🎖Les aides de l’État ont-elles vraiment servi aux entreprises ?

Les langues commencent Ă  se dĂ©lier sur les aides de l’État aux entreprises et leur vĂ©ritable utilitĂ© pendant la crise. Entre les propos de Geoffroy Roux de BĂ©zieux sur les 70% d’entreprises qui n’auraient pas “touchĂ©” Ă  l’argent de leur prĂȘt garanti et les chiffres du TrĂ©sor qui montrent que cette proportion serait de prĂšs de 95%…. on en vient Ă  se demander si la mobilisation de l’État avait du sens. 

Les aides de l’État aux entreprises, qui ont sĂ©vĂšrement endettĂ© le pays, ou font peser sur le TrĂ©sor une vĂ©ritable menace quant aux risques de rĂ©alisation, Ă©taient-elles disproportionnĂ©es par rapport aux besoins ? La question se pose au vu des propos tenus de-ci de-lĂ  ces derniers jours au sein mĂȘme des rangs patronaux. 

Les aides de l’État Ă©pargnĂ©es Ă  70% selon le MEDEF

C’est d’abord Geoffroy Roux de BĂ©zieux, prĂ©sident du MEDEF, qui intrigue par les propos qu’il a tenus devant les camĂ©ras de BFM TV sur le remboursement des prĂȘts garantis par l’État. Alors que Bruno Le Maire doit rĂ©gler la question de la prorogation Ă©ventuelle de ces prĂȘts, le prĂ©sident du MEDEF, Ă  l’occasion de ses universitĂ©s d’Ă©tĂ©, a soutenu que, “selon la FĂ©dĂ©ration bancaire”, 70% des entreprises n’avaient pas touchĂ© aux prĂȘts qu’elles avaient reçus. Il s’agirait d’une Ă©pargne de prĂ©caution, en quelque sorte, que les entreprises auraient obtenu de leur banque avec la garantie (dont le total s’Ă©lĂšve Ă  300 milliards, rappelons-le) de l’État. 

On n’est pas bien sĂ»r du chiffre (on va voir pour quoi), mais il donne une bonne tendance : de nombreuses entreprises n’avaient pas besoin, durant le confinement, de tout cet argent. Et elles en avaient d’autant moins besoin que l’État prenait par ailleurs en charge le paiement des salaires pour ceux qui le voulaient. 

Bref, on peut se demander si l’argent mis sur la table Ă©tait bien calibrĂ© ou bien ciblĂ©. 

La direction du Trésor en rajoute une louche

La direction gĂ©nĂ©rale du TrĂ©sor produit des chiffres encore plus “optimistes”, en reprenant les Ă©lĂ©ments fournis par la Banque de France. Selon la cheffe Ă©conomiste du TrĂ©sor, les entreprises ont demandĂ© 152 milliards de prĂȘts garantis, soit la moitiĂ© seulement des lignes ouvertes par l’État. Elles n’en ont utilisĂ© que 10 milliards. Le reste (142 milliards, donc) a fini dans la trĂ©sorerie de ces entreprises. 

LĂ  encore, on peut se demander s’il Ă©tait bien nĂ©cessaire de mettre en branle un dispositif aussi important pour simplement permettre aux entreprises de se rassurer avec de l’argent garanti par l’État. 

On pourrait disserter longuement sur les chiffres du TrĂ©sor, dont nous publions un graphique ci-dessus. On retiendra surtout qu’ils expliquent Ă  assez juste titre que les difficultĂ©s les plus Ă  craindre ne sont pas celles du confinement, mais de la reprise : “s’étant endettĂ©es pendant la crise, un certain nombre d’entreprises seront en risque d’insolvabilitĂ© (dettes plus Ă©levĂ©es que les actifs de l’entreprise)”.

Hausse des défaillances de 70%

Au passage, on peut se demander d’oĂč vient le chiffre de 70% d’entreprises qui n’auraient pas touchĂ© au magot, selon “FĂ©dĂ©ration Bancaire Française”, quand le TrĂ©sor parle plutĂŽt de la Banque de France. On notera que, selon le cabinet Altares, le nombre de dĂ©faillances d’entreprise devrait croĂźtre cette annĂ©e de 70% pour flirter avec les 100.000 faillites. Roux de BĂ©zieux aurait-il confondu les deux sources et fait une synthĂšse un peu rapide des dĂ©faillances et des entreprises en bonne santĂ© ?

