mer. Juil 8th, 2020

Maffesoli : la pandémie de coronavirus ou comment disparaît le mythe rationaliste du progrès

Michel Maffesoli revient pour nous sur la crise du coronavirus, qu'il présente comme une crise de civilisation. À l'égal de la peste justinienne qui avait annoncé la décadence romaine, ou de la Grande Peste de 1348 qui a précipité la fin du Moyen-Âge, le coronavirus amène avec lui la mort du rationalisme progressiste dominant depuis Descartes.

Au-delà de nos humeurs, craintes, convictions, réactions, consentement, toutes choses étant de l’ordre de l’opinion, il convient d’aller à l’essentiel. C’est-à-dire, qu’au-delà des apparences, ce que le poète nomme bellement « le clapotis des causes secondes », revenir à l’être des choses. En-deçà des « médiations », de ces évidences déversées ad nauseam par l’intelligentsia, revenir à ce qui est immédiatement évident. Ce que la sagesse populaire a su formuler d’une manière lapidaire : tout passe, tout casse, tout lasse !

Le coronavirus, modalité d’une crise sociétale

En la matière fin d’une Modernité en bout de course. Saturation d’un ensemble de valeurs de plus en plus désuètes.

Rappelons-nous, ici, d’une des étymologies du terme crise : « krisis » comme le jugement porté par ce qui est en train de naître sur ce qui est en train de mourir. Cela, on l’oublie trop souvent, en réduisant la crise à son aspect économique. Simple dysfonctionnement de ce que mon regretté ami, Jean Baudrillard, nommait « la société de consommation », que quelques ajustements d’ordre politique ne manqueraient pas de corriger pour le plus grand bien de tous.

C’est ainsi que l’on peut comprendre la « crise sanitaire » comme une modalité d’une crise sociétale en cours, d’un changement de paradigme bien plus profond.

En d’autres termes, la crise sanitaire comme expression visible d’une dégénérescence invisible. Dégénérescence d’une civilisation ayant fait son temps. Civilisation dont le paradigme n’est plus reconnu. La matrice de l’être-ensemble est devenue inféconde.

Le précédent d’autres épidémies comme crises de société

Le rationalisme à courte vue peut concéder qu’il s’agit là d’une allégorie quelque peu mystérieuse, voire mystique. Mais l’histoire ne manque pas d’exemples en ce sens. Il y en a même à foison. Je me contente de rappeler la grande peste corrélative de la fin de l’Empire romain. La fameuse peste « antonine » en 166, tout en causant des millions de morts, marqua le début de la décadence romaine.

C’est ainsi que l’on peut comprendre la « crise sanitaire » comme une modalité d’une crise sociétale en cours, d’un changement de paradigme bien plus profond.

Et que dire de la « peste noire », appelée également « mort noire » qui au XIVeme siècle fut corollaire de la fin du Moyen-Âge ? La Renaissance devait lui succéder. Ce que les historiens nomment Black Death exprime bien le deuil qu’il convenait de faire vis-à-vis d’un ensemble de valeurs n’étant plus en adéquation avec un nouvel esprit du temps en gestation.

Terminons-en avec la métaphore. Mais voilà fort longtemps qu’avec quelques autres, tout en subissant les foudre d’une intelligentsia apeurée, je pointe, souligne, analyse la décadence de la modernité. La fin d’un monde n’étant plus défendu que par des castes fières de leur supériorité illusoire continuant à seriner leurs fallacieuses élucubrations. Il s’agit là d’une « société officielle » de plus en plus déconnectée de la vie réelle. Et donc incapable de voir la dégénérescence intellectuelle, politique dont les symptômes sont de plus en plus évidents.

Coronavirus et dégénérescence du mythe progressiste

Dégénérescence de quoi, sinon du mythe progressiste ? J’avais montré dès 1979 que corrélativement à l’idéologie du service public, ce progressisme s’employait à justifier la domination sur la nature, à négliger les lois primordiales de celle-ci et à construire un monde selon les seuls principes d’un rationalisme dont l’aspect morbide apparaît de plus en plus évident. La Violence totalitaire[1] d’un progressisme à la fois benêt et destructeur.

