25 novembre 2020

Le courrier des stratèges

Prenez de l'avance sur l'actualité

Triste bilan de la gestion de la crise COVID par la France

Alors que le documentaire Hold-Up consacré aux dessous de la gestion du COVID fait déjà un tabac, les pouvoirs publics font l’impasse sur leurs insuffisances dans ce dossier qui promet d’être de plus en plus épineux. Et près d’un an après le début de l’épidémie, des évidences s’imposent : l’Etat a gravement failli dans ses missions, mais rien ne bouge et aucune conséquence n’est tirée du désastre. Inventaire.

La gestion de la crise COVID n’en finit pas d’être désastreuse en France, même si les habituels thuriféraires du statu quo répètent à l’envi qu’elle est désastreuse partout. Il n’en reste pas moins qu’elle ne produit pas partout la même défiance vis-à-vis des institutions, ni les mêmes dévissages économiques ciblés sur les petits entrepreneurs. Voici l’inventaire des principales défaillances de l’Etat en France, qui, dans une démocratie normale, induiraient immédiatement de profondes remises en cause du fonctionnement administratif.

Mieux vaut guérir que prévenir

Le principal point d’agacement, voire d’exaspération des Français tient à la stratégie globale de nos institutions, qui a systématiquement (et c’est une habitude nationale en matière de santé) ignoré la question de la prévention de la contamination autrement que par un confinement, et a tout misé sur la curation. En France, on ne cherche pas à maintenir les gens en bonne santé, on préfère les soigner quand ils sont malades. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous payons à prix d’or une assurance maladie et non, comme dans les autres pays, une assurance santé. La santé ne paie pas, la maladie rapporte.

Dès le mois de février, donc, la bureaucratie sanitaire en charge de la crise a mis le paquet sur l’hospitalisation des malades et les services de réanimation. Il fallait soigner.

Parallèlement, depuis octobre 2018, la bureaucratie sanitaire détruisait consciencieusement près de 800 millions de masques, et le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, nommé à ce poste après avoir fait la campagne de Macron et avoir envoyé au candidat une note sur l’impréparation de la France en cas de pandémie, refusait de reconstituer le stock. Il l’a détaillé devant la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale. Selon lui, le masque ne servait à rien dans la lutte contre l’épidémie, ou à pas grand-chose, et le grand public n’en avait en tout cas un besoin prioritaire.

Six mois plus tard, Jérôme Salomon est toujours en poste.

On pourrait en dire autant de la campagne de dépistage, que la France a été incapable de mettre en place correctement alors que, partout où elle a eu lieu, elle a permis d’enrayer l’épidémie. En panne de tests durant le premier confinement, les autorités sanitaires ont déployé une logique de moyens massifs cet été, en pure perte. L’opération devrait coûter plusieurs milliards à l’assurance maladie, mais le délai de transmission des résultats était si long que les cas suspects ont eu le temps, tout l’été, de contaminer des dizaines de personnes avant de se savoir malades.

En réalité, pour les autorités sanitaires, la prévention se limite à trouver un vaccin et, en attendant le vaccin, il n’y a rien d’autre à faire que de rester bloqué chez soi en fermant tous les petits commerces. Et tant pis si cette vision très restreinte de la prévention se traduit par des centaines de milliers de faillites. Les fonctionnaires qui agissent avec de telles limitations d’esprit savent qu’ils garderont, eux, leur salaire et leur emploi.

Depuis plusieurs années, plusieurs maux rongent l’Etat en France. La politisation des carrières, à l’abri d’un statut qui garantit l’emploi à vie, en est le principe originaire. Cette politisation favorise l’esprit courtisan et décourage la compétence. Elle assure le règne du « pas de vague » et tue par avance toute réforme ou toute performance. Elle favorise plusieurs métastases : l’incompétent servile fait une meilleure carrière que le décideur efficace. L’amateur plaisant dame le pion au professionnel exigeant. Le connivent étouffe l’honnête. Le couard poignarde le courageux. Le médiocre pourrit l’intelligence.

Abonnez-vous à notre newsletter Rester libre !

Abonnez-vous à cette newsletter quotidienne gratuite, énergisante, qui vous dit l'essentiel pour rester libre dans un monde de plus en plus autoritaire.

Bureaucratie sanitaire et choix allopathiques contestables

S’agissant des médicaments efficaces contre le virus, là encore, les autorités sanitaires ont fait des choix bien étranges, qui mériteraient une vraie enquête judiciaire sur des distorsions dans les décisions prises.

