dim. Juil 12th, 2020

La déliquescence de la République En Marche poussera-t-elle Macron dans une fuite en avant ?

La République En Marche fut un mouvement de circonstance destiné à porter la candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle. Trois ans après la victoire de mai 2017, le parti n’est plus, ou presque. Il part en quenouille. Cette déliquescence pourrait pousser le Président à rebattre les cartes pour 2022. 

La République En Marche est morte. Vive la République En Marche ! le parti présidentiel (appellation qui, en soi, évoque la douce musique d’une République bananière, et illustre à merveille l’affaiblissement de la démocratie représentative en France) se délite à une vitesse impressionnante, manifestement accélérée par la recomposition d’après coronavirus, et par l’approche de la prochaine course pour l’Élysée. À quoi servent encore les partis, à part à rassembler des candidatures pour les élections ? Pour Emmanuel Macron, il peut être tentant de répondre : à rien… sauf à les perdre quand on les écoute trop. 

L’heure des coups de poker revient, et ils pourraient prendre tout le monde à revers désormais. 

Macron a vraiment eu très chaud à Paris

Première mauvaise nouvelle pour le Président, on avait perdu le soldat Buzyn. Alors que le deuxième tour des municipales se tiendra fin juin, Agnès Buzyn est restée aux abonnées absentes jusqu’à ce mardi après-midi, reportant même la réunion de reprise de campagne. 

Finalement, après de longs conciliabules où, si l’on en croit le Monde, le premier ministrable François Bayrou et le conseiller CFDT de l’ombre Philippe Grangeon ont joué un rôle essentiel, la baleine échouée Agnès Buzyn a accepté de revenir aux manettes d’une campagne qui promet d’être un chemin de croix. Qui sait ! peut-être surprendrons-nous prochainement Agnès Buzyn en train de brûler un cierge dans une église en implorant la mère de Jésus, pou peut-être Sainte-Rita, de la sauver des périls où elle va se trouver. 

Car, en tant que tête de liste et cheffe de file (si, si, ça se dit!), elle devra notamment participer au débat sommital avec Anne Hidalgo et Rachida Dati. Ce spectacle relèguera sans doute le catch féminin dans la boue au rang de spectacle pour première communiante. Le fait que toutes les têtes de liste parisiennes soient préemptées par des femmes aura donc le bon goût (très inattendu, comme quoi, les effets pervers, hein…) de réanimer le machisme le plus rétrograde. Trois femmes s’envoyant les assiettes et les couverts à la figure, quel spectacle délicieux, qui illustrera une fois de plus l’obsolescence de la démocratie représentative dans un univers marqué par la réaction des élites. 

D’ici là, on a failli avoir une municipale sans le parti présidentiel, encore à ce jour majoritaire à l’Assemblée (même si cette majorité est relative). L’ère Macron nous aura au moins autant amusé qu’une série sur Netflix.

Inflation de groupe dissidents à l’Assemblée Nationale

La déliquescence de la République En Marche est si rapide qu’on n’a plus le temps de suivre les vagues de défections qui se succèdent à l’Assemblée Nationale. La semaine dernière, c’était le sympathique groupe « En Commun » qui se créait, association qui souhaite peser sur le destin du parti, de la majorité, du pays, du monde sans doute. Puis il y a eu un groupe dissident de 17 députés emmenés par Cédric Villani et Matthieu Orphelin, qui devrait former l’aile gauche de la majorité avec « Écologie, Démocratie, Solidarité », dont le nom a du tout de l’initiative prise par une association paroissiale en mal de frissons. Et maintenant, il y a une nouvelle initiative, avec « Agir ensemble », qui regroupera 17 députés

L’Assemblée Nationale compte désormais 10 groupes parlementaires. Et on n’y ajoute pas les francs-tireurs comme Nicolas Dupont-Aignan et autre Rassemblement National, qui agitent l’Assemblée sans disposer du nombre qui permet de peser. L’imbroglio est tel que le compte de la majorité réelle de Macron à l’Assemblée devient compliqué. On parle désormais de 281 députés affiliés à En Marche, là où la majorité absolue est à 289 députés…