J’ai dit qu’il convenait de s’attacher à l’essentiel. Le point nodal de l’idéologie progressiste, c’est l’ambition voire la prétention de tout résoudre, de tout améliorer afin d’aboutir à une société parfaite et à un homme potentiellement immortel.

Qu’on le sache ou non, la dialectique, thèse, antithèse, synthèse est le mécanisme intellectuel dominant. Le concept hégélien de « dépassement » (Aufhebung), est le maître mot de la mythologie progressiste. C’est stricto sensu, une conception du monde « dramatique », c’est-à-dire reposant sur la capacité à trouver une solution, une résolution à ce qui peut faire obstacle à la perfection à venir.

La mort est ce avec quoi il convient de s’accorder

Il est une formule de K. Marx qui résume bien une telle mythologie : chaque société ne se pose que les problèmes qu’elle peut résoudre. Ambition, prétention de tout maîtriser. C’est l’économie du salut ou l’histoire du salut d’obédience judéo-chrétienne qui, dans les grands systèmes socialisant du XIXe siècle deviennent « profanes », et vont inspirer tous les programmes politiques, gauche et droite confondues.

C’est bien cette conception dramatique, donc optimiste qui est en train de s’achever. Et, dans le balancement inexorable des histoires humaines, c’est « le sentiment du tragique de la vie » (Miguel de Unanumo) qui à nouveau, tend à prévaloir. Le dramatique, je l’ai dit, est résolument optimiste. Le tragique est aporique, c’est-à-dire sans solution. La vie est ce qu’elle est.

Plutôt que de vouloir dominer la nature, on s’accorde à elle. Selon l’adage populaire, « on ne commande bien la nature qu’en lui obéissant ». La mort, dès lors, n’est plus ce que l’on pourra dépasser. Mais ce avec quoi il convient de s’accorder.

Voilà ce que rappelle, en majeur, la « crise sanitaire ». La mort pandémique est la symbole de la fin de l’optimisme propre au progressisme moderne. On peut le considérer comme une expression du mystique pressentiment que la fin d’une civilisation peut être une délivrance et, en son sens fort, l’indice d’une renaissance. « Index », ce qui pointe la continuité d’un vitalisme essentiel !

La mort possible, menace vécue quotidiennement, réalité que l’on ne peut pas nier, que l’on ne peut plus dénier, la mort qu’inexorablement l’on est obligé de comptabiliser, cette mort, omniprésente, rappelle dans sa concrétude que c’est un ordre des choses qui est en train de s’achever.

Ce qui est concret, je le rappelle : cum crescere, c’est ce qui « croît avec », avec un réel irréfragable. Et ce réel, c’est peut-être ? réellement ? la mort de cet « ordre des choses » ayant constitué le monde moderne !

En quoi consiste la mort du monde moderne ?

Mort de l’économicisme dominant, de cette prévalence de l’infrastructure économique d’origine marxiste, cause et effet d’un matérialisme à courte vue. Outre la « société de consommation », Jean Baudrillard a fort bien montré en quoi toute la vie sociale n’était qu’un « miroir de la production ». Ce qui est la réduction d’un être-ensemble essentiel à un « étant » on ne peut plus abstrait, uniquement préoccupé par le matériel que l’on ne maîtrise plus. On ne possède plus les objets, l’on est possédé par eux !

Mort d’une conception purement individualiste de l’existence. Certes, les élites déphasées continuent à émettre des poncifs du type « compte tenu de l’individualisme contemporain », et autres sornettes de la même eau. Mais l’angoisse de la finitude, finitude dont on ne peut plus cacher la réalité, incite, tout au contraire, à rechercher l’entraide, le partage, l’échange, le bénévolat et autres valeurs du même acabit que le matérialisme moderne avait cru dépasser.

La consanguinité des élites est chose évidente. Leur endogamie est chose mortifère. Cet entre-soi est, on ne peut plus, manifeste dans les poncifs moraux dont les oligarques se gargarisent.

Même «confinés » dans leur appartement, il est intéressant de noter que les chants patriotiques ou celui du répertoire populaire, sont repris en commun. Et ce afin de conjurer, collectivement l’angoisse propre au sentiment de finitude et, ainsi, d’exprimer la solidarité devant la mort.

