25 octobre 2020

Le courrier des stratèges

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Hydroxychloroquine : l’étrange trahison d’un gouvernement profond sous influence américaine

Pour des raisons qui mettront peut-être beaucoup de temps à être éclaircies, l’hydroxychloroquine a suscité une surréaction de haine, de mépris et de déni dans les élites françaises. Je ne citerai pas ici la liste des commentaires fielleux que j’ai reçus, après un article sur le sujet, de la part d’universitaires incrémentés dans le mandarinat (dont on sait qu’il est fondé sur la flagornerie et le vice bien avant d’être fondé sur la reconnaissance des compétences), de managers à la tête de grandes entreprises contrôlées par des fonds américains, et d’autres petits marquis de la bien-pensance qu’une politesse un peu naïve m’interdit de citer.

Toutes ces manifestations de haine au quotidien surviennent pour peu qu’on prononce le mot « d’hydroxychloroquine » sans ajouter immédiatement qu’une sous-étude issue d’un dispensaire pour anciens combattants du Wyoming (basée sur 12 cas que personne n’a vérifiés) soutient qu’il s’agit d’une recette plus dangereuse que le Zyklon B. Ou pire : pour peu qu’on écrive Didier Raoult sans ajouter séance tenante qu’il est un voyou pire que Mesrine et Mandrin réunis. Cela fait trente ans que je fréquente les élites parisiennes, et depuis tout ce temps, je me pique d’avoir appris une chose : quand elles surréagissent de cette façon, c’est qu’il y a un lézard dans le potage, ou une couille sous le rocher. 

Hydroxychloroquine et principe de précaution

Récemment donc, j’avais écrit qu’au nom du principe de précaution, la France devrait mieux traiter l’hydroxychloroquine. Sans préjuger de son efficacité ou pas, il est un fait que 80% des médecins (selon le Quotidien du Médecin) sont prêts à l’utiliser pour se prémunir eux-mêmes contre le virus. Je veux bien croire qu’il y ait beaucoup de crétins parmi les médecins, mais j’ai la faiblesse de penser que, même s’ils appartiennent à cette triste catégorie, ils ne sont pas suffisamment idiots pour tester sur eux-mêmes un médicament qui serait manifestement nocif. 

Cela ne signifie pas (j’insiste à nouveau, même si je sais que les grands inquisiteurs qui ont mis à l’index Didier Raoult nieront avoir lu ce passage) que l’hydroxychloroquine soit efficace. Cela ne signifie pas non plus que 80% des médecins la jugent efficace. Cela signifie simplement qu’il faut donner à ce médicament une chance que nos élites lui ont refusée d’emblée avec une intolérance sur laquelle le Guide de la Révolution Islamique en Iran, l’ayatollah Khomeini, aurait aimé compter chez ses Pasdaran. 

J’ai beaucoup ri en découvrant que le ministère des Armées, où il existe encore des officiers généraux soucieux de la santé des soldats, avait tenu le même raisonnement. Dans le doute, ils ne se sont pas abstenus de commander des doses de ce produit bien connu, quoi qu’en disent ses détracteurs. Cette décision me paraît la meilleure réponse à tous ceux qui sont prêts à dresser un bûcher dès que le nom de Raoult est prononcé dans une conversation. 

Mais on voit bien que, sur l’hydroxychloroquine, des considérations extérieures à la simple raison ont déterminé la doctrine de nos élites. Jusqu’à faire triompher un esprit d’intolérance qui soulève des questions. 

Le gouvernement profond est allé loin sur l’hydroxychloroquine

Il se trouve qu’en France les élites, et singulièrement leur bras armé qui s’appelle les élites administratives, forment un gouvernement profond qui a la faculté d’interpréter le droit dans un sens qui l’arrange et qui défend ses intérêts. Depuis le début de l’affaire de l’hydroxychloroquine, ce gouvernement profond ne ménage ni son temps ni sa peine pour faire barrage à la solution du maléfique Raoult, ni pour garder le contrôle de la situation. 

Ainsi, on mettra dans le même panier trois décisions fort contestables du Conseil d’État, centre névralgique de ce gouvernement profond, qui illustreront mon propos.

