30 septembre 2020

Le courrier des stratèges

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Union Européenne : le marché très intéressé que l’Allemagne signe avec Macron

L’Allemagne et la France viennent de proposer un plan à 500 milliards € pour aider les États-Membres en difficulté. Angela Merkel a même ajouté que l’État-Nation n’avait pas d’avenir en Europe sous sa forme actuelle. Le plan prévoit un emprunt européen. Mais l’Allemagne devrait obtenir des compensations à long terme que nous avons déjà évoquées. 

En apparence, l’Allemagne et la France signent un projet de plan qui fait faire un immense bond en avant à une Europe en panne. Alors que, depuis plusieurs semaines, les Conseils européens se succèdent sans parvenir à se mettre d’accord sur un plan de relance européenne, le couple franco-allemand donne le sentiment d’avoir vaincu la difficulté en proposant un accord qui dégagerait, en plus des 500 milliards déjà apportés par la Commission Européenne avec différents fonds de tiroir, 500 milliards supplémentaires pour la relance de l’activité, spécialement dans les pays en difficulté. 

Pour Emmanuel Macron, l’opération donne le sentiment qu’il a convaincu Angela Merkel d’entrer dans une logique d’intégration européenne dont il était demandeur depuis longtemps, et que celle-ci contestait profondément. Pour l’Allemagne, qui occupera la présidence de l’Union à compter du 1er juillet, ce plan sera incontestablement une façon d’asseoir définitivement sa suprématie incontestable sur l’Union Européenne, alors que la Grande-Bretagne sort désormais des effectifs. 

Des subventions, pas des prêts

Notons d’abord que les 500 milliards annoncés seront des subventions directes à des projets montés dans les pays les plus touchés par la crise. L’Allemagne apportera 27% de la somme totale (alors que son industrie bénéficie de 50% des aides d’État déclarées à la Commission). En choisissant de précéder le mouvement de contestation contre son égoïsme plutôt que de l’attendre, Angela Merkel préserve donc ses intérêts fondamentaux, puisque l’Allemagne apportera environ 40 milliards € par an pendant trois ans à la solidarité européenne. 

La France aurait préféré des versements directs de ces sommes aux États demandeurs. Mais l’Allemagne, qui a cédé sur le principe de la subvention et non du prêt, a obtenu que celles-ci bénéficient à des projets ciblés. 

En outre, ces sommes seront apportées à partir d’emprunts de la Commission dont les modalités restent à définir. La France a donc obtenu que l’Allemagne mette le doigt dans un mécanisme de dettes européennes. 

Approbation à l’unanimité

Reste que l’Allemagne a inséré un sérieux tempérament dans cette opération. L’accord subordonne son entrée en vigueur à une adoption à l’unanimité par les Parlements des États-Membres. C’est la méthode la plus lourde et la plus lente pour adopter un accord. C’est aussi la plus dangereuse, car il va falloir convaincre quelques radins de premier ordre comme les Bataves, les Danois ou les Autrichiens, de mettre la main au portefeuille. 

Tout porte à croire que Macron et la bande des dépensiers entament ici un périple entre le parcours du légionnaire et le chemin de croix, dont l’issue est bien incertaine à ce stade. 

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Future renégociation des traités

Mais surtout, cet ensemble s’accompagne d’une promesse non gravée dans le marbre formulée par Angela Merkel : la renégociation des traités, qui devrait valider une intégration budgétaire renforcée dans l’Union. Nous avons évoqué ce point pour nos lecteurs la semaine dernière, qui ont bénéficié des informations de la presse allemande passées inaperçues en France. Nous en avons même évoqué les dessous…

Dans la pratique, la chancelière répond à l’arrêt de la cour de Karlsruhe, qui avait considéré que la politique de la BCE outrepassait les traités et nuisait à la souveraineté allemande. Contrairement à ce que certains éditorialistes français mal informés ont annoncé toute la semaine, Merkel ne s’est pas laissée cornériser par cet arrêt : elle a décidé de le dépasser en modifiant les traités… et en autorisant ainsi, à terme, une politique budgétaire plus offensive, qui rendra les interventions de la BCE beaucoup moins sensibles. 

Protection de l’industrie allemande

Pour quelle raison l’Allemagne, et singulièrement Angela Merkel, se sont-elles subitement converties à la solidarité, après des décennies de bougonneries avaricieuses ? Nous l’avons expliqué la semaine dernière : Merkel anticipe un durcissement des règles environnementales en Europe dans « le monde d’après ». Ce durcissement pénalisera l’industrie allemande et remettra en cause le modèle rhéno-prussien de développement. 

Pour éviter cet écueil douloureux, Merkel échangera donc le joujou dont rêve Macron – le budget européen – contre des règles environnementales favorables pour l’industrie allemande. Autrement dit, pour l’Europe du Sud devienne un immense camp de vacances, l’Allemagne obtiendra une forme de protectionnisme industriel contemporain qui tuera tous ses concurrents. 

En soi, cette logique où les pays du sud de l’Europe deviendront les sous-traitants de l’Allemagne et ses salariés bénéficiant de larges congés payés devrait pleinement satisfaire les Français, qui sont d’ores et déjà des pratiquants fidèles de cette religion, même si de temps à autre ils grognent sur la pénurie de masques ou de vaccins que cette division internationale du travail cause en cas de pandémie. 

Renforcement de la suprématie industrielle allemande

Il ne faut donc pas se méprendre sur le sens du tournant opéré par la diplomatie allemande en Europe. En apparence, Merkel met un genou à terre en lâchant 500 milliards pour les plus pauvres, et singulièrement pour l’Italie. Sur le fond, elle vendra chèrement cette concession dont elle prend l’initiative, en asphyxiant progressivement l’industrie italienne, mais aussi l’industrie française ou espagnole, ou ce qu’il en reste. 

D’ici à 2030, l’Allemagne obtiendra que, en échange de sa générosité à 100 milliards, les Italiens, les Espagnols, les Français, doivent respecter des normes environnementales et des quota de production de CO2 beaucoup plus contraignants que l’industrie allemande. 

Mais de cette distorsion de concurrence, quelle cigale française se souciera vraiment ? L’Allemagne paiera