Encore plus flagrant, la crise sanitaire signe la mort de la mondialisation, valeur dominante d’une élite qui, toutes tendances confondues, reste obnubilée par un marché sans limite, sans frontière où, là encore, l’objet prévaut sur le sujet, le matériel sur le spirituel.

Souvenons-nous de la judicieuse expression du philosophe Georg Simmel, rappelant que le bon équilibre de toute vie sociale est l’accord devant exister entre le « pont et la porte ». Le pont nécessaire à la relation, et la porte relativisant cette relation afin d’accéder à une harmonie bénéfique pour tout un chacun.

Valorisation du localisme, fin de la modialisation

Cette mondialisation à outrance est, c’est difficile à le reconnaître, l’héritage de l’Universalisme propre à la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle. Et la saturation d’un tel état de choses va valoriser le localisme. Ce que l’École de Palo Alto, en Californie, a nommé avec justesse, la « proxémie ». C’est-à-dire l’interaction existant entre l’environnement naturel et l’environnement social.

Ce que j’ai appelé « Ecosophie », sagesse de la maison commune, ou, en termes plus familiers, reconnaître que « le lieu fait lien ». Toutes choses rappelant qu’à l’encontre du leitmotiv marxiste : « l’air de la ville rend libre », formule archétype du déracinement, la glèbe natale retrouve une force et vigueur indéniables.

Enracinement dynamique rappelant que, comme toute plante, la plante humaine a besoin de racines pour pouvoir croître, avec force, justesse et beauté ! Ainsi face à la mort on ne peut plus présente, est rappelé la nécessité de la solidarité propre à un « idéal communautaire » que certains continuent à stigmatiser en le taxant, sottement, de communautarisme. `

Certains ? Qui sont-ils ? Tout simplement ceux qui ayant le pouvoir de dire et de faire, continuent à défendre bec et ongles l’économicisme, l’individualisme, le mondialisme, le matérialisme dont il a été question.

Consanguinité des élites et poncifs

La consanguinité des élites est chose évidente. Leur endogamie est chose mortifère. Cet entre-soi est, on ne peut plus, manifeste dans les poncifs moraux dont les oligarques se gargarisent. Lieux-communs cachant mal, leur culte atavique de l’argent, leur orthodoxie économiciste et leur célébration d’une échelle de valeurs de fait dépassée. Tout ceci à coup d’incantations : démocratie, valeurs républicaines, laïcité, progressisme, etc.

Tout cela s’exprimant dans des formules alambiquées où les esprits aigus et le bon sens populaire repèrent aisément les amphibologies et les cercles vicieux. Formules stéréotypées ne traduisant que l’essence de leurs pratiques et le fondement de leur désir profond, celui d’une « suradministration » leur assurant un pouvoir indépassable sur un peuple indécrottablement débile.

Ces élites ayant oublié que commander c’est servir. Ce que traduit l’adage exprimant au mieux la cohésion sociale : regnare servire est. En bref, l’équilibre devant exister entre la puissance de l’instituant et le pouvoir de l’institué, c’est-à-dire des institutions économiques, politiques, sociales.

C’est parce qu’elles ne saisissent pas que la mort quotidienne, se rappelant à notre bon souvenir, signe inéluctablement la mort de la matérialiste civilisation moderne, qu’il va y avoir ce que le sociologue Vilfredo Pareto nommait, justement, la circulation des élites.

Pourquoi et comment y a-t-il une circulation des élites ?

Circulation qui, Internet aidant, prend acte de la mort de la verticalité du pouvoir au profit de l’horizontalité de la puissance sociétale. Je l’ai souvent rappelé, la postmodernité n’est rien d’autre que la synergie de l’archaïque et du développement technologique. Autre manière de dire le retour du partage, de l’échange, de la solidarité et autres valeurs premières, fondamentales que la paranoïa des élites modernes avait cru, dialectique aidant, pouvoir « dépasser ».

La mort de la civilisation utilitariste où le lien social est à dominante mécanique, permet de repérer la réémergence d’une solidarité organique. Organicité que la pensée ésotérique nomme « synarchie ». Ce qu’avait également bien analysé Georges Dumézil en rappelant l’interaction et l’équilibre existant, à certains moments, entre les « trois fonctions sociales ».