La première date du 17 avril 2020. Elle interdit au maire de Sceaux de rendre obligatoire le port du masque dans sa commune. Elle est rendue au nom de la liberté d’aller et venir. On voit bien ici quel soutien abusif le Conseil d’État a apporté au pipeau gouvernemental sur l’inutilité du port du masque, qui sera battu en brèche dans quelques semaines, lorsque la reprise de l’épidémie imposera le port du masque dans l’espace public. Nous citons ci-dessus les propos sans ambiguïté du Conseil d’État : seul le gouvernement peut prendre une mesure de santé publique comme l’obligation de porter le masque. Et tant pis si la science recommande cette obligation et que le gouvernement est défaillant… On fait front !

La deuxième date du 22 avril 2020. Elle refuse de suspendre le décret limitant la prescription de l’hydroxychloroquine pour traiter le coronavirus. Là encore, le Conseil d’État a rendu un arrêt très politique, considérant que les restrictions imposées à ce produit en France ne supportaient pas de « doute sérieux quant à leur légalité ». Quel est le critère du sérieux ici ? Le Conseil d’État n’a pas jugé utile de l’expliquer clairement, de telle sorte qu’on en déduit que son argument de fond est celui du : « c’est comme ça, et c’est pas autrement ». 

La troisième date du 30 avril 2020. Elle ordonne au gouvernement, et spécialement au ministre de l’Intérieur, de reprendre l’enregistrement des demandes d’asile en Ile-de-France. Ici, le Conseil d’État a pris le temps de compter les effectifs aux guichets pour vérifier les conditions dans lesquelles les demandes d’asile pouvaient ou non être enregistrées. Ce contrôle rigide obéissait à la dénonciation d' »une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale ».

Le motif étonne, car l’atteinte à la liberté fondamentale semble être une donnée à géométrie très variable au Conseil d’État. Lorsqu’elle concerne les demandeurs d’asile, elle fait l’objet d’une étude scrupuleuse. Lorsqu’elle concerne un citoyen établi qui souhaite endosser le risque de l’hydroxychloroquine pour se soigner, il n’est plus de liberté fondamentale qui vaille. Pas plus qu’un maire n’a le droit d’exercer sa compétence générale sur sa commune lorsque la raison d’État appelle à d’autres considérations. 

Des droits pour les minorités, des devoirs pour la majorité. 

Les intérêts de Gilead sont-ils au coeur de cette farce ?

Le gouvernement profond adore légitimer l’arrogance de ses décisions unilatérales au nom de la rationalité. Il y aurait d’un côté, la raison, dont il serait le gardien et le détenteur, et d’un autre côté, les différentes formes de folie, comme le populisme, le souverainisme, le nationalisme, et tout un tas de doctrines GiletsJaunisables qui doivent être combattues sans ménagement. Mais dans l’affaire de l’hydroxychloroquine, les contorsions intellectuelles et les outrances verbales ont atteint un tel volume de mauvaise foi que plus aucun esprit raisonnable ne peut les prendre au sérieux, ni ne peut être dupe de leur inspiration prétendument rationnelle. 

Comment ne pas être troublé quand on s’aperçoit que la même irrationalité domine Wall Street, en ce moment, où les indices boursiers flambent alors même que l’économie s’effondre? Or il se trouve que cette flambée s’explique facialement par les promesses que le laboratoire pharmaceutique Gilead suggère sur l’efficacité prétendue du Remdesivir. Nous sommes revenus à plusieurs reprises sur cette étrange flambée des cours justifiée par des communiqués toujours opportuns de Gilead sur le médicament qu’il aurait mis au point. 

Il se trouve que les dirigeants de Gilead, qui mettent beaucoup d’argent dans la communication et le lobbying, sont confrontés à un dilemme. Le développement du Remdesivir leur a coûté et leur coûte encore beaucoup d’argent. Mais le médicament s’est montré inefficace contre la fièvre Ebola pour laquelle il avait été initialement conçu. Et la Chine a officiellement déclaré qu’il était inefficace contre le coronavirus. Malgré un marketing intense, le laboratoire a du mal à cacher que les résultats à ce stade sont peu probants. 

On rappellera que le Remdesivir comme l’hydroxychloroquine, sont testés dans l’essai clinique Discovery, dans des conditions que nous avons déjà discutées. Or, alors que cet essai utilise l’hydorxychloroquine à mauvais escient, aucun résultat n’a à ce stade (plus de six semaines après son lancement…) percé sur les méfaits prouvés de cette molécule, ni sur les bienfaits du Remdesivir. 

Fascination du gouvernement profond pour les USA

Il n’est pas dans mes intentions d’affirmer qu’il existe un lien direct entre l’activisme de Gilead pour sauver sa solution coûteuse, et la détermination du gouvernement profond, en France, à torpiller l’hydroxycholoriquine. Je reviendrai tout à l’heure sur ce point. 