Ainsi, alors que le gouvernement dépensait 100 milliards pour l’hydrogène et la transition climatique, et pour quelques autres mesures comme le chômage partiel, il ne trouvait pas 10 millions pour aider l’institut Pasteur de Lille à adapter les modes d’administration de l’interféron auquel certains prêtent des vertus contre le virus. Idem pour l’ivermectine développée à Montpellier. Sans parler du conflit autour de l’hydroxychloroquine, proposée en France mais contre laquelle la France est devenue championne de la haine quand cette molécule est largement prescrite dans le monde.

En revanche, les autorités sanitaires ont déroulé le tapis rouge à la molécule la plus chère du marché : le Remdesivir de Gilead, qui a déjà rapporté 900 millions $ au laboratoire américain, dont 300 millions grâce aux seuls achats de l’Union Européenne. Pourtant, l’OMS en a souligné l’inefficacité et même la dangerosité pour les reins. Les médecins français autorisés ont eux-mêmes dit tout le mal qu’ils en pensaient, en émettant notamment un avis défavorable à son remboursement par l’assurance maladie.

Pourquoi le président de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament a-t-il délivré une autorisation temporaire d’utilisation au Remdesivir, alors que la communauté scientifique s’y opposait ? Dans une démocratie normale, une commission parlementaire s’empare immédiatement du sujet et demande des comptes. Mais pas en France.

L’amateurisme courtisan fait roi

Depuis plusieurs années, plusieurs maux rongent l’Etat en France. La politisation des carrières, à l’abri d’un statut qui garantit l’emploi à vie, en est le principe originaire. Cette politisation favorise l’esprit courtisan et décourage la compétence. Elle assure le règne du « pas de vague » et tue par avance toute réforme ou toute performance. Elle favorise plusieurs métastases : l’incompétent servile fait une meilleure carrière que le décideur efficace. L’amateur plaisant dame le pion au professionnel exigeant. Le connivent étouffe l’honnête. Le couard poignarde le courageux. Le médiocre pourrit l’intelligence.

Cette prolifération cancéreuse débouche sur la gestion de crise telle que nous l’avons vue cette année. On doit à Philippe Douste-Blazy d’avoir rappelé qu’il avait, au début des années 2000, bâtit un plan complet de lutte contre les pandémies, qui planifiait la production de masques, leur distribution, les réquisitions d’usine à cette fin. Tout était écrit à l’avance.

Jérôme Salomon a manifestement utilisé ce plan pour soutenir une armoire de bureau, ou pour poser la machine à café de son service qui, paraît-il, travaille beaucoup (c’est ce qu’il a déclaré au Parlement). Toujours est-il que Salomon et son équipe de choc ont découvert la pandémie comme une poule qui marche sur un couteau. Les récits livrés par la presse ont souligné dans quelle improvisation le ministère a réagi, après avoir refusé de sauver l’usine bretonne capable de fabriquer des masques en urgence. Et l’on passe ici sur le recours en urgence au cabinet de conseil américain Bain, sans doute à prix d’or, qui joue les ventriloques et gère la crise à la place de fonctionnaires qui se sentent débordés et indispensables à la nation.

Le désastre français n’était pourtant pas inévitable. Les plans de bataille existaient dans les tiroirs de l’état-major. Mais la médiocrité du personnel, avachi par la décadence profonde de notre administration mal dirigée, a fait son œuvre.

Et Jérôme Salomon est toujours en poste.

Paralysie de la démocratie

L’argument donné par les Patrick Cohen et autres adeptes de la nomenklatura française est audible : les autres n’ont pas fait mieux. C’est probablement vrai, mais ils ont eu le mérite de le faire pour moins cher que l’administration française. Nous avons dépensé des milliards pour des tests inutiles. Nous dépensons des milliards pour des médicaments inefficaces. Nous brûlons des milliards pour nourrir une impressionnante bureaucratie non seulement inefficace, mais toxique. On pense aux cohortes des Agences Régionales de Santé (ARS) qui flanquent la nébuleuse d’agences comme Santé Publique France, qui flanquent l’administration pléthorique du ministère de la Santé.

Toute cette bureaucratie est non seulement incontrôlable, mais prétend diriger ce pays en étendant sur lui sa mauvaise gouvernance : torpillage des médicaments français au profit des laboratoires américains, torpillage des petits commerces français au profit d’Amazon, et la liste n’est pas limitative. Face à cette bureaucratie, la démocratie paraît étrangement léthargique. Le pouvoir est désormais confié à une technostructure qui, au nom de l’urgence sanitaire, a confisqué le pouvoir.