La fonction spirituelle, fondant le politique, le militaire, le juridique et aboutissant à la solidarité sociétale. Ainsi, au-delà de la suradministration déconnectée du Réel, c’est bien un tel holisme que l’on voit resurgir de nos jours.

Mort du paradigme progressiste

Mais la prise en compte d’une telle synarchie organique nécessite que l’on sache le dire avec les mots étant le plus en pertinence avec le temps. Il est amusant, il vaudrait mieux  dire désolant, de lire sous la plus d’un éditorialiste bien en cour, que la situation est dramatique et quelques lignes plus loin parler de son aspect tragique.

La formule de Platon, toujours d’actualité : « la fraude aux mots » est le signe inéluctable d’une dégénérescence achevée. La conception « dramatique » est le propre d’une élite croyant trouver à tout une solution opportune. Le « tragique », bien au contraire, s’accorde à la mort. Il sait, d’un savoir incorporé, savoir propre à la sagesse populaire, vivre la mort de tous les jours.

Voilà en quoi la crise sanitaire porteuse de mort individuelle est l’indice d’une crise civilisationnelle, celle de la mort du paradigme progressiste ayant fait son temps. Peut-être est-ce cela qui fait que le tragique ambiant, vécu au quotidien, est loin d’être morose, conscient qu’il est d’une résurrection en cours. Celle où dans l’être-ensemble, dans l’être avec, dans le visible social, l’invisible spirituel occupera une place de choix.

Michel Maffesoli,

Professeur émérite à la Sorbonne, Membre de l’Institut universitaire de France

A paraître : La nostalgie du sacré, éditions du Cerf, 2020

[1] M.Maffesoli, La Violence totalitaire (1979) in Après la modernité, CNRS Éditions, 2008.

15 thoughts on “Maffesoli : la pandémie de coronavirus ou comment disparaît le mythe rationaliste du progrès

  1. Certes la société prométhéenne en prend un sacré coup sur son hubris et son illusion de toute puissance, mais je ne crois pas à la fin du « progrès » car, en beaucoup de choses, notre futur dépend de l’innovation, de l’inventivité humaine, de notre créativité individuelle et collective. D’ailleurs la chronique de M. Maffesoli est relayé grâce à l’Internet et au World Wide Web que je sache…
    Quant aux malades, et pas seulement ceux affectés par le Covid-19, ils attendent tous des médicaments pour se soigner… On espère en l’occurrence que les essais prometteurs du Pr Raoult à Marseille à partir d’un médicament anti-paludéen bien connu et utilisé efficacement depuis des décennies, se révéleront fructueux…
    Cela étant dit, cette crise, comme celles qui l’ont précédée, doit nous conduire, individuellement et collectivement, à repenser notre modèle de société, à réévaluer nos priorités, nos attentes et nos comportements.
    Nous devons réveiller nos « solidarités », en effet! Et ne pas tout attendre de la puissance publique et de la technocratie régnante qui entendent régenter notre existence pour nous apporter le bien-être perpétuel…

    1. Vous avez réduit la question au sens du progrés matériel. Si je bien compris le défaut du régard dépent justement d’une vision unilatérale. Le « progrés » doit être polivalent, cela veut dire, qu’il porte une évolution au sens espirituel, pas seulement matérialiste du probléme, sinon il ne rapporte pas une vrai évolution.

  2. à chaque crise planétaire on pense que c’est la fin d’un « paradigme » et que de cette mort doit surgir la « renaissance », le monde nouveau.
    M. Maffessoli ampoule son texte prétentieux de « comme je vous l’ai déjà dit », « je vous rappelle que je… » « je l’ai souvent rappelé »… Mais cela fait des siècles que les plus grands, et même les plus petits, obscurs tacherons de la pensée, mais néanmoins Hommes, martèlent les mêmes mises en garde, énoncent les mêmes prophéties… Et le scénario s’adapte, mais ne varie guère, les mêmes causes produisant les mêmes effets.
    En dehors des améliorations logistiques, ne pourrait-on attendre de la part des « grands penseurs » dont M. Maffessoli se targue de faire partie, une autre vision du monde ? Avec plus d’amour, plus de joie, plus de beauté ? Et comment y parvenir ?
    Détendez-vous M. Maffessoli, même s’il est difficile pour un homme comme vous de « demeurer seul en repos dans votre chambre ».