En revanche, il est évident que l’irrationalité des élites françaises est telle que sa fascination poétique, esthétique, fantasmatique, pour une grande corporation mondialisée des gens intelligents (à laquelle elle se figure appartenir) lui rend spontanément le Remdesivir beaucoup plus sympathique et crédible que la désuette hydroxychloroquine que tous les expatriés prennent depuis des années pour éviter le paludisme. 

Parce que vous comprenez, il y a deux mondes.

Il y a le monde de la start-up nation, qui parle couramment anglais, qui croit dur comme fer que Jésus va bientôt descendre dans la Silicon Valley pour multiplier les processeurs, qui ne parle qu’en jargon techniciste pour montrer qu’il est hype, qu’il dans le grand courant de ce monde, qu’il est international, qu’il est cosmopolite. On se souviendra ici des propos du fils d’André Glucksmann, choisi par le PS dans la course aux européennes, qui avait déclaré qu’il se sentait mieux à New York ou à Berlin qu’en Picardie. Pour tous ceux-là, le Remdesivir, c’est moderne, c’est l’avenir, c’est l’espérance, parce que ça parle anglais, parce que c’est fabriqué aux States, parce que c’est financé par les grands fonds qui allument des étoiles dans les yeux de tous nos hauts fonctionnaires qui connaissent l’entreprise par les livres ou par les directions d’affaires publiques qui les recrutent pour avoir accès à bon compte à leur carnet d’adresses.

Puis il y a le monde de l’hydroxychloroquine, la pilule inventée il y a 70 ans pour partir en Afrique, chez les Noirs, chez les pauvres, chez les crève-misère. Et cette solution-là est portée par un mec qui s’appelle Didier, qui a des cheveux longs dégueulasses et un style grande gueule qui donne une crampe au périnée de toutes les bonne bourgeoises parisiennes qui fleurissent en pot dans les salons du Gros-Caillou. Pour un peu, on découvrira bientôt que l’hydroxychloroquine peut être fabriquée en Picardie, là où le fils Glucksmann et sa concubine Léa Salamé ne veulent jamais mettre les pieds, parce qu’on y croise plein de Didier, plein de mecs aux cheveux longs. 

Il n’y a pas de complot, il n’y a que de la connerie et de la peur

La question qui se pose maintenant est de savoir si le combat mené par le gouvernement profond contre l’hydroxychloroquine est consciemment attaché à la préférence pour un produit américain contre un produit français, ou s’il relève seulement de la fascination idiote pour ce qui est hype, et de la peur tout aussi idiote pour ce qui ramène au Gaulois réfractaire. 

Sur ce point, je voudrais d’abord décevoir un certain nombre d’esprits tourmentés en affirmant que je ne crois pas au complot. Je l’ai déjà écrit, le gouvernement profond, c’est une coterie, c’est un ensemble polymorphe, relativement déconcentré, souvent parcouru par de vraies oppositions idéologiques internes, uniquement uni par ce que Marx appelait l’intérêt de classe. Croire qu’une consigne aurait été passée pour servir Gilead, qui aurait été suivie par une armée obéissante n’a pas de sens. 

En revanche, le réflexe collectif de haine contre le dissident Raoult est allé suffisamment loin pour que des proches du pouvoir s’attendent à en subir des conséquences pénales. Lorsque le gouvernement profond se dit qu’il est allé trop loin au point de relever de la justice populaire, c’est que la logique de caste a probablement prononcé un bannissement explicite contre l’hydroxychloroquine, comme elle sait si bien le faire contre tous ceux qui lui contestent sa prééminence. 

Incontestablement, dans le fonctionnement inconscient des ânes qui nous gouvernent (pour paraphraser l’excellent Charles Gave), le mépris et la haine pour Raoult sont allés de pair avec une fascination pour les intérêts américains. 

C’est sur ce dernier point que le notion de complot pourrait avoir plus de sens. Souvenez-vous qu’il y a un an, Emmanuel Macron dénonçait un gouvernement profond qui l’empêchait de discuter avec Poutine et qui servait les intérêts de l’OTAN. Il faudrait peut-être lui demander, à Emmanuel Macron, plus de renseignements sur ce qu’est ce gouvernement profond si attentif aux intérêts américains. Je ne doute pas que ses explications seraient très instructives.