25 novembre 2020

Le courrier des stratèges

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Black Friday : le grand délire de l’économie administrée continue

Le Black Friday arrive… et devrait donner le coup de grâce aux petits commerçants contraints à la fermeture par une réglementation absurde. Au lieu de les autoriser à réouvrir alors qu’ils sont au bord du gouffre, Bruno Le Maire tente de cacher la misère en négociant un improbable report de date avec Amazon. Une fois de plus, l’économie administrée à la française montre combien elle est dépassée dans un marché mondialisé par Internet. 

Le cirque médiatique auquel nous assistons autour du report éventuel du Black Friday organisé par Amazon vaut bien son pesant de cacahuètes. Il illustre à merveille comment, pour « corriger le capitalisme », et pour « protéger les populations », une économie administrée peut mettre en danger des centaines de milliers de commerçants et faire le jeu d’un acteur mondialisé au détriment des autres, jusqu’à lui accorder un quasi-monopole d’activité sans même lui demander de payer des impôts en contrepartie de cet avantage. Il paraît que l’élite au pouvoir en France est très intelligente mais entourée par des Gaulois réfractaires complètement idiots. Les apparences crèvent pourtant les yeux : les Français goguenards s’amusent et se désespèrent de voir ces petits marquis Je-sais-tout-mieux-que-vous les emmener dans le mur avec l’assurance des héritiers incompétents qui s’imaginent méritants. 

Acte 1 de la comédie : interdire le petit commerce

Par quelle paresse intellectuelle, par quelle haine du petit commerce, la bureaucratie sanitaire a-t-elle autorisé l’ouverture des écoles, des collèges, des lycées, des épiceries, des grandes surfaces, des administrations, mais a-t-elle ordonné à 200.000 travailleurs indépendants d’arrêter leurs ventes deux mois avant Noël ? On imagine bien d’ici la décision prise dans un obscur bureau de Bercy par un haut fonctionnaire qui a fait Sciences-Po et qui méprise hautement la « concurrence émiettée » (selon l’expression consacrée) que des Gaulois réfractaires imaginent pouvoir faire à Amazon et aux acteurs mondialisés des start-up nation. 

Tout le problème vient du fait qu’aucun contre-pouvoir n’existe plus, dans la macronie, pour recadrer ce haut fonctionnaire et ses pairs qui trouvent tout à fait normal de sacrifier 200.000 entrepreneurs sur l’autel d’une prétendue protection sanitaire. 

En mettant le doigt dans cet engrenage, l’équipe Castex a organisé son propre malheur. 

Acte II de la comédie : interdire aux grandes surfaces de vendre des produits non-essentiels

Face à la bronca déclenchée par cette mesure irrationnelle, étayée, soulignons-le, par aucun document scientifique prouvant qu’un petit commerce non-essentiel deviendrait un cluster, le gouvernement a d’abord persévéré diaboliquement dans son erreur en demandant aux grandes surfaces de fermer les rayons de produits non-essentiels. 

Tous ceux qui fréquentent ces magasins savent combien cette fermeture est illusoire. Dans la pratique, il est possible de se ravitailler en biens non-essentiels dans les grandes surfaces, bien entendu, puisque le principe même du marketing est d’imbriquer les rayons pour mieux vendre. 

Acte III de la comédie : repousser le Black Friday

Amazon, qui ne paie pratiquement pas d’impôts, mais emploie directement 9.300 salariés en France, est désormais au coeur d’une revendication hallucinante exprimée par Bruno Le Maire : reporter le Black Friday, prévu le 27 novembre, à une date postérieure au déconfinement partiel qu’on nous promet. 

Autrement dit, pour éviter de reprendre le contrôle de son administration, le gouvernement demande aux entreprises du monde entier de bousculer leur fonctionnement… Le délire triomphe en France. 

Acte IV de la comédie : les commerçants toujours trop peu aidés

Pendant ce temps, le préjudice créé aux commerçants par les décisions absurdes de l’Etat sont toujours très peu indemnisés. Un amendement à la loi de finances rectificative devrait dégager un milliard supplémentaire pour mieux couvrir les pertes d’exploitation. Mais l’effort est très insuffisant par rapport au coût faramineux du chômage partiel qui protège les salariés. 

Les dégâts causés par la mal-administration du pays sont durables, et douloureux. 

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