    1. Je suis dans la belle solitude de mon petit village natal. Lecture. Écriture. Méditation.Plaisir d’être. Ne connaissant pas votre oeuvre, je ne peux pas me prononcer sur ce que vous dites ou écrivez. Mais je suis sûr que c’est de grande qualité.
      Mon nom, hérité de mon grand-père et de mon père mineurs de fond, s’écrit avec un seul « s » : Maffesoli

    2. Je pense qu’elle manque un peu d’ouverture d’esprit et d’imagination dans ses propos.Les humoristes dirait le niveau ne dépasse pas la circonférence de son cerveau.

  3. Je me permets de faire une similitude avec un sujet mathématique, celui de la cinématique, puisque l’évolution d’une civilisation est en fait fonction de temps t:
    La crise sanitaire causée par le Covid-19 vient de nous rappeler que la « trajectoire » d’une civilisation ne pourrait pas toujours être régulière et n’admettant exceptionnellement que des points stationnaires, il pourrait survenir de temps en temps que l’on traverse des points de rebroussement, pas nécessairement de deuxième espèce, lequel est un vrai retour en arrière, mais exactement et seulement de première espèce, qui exige un changement de direction et d’orientation.
    C’est le cas ici, comme l’a présenté Mr Maffesoli dans cet article.
    A différents degrés d’échelle, du simple individu à la communauté locale, puis internationale, chacun doit envisager ces moments de crise comme une opportunité pour prendre conscience ce qui nous relie profondément à soi-même, aux autres, au monde,voire l’univers dans son immensité et incommensurabilité.
    L’importance excessive, de plus en plus généreusement accordée à une poignée de personnes parmi nous (artistes, footballeurs, animateurs de TV,…), à certains états, régions et nationalités (USA, entre autres), à certains établissements et organismes (ONU, G-20, G-5, FIFA, Eglises et autres lieux de cultes, …), serait remise en question et devrait faire place à d’autres alternatives, moins injustes et plus durables, en axant sur le « local » ou « pôle » au sens mathématique du terme et favoriser la proximité aussi bien au niveau des liens et relations humaines qu’au niveau du spatio-temporel. (Pour ce dernier niveau, il faudrait cesser de chasser/expulser/déposséder les vivants contemporains à cause de certaines très anciennes histoires, par exemple, et qui n’ont aucune pérennité, ni aucun impact positif sur l’humanité toute entière si ce n’est manifester une arrogance et chercher de la super-puissance au détriment des autres )
    Personnellement, avec l’âge, j’ai compris que je ne serai jamais à l’abri d’une crise d’identité, si je ne pourrai jamais répondre aux questions que je me pose toujours: Qui suis-je au juste? Qu’est-ce que j’attends en fait de cette vie? Quelles sont les intentions réelles que je nourris?
    Bref, c’est un tournant que l’on vient de rencontrer! Passé cet épisode de pandémie, le monde ne sera certainement pas le même, les individus non plus. Encore faut-il être conscient que la Santé, la Recherche Scientifique dans son plus strict sens, l’Enseignement et l’Education doivent être prioritaires et toujours une affaire de chaque ETAT, … Le capitalisme, la mondialisation, le droit international auquel ne se soumettent que les plus faibles doivent faire partie d’une ère passée…

  4. (( Aux modérateurs du site, ayez l’aimable gentillesse de supprimer mon précédent commentaire que je viens de réviser et corriger, et le remplacer par le texte suivant. Merci))

    En guise de préambule, je me permets de faire une petite similitude avec un sujet mathématique, celui de la cinématique, puisque l’évolution d’une civilisation est en fait fonction de temps t:
    La crise sanitaire causée par le Covid-19 vient de nous rappeler que la « trajectoire » d’une civilisation ne pourrait pas toujours être régulière en n’admettant exceptionnellement que des points stationnaires. Il pourrait survenir de temps en temps que l’on soit contraint de traverser des points de rebroussement, pas nécessairement de deuxième espèce, lequel est un vrai retour en arrière comme le souhaite les salafistes, pire encore daech, mais exactement et seulement de première espèce, qui exige un changement de direction et d’orientation, comme fut de par le passé le passage du moyen-âge à la « renaissance » ou aux « années des lumières  » suite aux épidémies dont la peste noire.

