Debout la France: programme minimum

Debout La France pourrait envoyer au moins un député à Strasbourg. Crédité à ce stade de 3,5% des voix (le score oscille entre cet étiage et les 5%), le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan capitalise essentiellement sur l’image de son leader ancré dans le “souverainisme”. Cette facilité explique sans doute pourquoi le mouvement s’est fendu d’un programme minimaliste de six pages, dont la marque principale de fabrication n’est pas le libéralisme.

On connaît les déboires spasmodiques de la liste de Debout la France dont la construction n’a pas été de tout repos. Est-ce pour cette raison que le parti n’a guère eu le temps de finaliser un programme particulièrement enthousiasmant? Résumé en six pages dactylographiées à l’ancienne, les idées qu’on y retrouve sont celles d’un souverainisme étatiste relativement attendu.

Marché unique: la fin programmée

Debout la France ne s’exprime pas directement sur le marché unique et sur ses principes fondateurs. Mais, en creux, les propositions du mouvement souverainiste montrent bien à quelle sauce il sera mangé:

Conditionner l’accès au marché commun européen à une harmonisation sociale, fiscale et au respect de la loyauté commerciale entre partenaires européens pour que les emplois des Français cessent de partir en Pologne ou en Roumanie.

Le marché commun doit être accessible à des pays qui pratiquent la même fiscalité et la même protection sociale. Ils doivent en outre être commercialement loyaux (ce que nous interprétons comme: au même prix que les Français). Sinon le marché commun ne peut pas être. On ne pouvait trouver façon plus divertissante de promouvoir la fin de la libre concurrence en Europe, tant on peut résumer la proposition de Debout la France à un: on veut bien de la libre concurrence, à condition qu’il n’y ait pas de concurrence.

En outre, Debout la France est favorable à plusieurs dispositifs protectionnistes, comme les barrières au rachat d’entreprises européennes.

Enfin, le programme propose également:

Redéfinir le service public dans les traités européens : la France doit décider, en toute indépendance, des domaines qui relèvent du besoin d’intérêt général de ses citoyens…

Politique monétaire: aucune proposition réelle

Sur la question cruciale de l’euro, Debout la France se borne à proposer ceci:

– Mettre l’Euro au service de l’emploi, de la croissance, des investissements et des PME/TPE plutôt qu’aux banques en plaçant le mandat de la Banque Centrale Européenne sous contrôle démocratique à l’exemple de ce qui se passe aux Etats-Unis.

– Autoriser la Banque de France à ouvrir des filiales locales pour investir dans l’économie réelle au prorata du poids de leur PIB pour contrecarrer l’inaction des banques privées.

La proposition semble un peu courte et par ailleurs inexacte quant au “contrôle démocratique” de la Réserve Fédérale. On déduit de l’ensemble qu’il propose une remise en service de la planche à billet nationale, par l’intermédiaire de la Banque de France, qui deviendrait prêteur en premier ressort. Cette idée qui comporte de vrais impacts systémiques aurait mérité d’être un peu expliquée…

Institutions: suppression de la Commission Européenne

Sur le plan institutionnel, les idées de Debout la France sont également réduites au minimum. On retiendra cette proposition qui n’est pas sans rappeler celle du Rassemblement National:

Supprimer la Commission européenne, les fonctions de commissaire et tous les privilèges exorbitants. Créer un secrétariat allégé sous l’autorité des chefs de gouvernement.

On notera que le Rassemblement National propose un secrétariat sous l’autorité du Parlement. Debout la France marque plus de cohérence en proposant de placer ce secrétariat sous l’autorité du Conseil.

Immigration: contre la submersion

A certains égards en matière d’immigration, le programme de Nicolas Dupont-Aignan paraît plus radical et jusqu’au-boutiste que celle du Rassemblement National. On lira notamment cette proposition:

Supprimer les accords de Schengen pour contrôler enfin nos frontières nationales, lutter contre la submersion migratoire.

Le reste du discours relève du même ton: radical, plus qu’extrêmiste.

On notera particulièrement ce groupe de propositions:

Rendre aux Etats le contrôle exclusif de leur politique migratoire pour que chaque gouvernement soit maître de décider qui peut entrer ou non sur son territoire :

o Expulser systématiquement les clandestins et les criminels étrangers.

o Renforcer les critères d’assimilation pour les naturalisations.

o Suspendre l’immigration familiale et instaurer un délai de carence de 5 ans pour l’octroi des aides sociales.

o Refuser tout communautarisme et multiculturalisme pour revenir à la laïcité et à l’assimilation.

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