Pour en finir avec le mythe d’une diminution “néo-libérale” des lits de réanimation

Les "politiques néo-libérales" ont-elles contribué à diminuer le nombre de lits de réanimation en France ? Cette croyance, qui fait désormais partie de la vulgate gauchisante, est totalement démentie par les faits. En réalité, les néo-libéraux ont supprimé, en 20 ans, 70 lits sur 5.500, soit 1,5% de l'ensemble. On est trop loin du massacre affiché, sans compter que, dans le même temps, la France dispose de 6.000 lits de soins intensifs, dont le volume a augmenté de 10% durant les années 2010. Un petit rappel chiffré s'impose ici pour contre-carrer les grands fantasmes selon lequel la crise sanitaire a sévi en France à cause d'une diminution des moyens attribués à l'hôpital public.

C’est désormais une tarte à la crème, à laquelle le gouvernement (par une arrogance absurde) ne prend pas le temps de répondre. Mais il paraît que la France est débordée par le COVID à cause des politiques néo-libérales menées pendant 20 ou 25 ans, qui ont mis l’hôpital public à sec. Nous avons déjà montré, en termes macro, combien cette affirmation est fausse et malhonnête

Pour répondre à des interrogations souvent malicieuses, nous avons décidé aujourd’hui de nous attarder sur l’évolution des lits d’hôpitaux et spécialement des lits de réanimation depuis 20 ans, histoire de faire taire les “approximations” qu’on lit partout. 

Le nombre de lits de réanimation est resté inchangé en 20 ans

Premier mensonge : le nombre de lits de réanimation aurait été drastiquement réduit par les néo-libéraux. Problème : c’est le contraire qui s’est produit. 

Voici le tableau que les Données sanitaires de 2003, fournies par la DARES, affichaient :

Comme on le voit, la  France comptait en 2001 5.503 lits de réanimation, répartis dans 455 établissements. Autrement dit, les établissements dotés d’une unité de soins intensifs déclaraient en moyenne 11 lits. 

Il est intéressant de comparer ces chiffres avec ceux des années 2010, qu’on retrouve ici :

Ces chiffres sont tirés des dernières données de la DREES. Ils indiquent que, de 2013 à 2019, le nombre de lits de réanimation a très légèrement augmenté. 

On peut contester la proportion de cette augmentation, mais on est loin de la saignée inventée de toutes pièces par les pourfendeurs du libéralisme. 

Un effort porté sur les soins intensifs

Les mêmes dernières statistiques montrent que, entre 2013 et 2019, le nombre de lits en soins intensifs a sensiblement progressé : de 5.398 à 5.955. Soit une hausse de 10% en quelques années, bien loin de la coupe sombre dénoncée par la doxa gauchisante. 

Les changements de méthodes statistiques rendent difficile une comparaison à plus long terme. Mais un fait est acquis : il n’y a pas eu de saignée, ni dans les lits de réanimation, ni dans les lits de soins intensifs, durant la dernière décennie. 

La théorie, en particulier, selon laquelle Emmanuel Macron aurait taillé dans les moyens hospitaliers au nom de demandes néo-libérales exprimées par la Commission Européenne, est grotesque. 

On fera le même commentaire sur les lits de surveillance continue, dont le nombre a cru de 650 depuis 2013.

D’où vient la fake news de la baisse des moyens hospitaliers ?

Alors comment expliquer cette fausse rumeur, répandue avec beaucoup d’aplomb, selon laquelle les moyens des hôpitaux auraient diminué sous l’effet de politiques néo-libérales ? Elle tient surtout à la diminution réelle et massive (et salutaire) du nombre de lits d’hôpitaux “ordinaires”, rendus inutiles par les progrès de la chirurgie. 

Contrairement, là encore, à la propagande étatiste qui fait croire que ces lits d’hospitalisation complète ont été purement et simplement supprimés pour des raisons d’économie, il faut préciser qu’ils ont été remplacés par un nombre supérieur de lits dits d’hospitalisation partielle (ou de jour, ou de chirurgie ambulatoire). 

Le graphique suivant donne une bonne idée de ce qui s’est produit : 

Comme on le voit, l’hospitalisation complète (c’est-à-dire pendant au moins 24 heures) s’est stabilisée autour de 12 millions de nuits annuelles, alors que l’hospitalisation partielle (soins concentrés sur une journée) a augmenté de 3 millions de journées en une dizaine d’années. 

Progressivement, l’offre de lits “complets” est donc devenue moins importante, du fait de la réduction tendancielle des séjours à l’hôpital. Mais il faut souligner que la réduction de cette offre, répétons-le, n’a concerné ni la réanimation, ni les soins intensifs. 

Elle n’a donc eu aucun impact, contrairement aux absurdités relayées dans certains milieux, sur la prise en charge du COVID. 

Le désert français favorisé

Il existe par ailleurs une inégalité donc personne ne parle. Il s’agit de l’inégalité géographique. Là encore, un bon graphique vaut mieux qu’un long discours. 

Contrairement aux idées reçues, une fois de plus, la densité de lits par habitant ne favorise pas les plus favorisés. Si Paris reste une exception, mais qui draine à elle une région de 12 millions d’habitants largement “sous-équipée” par rapport à la ville-centre, les zones les plus équipées en lits d’hôpital sont le Massif Central, les Alpes, les Pyrénées et globalement les départements les plus ruraux. 

On évitera donc soigneusement de penser que l’offre hospitalière favorise les urbains. C’est plutôt le contraire. Mais de la pléthore d’hôpitaux dans des régions quasi-désertiques, et de leur insuffisance dans les banlieues qui ont explosé démographiquement depuis 70 ans, peu de gauchisants s’en soucient. 