    A différents degrés d’échelle, du simple individu à la communauté locale, puis internationale, chacun doit envisager ces moments de crise comme une opportunité pour prendre conscience de ce qui nous relie profondément à soi-même, aux autres, au monde, voire l’univers dans son immensité et incommensurabilité.
    L’importance excessive, de plus en plus généreusement accordée, suivie d’une reconnaissance ou admiration non méritée en fin de compte, à une poignée de personnes parmi nos contemporains (artistes, footballeurs, animateurs de TV, oulémas, prêcheurs, politiciens, …), à certains états, régions et nationalités (USA, Israël, l’Occident, entre autres), à certaines institutions et organismes (ONU, G-20, G-5, FIFA, AlAzhar, Eglises et autres lieux de culte …), serait remise en question et devrait faire place à d’autres alternatives, moins injustes et plus durables, en axant sur le « local » ou « pôle » au sens mathématique du terme et favoriser la proximité aussi bien au niveau des liens et relations humaines qu’au niveau du spatio-temporel. (Pour ce dernier niveau, il faudrait ne plus permettre de chasser/expulser/déposséder les vivants contemporains, ni continuer à faire valoir un incident/calamité subi(e) par un peuple donné ou qui se proclame « élu » (!) à cause de certaines très anciennes histoires, par exemple, et qui n’ont aucune pérennité, ni aucun impact positif sur l’humanité toute entière si ce n’est que manifester une arrogance et chercher de la super-puissance au détriment des autres )
    Personnellement, avec l’âge, j’ai compris que je ne serai jamais à l’abri d’une crise d’identité, si je ne pourrai jamais répondre aux questions que je me pose toujours: Qui suis-je au juste? Qu’est-ce que j’attends en fait de cette vie? Quelles sont les intentions réelles que je nourris?
    Bref, c’est un tournant que l’on vient de rencontrer et qu’il faut impérativement surmonter ! Passé cet épisode de pandémie plus ou moins long, avec éventuellement beaucoup de « dégâts », le monde ne sera certainement pas le même, les individus non plus. Encore faut-il être conscient que la Santé, la Recherche Scientifique dans son plus strict sens, l’Enseignement et l’Education doivent être prioritaires et toujours une responsabilité de l’ ETAT, … Le capitalisme, la mondialisation, la globalisation et dans un autre registre, le droit international auquel ne se soumettent que les plus faibles doivent faire partie d’une ère révolue …
    En tout cas, il est niais celui qui croirait que ce qui est entrain de se passer, est une discontinuité ou un choc perturbateur au niveau global de l’évolution du rapport Homme/Nature, encore moins que c’est le commencement de la fin du monde dont beaucoup d’esprits sont hantés…

  5. Je dois vous dire, Monsieur, que je lis vos textes avec plaisir. Ils sont riches de culture, et puis vous êtes perspicace. Je ne vous connaissais pas il y a un mois de cela, et quand j’ai acheté votre livre, je ne sais pas pourquoi, sur quel à priori, sur quelle fausse idée, je m’attendais à des idées rebattues… mais foin de tout cela, et nous nous accordons tous deux sur la recherche du fondamental.

    Peut-être que comme moi, vous méfiez-vous de vous-même cependant. Pour ma part il m’arrive de ne pas contrôler mes pensées, dont je ne m’estime pas être l’unique émetteur, et possiblement le récepteur aléatoire… mais je n’en suis pas fier et je ne me reconnais pas toujours. Au moins un moment presque chaque jour.

    Je vous cite en ce qui concerne votre article : « Peut-être est-ce cela qui fait que le tragique ambiant, vécu au quotidien, est loin d’être morose, conscient qu’il est d’une résurrection en cours… »

    Je ressens un peu la même chose, mais il ne faudrait pas en faire des gorges chaudes, sauf si vous laissez la conscience de la « résurrection en cours « devenir une fois de plus conscience d’une chimère et puis même plus conscience de rien du tout.

    « …Celle où dans l’être ensemble, dans l’être avec, dans le visible social, l’invisible spirituel occupera une place de choix. »

    Pour qu’il occupe une place de choix, il lui faut d’abord du renoncement à la pensée, du temps offert. Donc surtout pas d’idéalisme sur une remarque juste, elle ne tarderait pas à se faner. Car nous vieillissons de notre pensée seule, il me semble.

