à l’arrivée de l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson à Kiev (le 9 avril), une éventuelle rencontre entre le président ukrainien Vladimir Zelenskyy et le président russe Vladimir Poutine est devenue moins probable… La partie russe était en fait prête pour la rencontre Zelenskyy-Poutine.”

Johnson aurait apporté à Kiev un message puissant en deux parties : premièrement, que Poutine est un criminel de guerre avec lequel il faut faire pression, et non négocier ; et, deuxièmement, que même si l’Ukraine est prête à signer certains accords de garanties avec Poutine, les puissances occidentales ne le sont pas.

Sans surprise, le discours du PM au FEE mercredi a attiré l’attention pour son “message” dans le contexte des tentatives américaines d’isoler, d’affaiblir et d'”effacer” la Russie. La réactivation des liens entre l’Inde et la Russie est l’un des plus beaux héritages de la politique étrangère de Modi. Le Premier ministre a fait la remarque suivante : “Depuis le début du conflit en Ukraine, nous avons souligné la nécessité de suivre la voie de la diplomatie et du dialogue. Nous soutenons tous les efforts pacifiques visant à mettre fin à ce conflit.” C’est aussi exactement la position de la Russie !

Voici les points saillants du discours du PM :

“La politique indienne “Agir Extrême-Orient”… est devenue un pilier essentiel du “partenariat stratégique spécial et privilégié” de l’Inde et de la Russie.”

Le PM a rappelé qu’il a été le pionnier de la “politique Act Far-East”. Avec la rupture des liens de la Russie avec l’Occident et son pivot vers l’Asie, de vastes opportunités s’ouvrent à l’Inde pour exploiter les fabuleuses ressources de l’Extrême-Orient. Au-delà d’une question de commerce et d’investissements, il envisage également que “le talent et le professionnalisme des Indiens puissent apporter un développement rapide à l’Extrême-Orient russe.”

“L’Inde souhaite renforcer son partenariat avec la Russie sur les questions arctiques.”

La remarque ci-dessus de Modi intervient dix jours seulement après la déclaration sensationnelle du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, le 26 août, selon laquelle la Russie constitue une menace dans l’Arctique, et son plaidoyer en faveur d’un renforcement de la présence de l’alliance dans la région pour contrer la Russie.

“Il existe également un immense potentiel de coopération dans le domaine de l’énergie.”

Ironie du sort, le Premier ministre s’exprimait dans la semaine qui a suivi la décision des ministres des finances du G7 de perturber les revenus que la Russie tire de ses exportations de pétrole ! Il est clair que le retrait des entreprises occidentales du secteur énergétique russe ouvre d’énormes possibilités d’investissement indien dans les champs pétroliers et gaziers russes, tant en amont qu’en aval.

“Outre l’énergie, l’Inde a également réalisé des investissements importants dans l’Extrême-Orient russe dans les domaines de la pharmacie et des diamants.”

La Russie extrait près d’un tiers des diamants du monde, selon le département du Trésor américain. En 2021, les réserves de diamants naturels de la Russie étaient estimées à environ 1,1 milliard de carats. La société russe Alrosa est la plus grande société d’extraction de diamants au monde et est responsable de 90 % de la capacité d’extraction de diamants de la Russie. Bien entendu, l’Inde est le plus grand centre de taille et de polissage de diamants au monde et est classée parmi les marchés à la croissance la plus rapide au monde. L’industrie indienne du diamant, basée à Mumbai et à Surat, emploie environ un million de personnes.

“La Russie peut devenir un partenaire important pour l’industrie sidérurgique indienne par le biais de la fourniture de charbon à coke”.

L’Inde a d’énormes besoins en charbon à coke (et en technologie d’extraction et de lavage du charbon à coke), ce qui est essentiel pour l’autonomie de son industrie sidérurgique. Les réserves de charbon de la Russie se classent au deuxième rang mondial et représentent environ 16 % des réserves mondiales totales de charbon, ce qui signifie qu’il lui reste environ 767 ans de charbon (aux niveaux de consommation actuels et à l’exclusion des réserves non prouvées).

