20 octobre 2020

Le courrier des stratèges

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Le paiement sans-contact passe de 30 € à 50 € : qu’est-ce que cela « cash » !

par Stéphane Bourhis

Consultant en communication et réseaux d'influence

Officiellement, la mesure est pratique et est presque présentée comme une « extension » des gestes « barrière ». Le paiement sans-contact passe donc de 30 € à 50 €. La mesure s’inscrit dans une recommandation que l’on voit fleurir dans l’ensemble des petits commerces. Que cache cette mesure ? Et si elle s’inscrivait dans une lente guette contre l’argent liquide, et celui qui généré au cœur des brocantes, ventes en ligne, échappe au contrôle et aux taxes.

Le Ministère de l’Économie, la Fédération bancaire française et le GIE Cartes Bancaires CB, ont ainsi franchi le pas et annoncé le passage à 50 € pour le 11 mai, journée départ d’une libéralisation des mesures de confinement. Cet alignement sur ce qui est presque la norme dans le reste de l’Europe est-il si innocent que cela ?

Sos monétique en détresse ?

La réponse est naturellement non. 

D’abord, les Français bloqués chez eux n’ont pas consommé, fut-ce en ligne. Autant dire que l’activité monétique a été la première victime collatérale de la pandémie liée au Covid 19. Ensuite, la chute du tourisme a provoqué celle de l’utilisation des cartes internationales dans l’ensemble des grandes villes françaises.

« Les Français sont bloqués chez eux mais ne consomment même pas en ligne. D’après des données collectées par le GIE Cartes bancaires, les paiements par carte bancaire ont baissé de 15 % sur les sites d’e-commerce en France entre le 16 et le 22 mars 2020, soit durant la première semaine du confinement. Rien d’étonnant puisque de nombreux sites ont cessé temporairement leurs activités suite à l’annonce d’Emmanuel Macron. Le commerce en magasin hors alimentaire fait aussi grise mine, sans grande surprise. Le groupement CB a observé un effondrement progressif sur la semaine du 16 mars avec un record le samedi 21 mars : -50 % de paiements en magasin par rapport au même samedi en 2019 » pouvait-on même lire sur le site du Journal du Net. On comprendra donc que les revenus des acteurs et faiseurs du monde monétique ont donc chuté.

Pour relancer l’usage des cartes de paiement. Il fallait donc installer ce mode comme une norme incontournable. Très vite, réseaux et articles de presse, ont donc diffusé une bonne parole autour de supposées « bonnes pratiques ».

La Fake News sur les pièces et les billets de banque

Ainsi, dès la mi-mars, les articles anxiogènes foisonnaient. « Si les lieux publics « non indispensables » sont fermés depuis dimanche 15 mars, les commerces alimentaires restent ouverts. Or, l’argent liquide peut être une source de transmission du coronavirus, selon des études. Le meilleur moyen de s’en prémunir reste les gestes barrières et le paiement sans contact » affirmait, parmi d’autres, le quotidien 20 Minutes. Dès le 12 mars, on pouvait lire dans les colonnes du Monde : « Impossible de régler en pièces et billets à la tour Eiffel, aux billetteries comme dans ses boutiques et restaurants : depuis lundi 9 mars, seuls les paiements par carte bancaire sont acceptés ».

Des nombreux autres articles reproduisaient, eux, les propos de la Banque de France : « Comme pour la grippe saisonnière et comme sur toute autre surface, les gouttelettes respiratoires d’une personne infectée déposées sur un billet pourraient survivre pendant une période limitée, mais pas significative pour être un vecteur majeur de transmission ».

« Le risque d’être infecté par le nouveau coronavirus (Covid-19) en touchant des objets, notamment des pièces de monnaie, des billets de banque ou des cartes de crédit, est très faible » finit par déclarer l’Organisation Mondiale de la Santé.

Mais le buzz était lancé. Dans l’ensemble des commerces ouverts, l’incitation au paiement sans contact était largement diffusée. Et la nécessité « sanitaire » de s’installer chez les petits commerçants conquit les esprits…

À qui profite le Buzz ?

Au-delà de cette mesure « sanitaire », les pièces, les billets forment ainsi ce que l’on nomme encore le liquide, le cash. Autant d’espèces que banques et État semblent espérer faire disparaître en se servant de tous les arguments possibles.

Un Etat qui ne se rend pas compte qu’il frappera ses classes populaires et que la disparition d’une monnaie – 20 ans après le Franc – incarnerait, à la fin, la perte totale d’un des derniers symboles de la souveraineté. 

Ainsi, si le Coronavirus favorise aujourd’hui la dématérialisation de la monnaie. 

Ayons cependant en tête qu’il suffirait, dans un monde économique totalement dématérialisé, d’un autre virus, informatique celui-là, pour bloquer toute une économie et faire disparaître l’argent au profit de monnaies et d’archéo-valeurs, à l’instar de l’or.

Voilà pourquoi sans doute, ceux qui font la guerre au cash, avancent, d’escarmouches en escarmouches plutôt que de déclarer la guerre totale.

Voilà pourquoi sans doute, ceux qui font la guerre au cash, blessent plus celui qui améliorent leur ordinaire sur e-bay ou dans les brocantes plutôt qu’ils ne tuent les exilés fiscaux et experts en blanchiment d’argent.