Pas de saignée néo-libérale, donc

Autrement dit, et contrairement aux élucubrations lues un peu partout, s’il est un fait que les lits d’hôpitaux traditionnels ont progressivement cédé la place à une forme d’hospitalisation plus légère, moins traumatisante, mieux proportionnée aux besoins des malades, ni la réanimation ni les soins intensifs n’ont souffert d’une diminution de moyens ces dernières années. 

Redisons-le : l’augmentation des moyens, supérieure à l’inflation, connue ces dernières années a surtout servi à créer des emplois de bureaucrates, pas à mieux soigner les malades.  La bureaucratie, un mal si français. 

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5 commentaires
  1. l’augmentation des moyens, supérieure à l’inflation, connue ces dernières années a surtout servi à créer des emplois de bureaucrates, pas à mieux soigner les malades. La bureaucratie, un mal si français.

    On est bien d’accord : les soignants eux-mêmes (sous payés) se plaignent du temps perdu en bureaucratie au détriment des malades.
    Combien d’administratifs superfétatoires à la place des soignants en sous-effectif ?
    Comme le disait Clémenceau : « La France est un pays très fertile : on y plante des fonctionnaires, il y pousse des impôts ! ».

    1. soyons sérieux, le soignants de l’hopital ne sont que des branleurs merdeux et je suis bien placé pour le dire : ma fille a la maladie de Lyme et nous avons été rejetés de TOUS les hopitaux : seuls 2 médecins libéraux nous ont aidés !!!!
      Par ailleurs, et quand je vois la nullité des médecins libéraux dans nos petits villages, je préfère ne pas en avoir : un ami a très mal dans le dos, son médecin lui fait une piqure contre la douleur mais ne l’envoie pas chez un kiné pour savoir si il n’y a pas de nerfs coincé !!! ainsi la personne ne pourra plus rien faire car la douleur revient très régulièrement !!!

  2. On nous apprend en sciences sociales que les statistiques on leur fait dire ce qu’on veut, consciemment ou non, à travers nos “biais cognitifs”. C’est sans doute plus ou moins vrai…selon la profondeur des analyses, des situations et des conclusions qu’on en tire. En opposition ou plutôt en complément à cet article interpellant et très intéressant je dois dire, je propose la lecture de celui-ci : “covid 19 – du mythe aux statistiques” : cela concerne LE covid (oui, j’en reste à LE c’est comme ça 🙂 ) mais aussi les hôpitaux. C’est ici : http://www.deboutlafrance.fr/2021/02/covid-19-du-mythe-aux-statistiques/ (le biais cognitif dans cet article, c’est sans doute l’insoumission :-))

  3. Il y a plusieurs biais dans cette analyse : tout d’abord dans la période concernée, le seuil d’âge de la réanimation a beaucoup augmenté : on réanime maintenant des personnes de plus de 80 ans ce qu’on ne faisait pas. Or celles-ci restent alors plus longtemps en réanimation. Il convient donc de savoir si on a financé ce progrès technologique. D’après ce que j’ai lu, cela aurait dû conduire à doubler le nombre de lits de réanimation et cela ne fera qu’augmenter (le nombre de personnes de 80 ans et plus augmente). S’agissant du remplacement des lits de séjour par des lits d’ambulatoire pour le dire vite, il faut quand même savoir qu’une hospitalisation courte nécessite plus de personnels par malade et par jour qu’une hospitalisation longue : on n’est hospitalisé que le temps de soins plus intensifs, plus techniques etc.
    Il faudrait ensuite réfléchir établissement par établissement à l’organisation du travail plus efficiente : actuellement l’hôpital est géré et managé de manière statutaire et bureaucratique : les différents métiers sont gérés en silos : le cadre de santé commande les infirmiers, les psychologue chef les psychologues,etc. et la notion d’équipe pluridisciplinaire autour du patient n’est pas prise en compte : le médecin passe par le cadre de santé pour donner un ordre “aux soins infirmiers” et non pas à l’infirmière de l’équipe. Ceci est renforcé par la soit disant rationalité de la polyvalence, les personnels soignants peuvent tourner entre les services.Enfin il faut savoir que les 35 heures, mais aussi le fait de l’absentéisme pour diverses causes, (formation, congés courts etc.) désorganise sans cesse les équipes. Tout ceci conduit aussi à cette impression pour les soignants d’être sans cesse débordés : finalement ils ne connaissent pas les malades, qui passent de moins en moins de temps, cela a des avantages, mais aussi des inconvénients, il faudrait savoir combien de réhospitalisations sont dues au modèle de la chirurgie maintenant appliqué à toutes les pathologies. En psychiatrie, ce système du racourcissement du séjour est délétère et n’est pas bien évalué : en effet, on compte les durées moyennes de séjour, mais non pas le nombre de jour d’hospitalisation par année pour un même patient, on fait sortir les malades le vendredi pour avoir des lits disponibles pour le week end, car les services de jour (hôpitaux de jour, Centre médico-psychiatrique, divers équipements extra hospitaliers, sont fermés de plus en plus longtemps pendant le week end (souvent du vendredi 15h au lundi 14h) et donc les urgences débordent. Bref, il y a tout un travail à faire sur l’utilisation du temps de travail des soignants à l’hôpital. La réflexion sur les lits et la gestion statutaire des personnels ne le permet pas. Il y a quand même une absurdité à penser que l’on pourrait organiser le travail et la production dans toutes les exploitations agricoles de France de la même façon. L’hôpital public (et un certain nombre d’établissements privés qui ont un siège très important et inefficient) est géré comme un service administratif. La question n’est pas seulement qu’il y ait trop d’administratifs (j’ai déjà dit ici comment on pourrait en supprimer beaucoup en allégeant les fonctions de facturation et transmission à la SS) mais qu’on gère les soignants comme des personnels administratifs.

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