En faisant notamment référence au conflit ukrainien à la fin de son allocution, le PM a souligné que la détermination de l’Inde à poursuivre les orientations du “partenariat stratégique global spécial” Inde-Russie n’est en aucun cas l’otage de la guerre par procuration qui se déroule en Europe.

Le PM a évoqué l’impact du conflit ukrainien sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Le fait est que les récents accords conclus sous l’égide de l’ONU pour faciliter les exportations de céréales alimentaires d’Ukraine et de Russie et d’engrais de Russie ont connu des difficultés, car l’UE et les États-Unis sont revenus sur leur promesse de lever les restrictions sur les exportations russes. Entre-temps, il apparaît que l’Occident donne la priorité aux besoins européens sur ceux de l’Afrique.

Poutine a révélé hier que sur les deux millions de tonnes de céréales alimentaires qui ont quitté les ports ukrainiens en 87 cargaisons, 97 % étaient destinées à l’Europe pour être consommées dans les pays de l’UE et seulement 3 % pour les millions de personnes affamées dans le “Sud” ! Pour citer Poutine ,

“Ce que je veux dire, c’est que de nombreux pays européens continuent aujourd’hui à agir comme des colonisateurs, exactement comme ils l’ont fait au cours des décennies et des siècles précédents. Les pays en développement ont tout simplement été trompés une fois de plus et continuent de l’être.”

Un signal intentionnel concernant l’autonomie stratégique de l’Inde et la détermination du gouvernement à étendre et approfondir le “partenariat stratégique global spécial” Inde-Russie, quelles que soient les vicissitudes de la politique internationale, était attendu.

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16 commentaires
      1. crier à la défaite au moindre revers/repli ce n’est vraiment pas sérieux..
        si j’en crois ses nombreux commentaires lus ce week end sur différents sites, Bonnal semble écumer les forums ce week end pour dire que les russes sont cuits, citant allégrement le site Chroniques du grand jeu qui est pourtant un site qui dit que le courrier des stratèges est un site complotiste, que le grand reset n’existe que pour les bas du front, que le nouvel ordre mondial est un leurre et qui n’a jamais traité du covid, comme si ce sujet n’existait pas et ne posait pas de problèmes…
        je ne vois pas bien à quoi ça rime de vouloir ainsi tirer sur la russie à la moindre défaite.
        la guerre est faite de flux et de reflux, un revers ou un repli n’est sûrement pas une défaite et la russie joue le temps long.

    1. Bien le bonjour à Madame, dites lui que j’ai acheté son livre sur Philip Kindred Dick; pas encore lu. Dites lui aussi que Vlad a été patient avec la junte de tortionnaires mafieux installée par yankeeland. Si les Ukrainiens normaux se débarrassent de ces parasites ils pourront se vivre en paix dans le morceau autour de Kiev et parler ukrainien tant qu’ils voudront. Les Hongrois, Polonais, Roumains, Russes vont récupérer leurs terres qui ne seront plus à leur charge. Du coup ils pourront rembourser tranquillement les miyards qu’ils doivent aux mougeons de l’Ouest; ou pas. Ceux qui le souhaitent pourront jouer au Nazi mais entre eux sans déborder. Émigrer chez les boches aussi, qui ne demandent que ça, des sous-
      hommes.

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  1. Cette offensive de l’OTAN me fait penser à celle menée par les allemands dans les Ardennes en 1944. Beaucoup de similitudes : commandos de saboteurs, grosse percée initiale, meilleures troupes disponibles, effet de surprise…. et absence de support aérien. On connait la suite.
    Les populations civiles du Donbass vont trinquer. Les ukronazis vont s’en donner à coeur joie. Ca va être une boucherie.

    Répondre moderated
  2. Ceux qui poussent à la guerre ne sont pas ceux qui la feront. Si Giflé Ier veut en découdre avec Poutine, qu’il enfile un uniforme et sans gardes du corps, aller lui botter les fesses s’il arrive jusqu’à Moscou.

    Répondre moderated
  3. Article intéressant notamment sur les données chiffrées des ressources utiles pour la conquête vers l’Est. Nous attendons maintenant ‘la rapidité du recul’ ukraino-américain vers l’Ouest du Dniepr et d’Odessa.

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