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Comment Macron a dynamité la notion de démocratie représentative

En 2017, beaucoup d’esprits caustiques avaient expliqué que Macron avait dynamité la droite et la gauche traditionnelles. Ce n’était pas une remarque infondée si l’on se réfère à l’état de la gauche aujourd’hui (qui continue à être un marais informe dès qu’on quitte Jean-Yves Le Drian jusqu’à ce qu’on arrive à Jean-Luc Mélenchon). C’est un peu moins vrai (mais un peu moins seulement) si l’on regarde l’espèce de paysage incertain, fait de bocages et de marais, entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen.

Mais l’astuce imprévue est qu’Emmanuel Macron est aussi très doué pour dynamiter son propre camp, qui ressemble désormais à un capharnaüm en attendant d’être aussi chaotique que Verdun. Mais au rythme où va la majorité, cette éparpillement façon puzzle ne saurait tarder. 

Macron doit-il chercher une majorité ?

D’une certaine façon, Emmanuel Macron a fait table rase du champ politique. Il a, dans un fantasme bonapartiste, grillé les corps intermédiaires et installer un champ de ruines entre l’opinion et le Président. Plus aucun parti, plus aucun syndicat, n’est désormais capable de s’opposer à lui. Cette dévastation, qui concernait seulement les oppositions jusqu’ici, s’est désormais étendue à la République En Marche elle-même. 

Est-ce un handicap ? Macron pense vraisemblablement que le véritable pouvoir législatif s’appelle la télévision, et qu’il contrôle celle-ci sans trop de difficultés. Dans ces conditions, pourquoi faire des contorsions pour conserver une majorité parlementaire, quand la relation directe et la stratégie d’alliance au coup par coup permet de tout faire ou presque ?

D’où ses discussions interminables avec un allié aussi fiable que François Bayrou, grâce à qui il pourra dormir sur ses deux oreilles sans craindre d’être trahi (ceux qui ont suivi la campagne de 2017 se souviendront des mots de Bayrou pour Macron dans les tout premiers mois)… On le voit, la campagne de 2022 a commencé, et Macron négocie son bout de gras en profitant de la concupiscence sans limite de ses partenaires. Dans ces conditions, pourquoi s’en faire ?

Tant que le cordon sanitaire autour du Rassemblement National tient, la situation est sous contrôle. Il n’existe aucun risque que l’archipélisation des partis traditionnels ne mette en cause l’avantage acquis par le candidat du « système ». 

Cette évidence explique la crainte de Macron de voir émerger un candidat de la société civile, qui serait la seule menace possible (selon lui) à sa réélection.

Macron a les cartes en main

Dissoudre l’Assemblée et organiser une cohabitation pour se refaire une virginité (et un peu de repos avant un autre mandat) ? Organiser un grand virage à gauche pour couper l’herbe sous le pied de la grogne ? Proposer l’union nationale pour tuer les partis traditionnels et remettre le Rassemblement National en quarantaine ? Toutes les options sont ouvertes, et, quant à leur choix, Macron a un seul ennemi : lui-même. Sa tentation pourrait être de rabattre les cartes en se passant allègrement des grognons bornés du Parlement. Elle pourrait être de relancer les dés pour une nouvelle aventure, en comptant sur les freins naturels imposés par l’institution et la constitution pour assurer assez naturellement la réélection du sortant. 

Mais c’est aussi le vice de la machine. La Vè République est née du coup d’État jamais avoué par De Gaulle en 1958. Macron y a pris le  pouvoir « par effraction ». Il s’accroche aux parois contre vents et marées. Sa capacité à naviguer sur la cupidité (dans tous les sens du terme) de ses opposants pour garder le pouvoir (notamment ne promettant aux jeunes loups de droite un poste de ministre) lui garantit une vraie chance d’être réélu. 

Mais si un électron libre surgissait… D’ici là, pour domestiquer l’opinion, pour la séduire, pour la contrevenir, il est incontestablement prêt à toutes les aventures. 

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