🎖Justice aux ordres : l’effet Bayrou commence-t-il dĂ©jĂ  ?

François Bayrou n’est pas encore nommĂ© commissaire au Plan que dĂ©jĂ  les rumeurs vont bon train sur le retour de la justice aux ordres. C’est que, quoique Ă  la tĂȘte d’un parti centriste, l’Ă©phĂ©mĂšre ministre de la Justice d’Emmanuel Macron ne donne pas toujours dans l’eau tiĂšde ni dans la dentelle. L’Ă©viction brutale d’une conseillĂšre de Dupont-Moretti soulĂšve la question de la possible indĂ©pendance du Parquet dans les mois Ă  venir. 

Selon la Lettre A et le Canard EnchaĂźnĂ©, citĂ©s par Le Monde, la juge d’instruction qui avait mis en examen François Bayrou, et qui devait ĂȘtre conseillĂšre spĂ©ciale du garde des Sceaux, Charlotte Bilger, ne sera finalement pas confirmĂ©e au cabinet du ministre. L’intĂ©ressĂ©e, qui aurait renoncĂ© Ă  prĂ©sider la cour d’assises de Paris pour occuper ce poste, se trouve dĂ©sormais en perdition professionnelle… Mais pourquoi donc, aprĂšs trois jours passĂ©s auprĂšs du ministre, cette magistrate a-t-elle dĂ» plier bagage sans autre forme de procĂšs ?

Le Monde suggÚre la main de François Bayrou

Pour le Monde, qui commente abondamment cette Ă©viction, plusieurs Ă©lĂ©ments ont jouĂ© en dĂ©faveur de Charlotte Bilger. À commencer par son rattachement direct au ministre, dont la directrice de cabinet en titre aurait pu prendre ombrage. 

Dans la pratique, cette affaire dissimule mal un enjeu de taille : Dupont-Moretti, rĂ©putĂ© “Ă©lectron libre”, n’a pu choisir aucun des membres de son cabinet. L’Ă©viction de Charlotte Bilger l’isole dĂ©finitivement, puisqu’elle Ă©tait la seule dont il avait pu dĂ©cider le recrutement. VoilĂ  donc un ministre de la Justice complĂštement tenu par son administration et par le rĂ©seau des directeurs de cabinet directement pilotĂ© Ă  Matignon. 

Mais le Monde va plus loin, et n’hĂ©site pas Ă  rappeler que, lors de son bref passage place VendĂŽme, François Bayrou avait fait pression sur la magistrate qui Ă©tait alors en charge de l’instruction de son dossier.

Le Monde pense Ă  une intervention politique

Si l’on en croit le Monde, il serait donc plausible que l’entourage de François Bayrou, voire François Bayrou lui-mĂȘme, ait influencĂ© le gouvernement, probablement Emmanuel Macron en personne, pour que la louve de l’instruction n’entre pas dans la bergerie de la chancellerie. Il n’existe aucun Ă©lĂ©ment de preuve sur ce sujet, mais cette lecture des faits est plausible. 

Si elle se rĂ©vĂ©lait vraie (une rivalitĂ© avec la directrice de cabinet n’excluant pas une intervention au plus haut niveau “en plus”), l’affaire serait fĂącheuse. Elle confirmerait que, dĂ©sormais, le Parquet ne dispose pas de la moindre marge de manoeuvre, et que les juges rĂ©calcitrants font l’objet d’une chasse aux sorciĂšres. 

Macron prisonnier de l’ancien monde

Vraie ou fausse, cette interprĂ©tation laisse planer un soupçon d’apparente partialitĂ© du Parquet, qui est le point faible le plus Ă©vident de la justice française. Au lieu de dissiper toute forme d’ambiguĂŻtĂ© sur ce point, qui aurait rajeuni son image, Macron perpĂ©tue les doutes et l’ambiguĂŻtĂ©. 

En l’espĂšce, il s’agit peut-ĂȘtre de se mĂ©nager une amitiĂ© politique en sacrifiant l’indĂ©pendance de la justice. Mais on n’est pas sĂ»r que ce calcul-lĂ  soit gagnant Ă  long terme. Bien au contraire. Bayrou est le parangon de l’ancien monde, et ses excĂšs nuiront Ă  Emmanuel Macron tout entier. 

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