Le néo-libéralisme en France, c’est quand même un déficit de la Sécurité Sociale à 39 milliards €

Il paraitrait que la France soit un paradis pour le néo-libéralisme... Pourtant, la lecture des chiffres concernant nos comptes publics souligne de façon évidente que l'Etat en France est bel et bien présent... et qu'il dépense sans compter. La preuve : le ministre des comptes publics s'est réjoui hier que le déficit de la sécurité sociale ne soit que de 39 milliards €. Un trou colossal dont personne n'aurait jamais imaginé l'ampleur. Mais le "néo-libéralisme" français s'en réjouit.

La France, paradis du néo-libéralisme selon des pans entiers de l’opinion publique, vient donc d’afficher un record dont Olivier Dussopt tire un titre de fierté : l’économie française a mieux résisté à la crise que prévu, puisque le déficit de la sécurité sociale pour 2020 ne sera que de 39 milliards €, au lieu des 49 initialement pressenti lors des débats budgétaires de l’automne. 

C’est la fête ! pour un peu, la France exhiberait ce chiffre comme une immense réussite. Avec un peu de malice, Bercy aurait pu prévoir, en octobre 2020, un déficit de 80 milliards pour l’année en cours. Cela aurait permis à Dussopt de clamer que le déficit est deux fois moins important que prévu, et de présenter cette déroute comme un triomphe. 

La masse salariale a mieux tenu que Bercy ne le craignait

Le différentiel de 10 milliards, soit une marge d’erreur de 20%…., s’explique par le sauvetage in extremis de la masse salariale. L’ACOSS, l’agence centrale de la sécurité sociale, en a publié les chiffres hier : finalement, la masse salariale globale n’a baissé “que” de 3,8% en glissement annuel. 

Comme on le voit ci-dessous, ce chiffre doit être rapporté à l’évolution globale de la masse salariale depuis 20 ans. Même au moment de la terrible crise de 2008 et 2009, un effondrement de ce type ne s’était pas produit…

Le gouvernement avait un temps craint que l’effondrement cataclysmique du premier confinement ne se reproduise. Mais la stratégie du gouvernement de limiter au maximum l’interruption d’activités a permis de sauver les meubles, et d’économiser 10 milliards de déficit sur la protection sociale. 

Comme quoi, le “néo-libéralisme” peut aussi se soucier de maintenir à flots autant que possible la protection sociale. 

La question du remboursement de la dette se posera 

Pour l’instant, il est un peu tôt pour dresser un état des lieux de la dette sociale qui s’accumule à grande vitesse, et qui s’ajoute à la dette de l’Etat. Dans les deux cas, la question du remboursement se posera, mais avec une acuité particulière pour la sécurité sociale. Il faudra en effet savoir quelle part de cette dette “COVID” a été, in fine, souscrite par la Banque Centrale Européenne. 

Pour l’instant, le gouvernement a fait le choix de faire porter l’effort sur les Français, en ne “cantonnant” pas la dette sociale contractée durant le confinement, et en programmant son remboursement par l’impôt (en l’espèce, la CRDS), ni vu ni connu. On verra si, dans la durée, cette solution est réaliste et a une chance de perdurer. 

Compte tenu de la virulence des débats sur ce sujet du remboursement, on peut avoir un doute. 

Le “néo-libéralisme” de la sécurité sociale coûte cher

C’est évidemment l’occasion de rappeler que le “néo-libéralisme” tel que peut l’incarner un opérateur monopolistique de protection sociale, coûte très cher aux Français. Dans la pratique, le manque de flexibilité des dépenses sociales impose une saignée terrible aux entreprises et aux salariés, à un moment où il faudrait plutôt donner du mou. 

Les cartes ci-dessous montre l’ampleur du désastre dans certaines régions :

En Ile-de-France, en Provence, en Corse, la masse salariale a baissé de 5 à 7% en 2020. Cette curée est d’abord liée au poids du secteur touristique dans ces régions, où il a fallu mettre au chômage des légions de salariés. Ce sont, par ailleurs, autant d’extras, autant de saisonniers, qui n’ont pas disposé des petites rentrées d’argent que les “saisons” leur apportaient. 

On n’a pas encore mesuré le coût social (notamment en termes de violence) que cette baisse produira dans la durée. Mais il faut avoir conscience que, sans une relance vigoureuse de l’activité, la paupérisation sera à nos portes… pire : elle est déjà là. 

La critique du “néo-libéralisme” mis à toutes les sauces est facile, mais la résolution des problèmes sera beaucoup plus compliquée. 

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