France Insoumise: après les Etats-membres, l’Etat-continent

On n’épiloguera pas ici interminablement sur le programme de la France Insoumise, qui donne une coloration étatiste et sociale à des thèmes que l’on retrouve par ailleurs au Rassemblement National, à une différence près. Le Rassemblement National propose ouvertement une Europe des nations, avec au fond assez peu de mécanismes sociaux. La France Insoumise propose une Europe des peuples qui serait unifiée par une cascade de dispositifs sociaux plus ou moins protecteurs. Dans les deux cas, le marché unique prendrait fin.

Le programme de la France Insoumise est probablement l’un des moins bavards et l’un des plus opérationnels de la campagne. Il est touffu et riches en propositions qui illustrent une véritable créativité de l’équipe qui l’a rédigé (en particulier Charlotte Girard, qui s’est finalement mise en retrait de la campagne).

Marché unique: la fin de la libre concurrence

Sans surprise, la France Insoumise propose de balayer le principe de libre concurrence, que ce soit au sein du marché intérieur ou dans les relations de l’Union avec ses partenaires. Ainsi, on retrouve des propositions comme:

Refuser l’ouverture à la concurrence et la privatisation des services publics, abroger les paquets ferroviaires et énergie, garantir la maîtrise publique des activités d’intérêt général et de souveraineté.

Permettre le maintien des monopoles publics (SNCF par exemple) et l’attribution de la gestion de services publics sans mise en concurrence (barrages hydroélectriques etc).

Stopper les politiques d’austérité budgétaires pour financer les services publics partout (école, santé, accueil des personnes âgées etc).

Autoriser les aides d’État aux secteurs stratégiques sans blocage de la Commission européenne.

Ces propositions illustrent le hiatus entre l’Europe sans frontières ni barrières telle qu’elle a été conçue par ses fondateurs, et le retour aux barrières de fait proposées par la France Insoumise.

Politique monétaire: la fin de l’euro

Sans le dire ouvertement, la France Insoumise propose une disparition de la monnaie unique, avec ces propositions tonitruantes:

•  Mettre fin à la toute-puissance et à l’indépendance de la Banque centrale européenne, modifier ses missions et statuts pour financer l’emploi et la transition écologique, autoriser le rachat de la dette publique directement aux États et aux banques publiques d’investissement, interdire à la BCE de couper les liquidités à un État membre comme elle l’a fait en Grèce et à Chypre.

•  Combattre les réformes structurelles contre par exemple le droit du travail ou l’âge de la retraite et refuser les plans d’austérité par l’UE ou le Mécanisme européen de stabilité.

• Organiser une conférence européenne sur les dettes souveraines sur la base d’audits citoyens et débouchant sur des moratoires, une baisse des taux d’intérêt, des rééchelonnements ou annulations partielles.

Là encore, ces propositions se passent de commentaires… excepté un seul: ce programme conduirait à une implosion très rapide de la zone euro.

Rôle des institutions: l’initiative législative au Parlement

Sur ce point, la France Insoumise se rapproche de ses rivaux. Tous proposent en effet l’initiative législative au Parlement européen. Voici ce qu’écrit la France Insoumise:

Exiger qu’une révision des traités établisse le pouvoir d’initiative des actes législatifs européens au Parlement européen.

La France Insoumise opte donc pour une révision des traités…

Immigration: un jeu à guichet ouvert

A rebours des autres partis, la France Insoumise assume une politique immigrationniste.

Arrêter la guerre aux migrants, permettre à chacun de « vivre et travailler au pays »

Toutefois, il est cocasse de noter que cet objectif passe par des choix politiques proches du Rassemblement National: création d’une coopération européenne renforcée, sortie de Schengen, protectionnisme économique.

Le plus: un étatisme sans frein

On notera enfin que sur les autres sujets, notamment l’écologie, la France Insoumise propose une impressionnante collections d’interventions publiques qui composent un véritable étatisme européen. Deux propositions (parmi de nombreuses autres) illustreront ce propos:

Généraliser l’importation de produits issus du commerce équitable garantissant notamment un prix minimum aux producteurs par des mécanismes contraignants (quotas, normes, taxes).

Accompagner la population d’Andorre pour se libérer du prince-évêque nommé par le Vatican, qui bloque le droit à l’IVG.

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