La question n’est pas bien importante. Elle souligne surtout l’enjeu qu’il y a dĂ©sormais Ă  soutenir les entreprises pĂ©nalisĂ©es non par le confinement, mais par la crise Ă©conomique. Sur ces points, le prĂ©sident du MEDEF a soutenu que tout allait bien, en rĂ©alitĂ©, et que les entreprises n’allaient pas licencier massivement. On fera les comptes Ă  la fin de l’annĂ©e. 

Tout indique en tout cas que les prochains mois seront chahutés. 

Vers une injection de 10 milliards de fonds propres ?

La direction gĂ©nĂ©rale du TrĂ©sor ne dit pas autre chose lorsqu’elle Ă©voque le risque d’insolvabilitĂ© Ă  venir des entreprises. Elle a mĂȘme le bon goĂ»t de proposer une mesure supplĂ©mentaire : l’injection de fonds propres dans les entreprises saines en difficultĂ©. 

Ainsi, selon la direction du TrĂ©sor : “En se limitant aux PME et ETI, la DG TrĂ©sor estime des besoins de recapitalisation de l’ordre de 10 Md€ pour quelques dizaines de milliers de TPE, PME, et petites ETI.  Bien entendu, ces estimations seront Ă  reconsidĂ©rer en fonction du sentier de sortie de crise et des dispositions du plan de relance (en particulier s‘agissant des baisses d’impĂŽts de production).” Il faudrait donc 10 milliards pour sauver “quelques dizaines de milliers” d’entreprises de la faillite. D’oĂč l’idĂ©e d’apporter ces 10 milliards d’argent public dans les prochains mois. 

Là encore, on demande à voir. La somme paraßt faible et surtout le calcul un peu rapide. Selon le Trésor, la baisse des impÎts de production permettrait de couvrir une partie de ces besoins. 

La France, ou la relance par les chefs de bureau

Dans cet ensemble, on voit bien que personne, dans les allĂ©es du pouvoir, ne dispose d’une vision “offensive” de la relance, c’est-Ă -dire d’un projet porteur d’avenir pour utiliser l’argent public mis sur la table de notre sauvetage Ă©conomique. Les responsables dĂ©lĂšguent aux chefs de bureau de Bercy la fonction d’imaginer l’avenir du pays. Alors que tout indique que cette crise est d’abord celle du capitalisme ancien, et ouvre des boulevards aux activitĂ©s innovantes, le TrĂ©sor parle de sauver indiffĂ©remment toutes les entreprises en difficultĂ© et n’aligne pas la moindre idĂ©e (mais pas plus que le MEDEF) pour investir dans des activitĂ©s porteuses. 

La saison budgĂ©taire qui s’ouvre, rehaussĂ©e de son plan de relance, devrait le confirmer : le gouvernement alignera des chiffres, des promesses, mais aucune idĂ©e. 

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3 commentaires
  1. Quand les gros maigrissent les maigres meurent.
    Pour ceux qui nous dirigent ils utilisent la loi des 80-20 de Pareto. C’est Ă  dire qu’il faut Ă  nos gouvernants privilĂ©gier 20% des citoyens, des entreprises, de l’économie pour asservir les 80% restants. Et cela fonctionne depuis deux siĂšcles avec la dĂ©monstration de Pareto mais depuis + de 5 siĂšcles avant que Pareto vienne confirmer le raisonnement..
    Une réflexion que je soumets à votre sagacité= Certains ont peur, du risque . Mon coup de colÚre et mon analyse de la situation du début de la pandémie de COVID19 en France = cliquez pour lire la suite : https://developpement-mental-semantique.com/mon-coup-de-colere-et-mon-analyse-de-la-situation-actuelle/

  2. tout ce que vous dĂźtes est vrai, ni le “pouvoir” ni les entreprises n’ont de projet, ce qui a fait repousser la prĂ©sentation du “plan de relance”
    Et si tout simplement Castex avait attendu l’universitĂ© du MEDEF pour avoir des idĂ©es, mais les MEDEF’s n’en avaient aucune ????
    Cela serait trĂšs grave !!!!!

  3. Ces chiffres sont plutĂŽt rassurants.
    Investir par l’endettement et ce serait le piĂšge mortel tendu par les Le Maire incompĂ©tents et inconscients.
    Le pb c’est le remboursement du prĂȘt… En le gardant au chaud son remboursement ne posera pas de pb.

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