    Si nous cherchons l’ invisible et grâce et en rupture avec ce qui fatigue et tourmente (il n’ y a pas d’autre recette que celle que nous découvrirons), alors nous trouvons plus d’un être.

    C’est alors que le temps rayonne, et que la pensée touche juste. En fait, il importe peu en comparaison avec la puissance spirituelle, que nous soyons dans l’action. Mais il se trouve que nous sommes quand même dans l’action, simplement pour la faire aussi belle qu’Elle.

  6. Merci, cher ami, de vos riches et judicieuses remarques témoignant qu’un chemin de pensée, au-delà de tout dogmatisme,est toujours une dynamique en devenir. Je ne sais à quel de mes livres vous faites référence. D’une manière plus fouillée je développe le retour du tragique dans « L’instant éternel », et , bien sûr dans « La nostalgie du sacré » ( Cerf) , qui devait paraître le 2 avril et sera , bien entendu , retardée ( mais disponible dés fin du mois, sur le site FNAC).
    Continuons donc à échanger. Amicalement.

  7. Monsieur,
    Nous nous sommes rencontrés dernièrement, et je vous avoue très sincèrement n’avoir jamais lu vos écrits.
    L’une de mes amies m’a fait suivre ce texte, il suscite mon intérêt sur un point particulier.
    je vous site : « Il s’agit là d’une « société officielle » de plus en plus déconnectée de la vie réelle. Et donc incapable de voir la dégénérescence intellectuelle, politique dont les symptômes sont de plus en plus évidents ».
    Adepte de l’intelligence émotionnelle et je suis particulièrement intéressé par la manière dont l’individu se met en relation avec lui-même, avec ses propres émotions, ce qui lui confère à mon sens, une certaine capacité à se connecter à la vie réelle et surtout aux autres.
    Sans me renvoyer à l’un de vos écrits sans doute d’excellente qualité, pourriez-vous nous écrire ce que vous voulez dire par  » déconnectée de la vie réelle » et surtout nous dire à quel moment de votre existence l’avez-vous ressenti et comment ?
    Merci pour votre sincérité.

    1. Cher ami, c’est difficile de demander à un auteur de ne pas « envoyer à une de ses publications » !!D’une manière récurente je montre, en effet qu’il existe un décalage important entre les « élites » et le peuple. Le « pouvoir » politique étant en déphasage avec la « puissance » populaire. D’où les multiples soulèvements et insurrections des peuples dans de nombreux pays. Il faut noter qu’un tel désaccord se produit à chaque fin d’époque ( chaque 3/4 siècle. Ce qui est actuellement le cas: saturation des valeurs propres à la Modernité. Je vous renvoie ( mille excuses) à deux de mes livres qui développe cela: 1) « La faillite des élites » ( poche, Ed du Cerf. septembre 2019). 2) « La force de l’imaginaire » ( Ed Liber, avril 2019. Bien amicalement

  8. Bonjour
    J’aimerais faire quelques remarques / questions au sujet de votre analyse, qui, si elle n’est pas radicalement novatrice, est synthétique et assez convaincante.
    Je m’interroge sur le tragique que vous semblez voir réapparaître, issu d’une « sagesse populaire ». Si la mondialisation, ou un certain « progressisme » semble bien pouvoir être attribuée aux élites, il me semble que le refus du fatalisme – une vision dramatique donc selon vous – est plutôt une vision prédominante. Peu de gens semblent se résigner à laisser mourir des centaines de milliers de personnes, encore moins des proches, acceptant qu’une mort prématurée puisse enlever tant de vies humaines. Partout dans le monde, d’importants confinements sont mis en place et les gens acceptent d’importantes restrictions de liberté. La comparaison avec d’autres épisode pandémiques (1968 notamment) montre que la résignation est bien moins acceptée aujourd’hui.

    Par ailleurs, j’aimerais connaître votre avis sur les moyens de parvenir à cette société holiste, plus spirituelle sans renoncer à la technologie, qu’il me semble vous appelez de vos voeux. Suffit-il de laisser passer le cours des choses ? N’est-ce pas un risque de voir émerger des formes de chaos ?

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