6 avril 2020

Le courrier des stratèges

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Quand les coups de poker de Macron reviennent en boomerang

Emmanuel Macron bénéficie d’un léger regain de popularité grâce à une attitude ferme vis-à-vis des violences et un maintien de son cap par-delà le Grand Débat qu’il a lancé pour se redonner de l’air. Mais son attitude de « risk taker » ne produit pas que des résultats positifs. Plusieurs difficultés s’annoncent pour le Président de la République.

Une remontée de quelques points dans les sondages pour Emmanuel Macron est-elle une hirondelle qui n’annonce pas le printemps? Beaucoup le croient, qui imaginent déjà une victoire du président sur les Gilets Jaunes. Mais à y regarder de près, la bouffée d’air qu’il s’est donnée pourrait se heurter rapidement aux limites étroites de l’espace clos dans lequel il s’est enfermé.

Plusieurs indices le laissent à penser.

La liste Gilets Jaunes perd les soutiens de Macron

La semaine dernière, des Gilets Jaunes annonçaient la constitution d’une liste aux européennes. Avec des éléments comme Haik Shahinian, ancien socialiste, Côme Dunis, qui n’a pas caché avoir voté Macron aux deux tours, ou Marc Doyer, ancien candidat LREM aux législatives, beaucoup avaient soupçonné qu’Emmanuel Macron était intervenu en sous-main pour favoriser ce dérivatif électoral à l’agitation des rues. Certains candidats s’en étaient assez mal défendus.

De fait, la constitution de cette liste a immédiatement érodé, dans les sondages, les résultats annoncés du Rassemblement National et de quelques autres.

Sauf que… les déclarations très anti-macroniennes de la tête de liste Ingrid Levavasseur ont créé des difficultés imprévues. On compte à ce stade au moins deux premiers départs sur la liste (Haik Shahinian et Marc Doyer), et peut-être un troisième prochainement (une ancienne militante UDI). Certains murmurent que Marc Doyer était le chaînon manquant entre les Gilets Jaunes et Bernard Tapie.

La liste Gilets Jaunes pourrait se terminer en eau de boudin et ne pas rendre les services escomptés!

Le spectaculaire lâchage du MEDEF

Autre mauvaise nouvelle: le patronat n’a pas beaucoup apprécié les fanfaronnades d’Emmanuel Macron sur le bonus-malus des CDD lors du Grand Débat auquel il a participé dans la Drôme. La fronde est surtout venue de la CPME et de l’U2P, qui  ainsi découvert que le Président avait décidé de la mise en place de cette mesure qui relève pourtant de la compétence des partenaires sociaux en pleine négociation sur l’assurance chômage.

Le MEDEF n’a eu d’autre choix que de suivre ses deux compères dans leur décision de quitter la négociation en cours. Le signal est très mauvais pour le Président de la République. Il témoigne de la division profonde des mouvements patronaux entre une base plutôt favorable aux Gilets Jaunes et un sommet acquis au gouvernement.

Il est intéressant de noter que la base impose ici sa ligne.

Plusieurs nuages s’amoncèlent

D’autres mauvaises nouvelles s’inscrivent au tableau de bord du chef de l’Etat. On notera deux signaux faibles particulièrement inquiétants.

Le premier tient aux révélations embarrassantes de Mediapart sur les vraies raisons du retrait de Chantal Jouanno dans le Grand Débat. Exaspérée par les interventions sans finesse d’un exécutif bientôt décidé à garder le contrôle d’une opération de communication, les coulisses de la brouille entre la président de la Commission Nationale du Débat Public et le gouvernement valent leur pesant de cacahuètes.

Le deuxième élément inquiétant tient au signalement au procureur lancé par le député LR Olivier Marleix sur les liens qui pourraient exister, selon celui-ci, entre le financement de la campagne électorale d’Emmanuel Macron et la vente du Pôle Energie d’Alstom. Le député a conduit une commission parlementaire sur le sujet. Même si le procureur n’ouvre pas d’enquête immédiate sur le sujet, on peut parier que la question de ce financement occulte reviendra régulièrement sur le tapis, dans la durée.

Le financement des retraites, nouvelle bombe à retardement

Parallèlement, Jean-Paul Delevoye continue à mener ses consultations pour réformer les retraites. Le sujet est risqué, surtout qu’il débouchera sur une baisse mécanique des retraites. Marisol Touraine fait partie des personnalités officielles qui s’en inquiètent.

Pour le Président, là encore, cette réforme est une prise de risque majeure, dans un contexte où la maitrise des comptes sociaux suscite déjà beaucoup de grogne.

Le Président pourrait donc se heurter à nouvelle conjonction astrale défavorable dans les semaines qui arrivent.