Quand Bercy s’essuie les pieds sur les parlementaires

Quand Bercy s’essuie les pieds sur les parlementaires


Partager cet article

Il ne s’en cache même plus : le personnel de Bercy a usurpé le pouvoir. Il n’a plus aucune retenue, même pas une sorte d’hypocrisie. Alors que seuls les Parlementaires ont le pouvoir de décider du budget et de l’impôt, ils en sont réduits à poser des questions à l’Administration sur les finances publiques, s’ils le désirent !

Monsieur Dussopt, Ministre Délégué aux Comptes Publics, est l’archétype du brillant jeune homme qui, durant toute sa vie, n’a jamais été payé avec autre chose que l’argent de nos impôts. Peu après sa sortie de Sciences Po Grenoble, il est devenu attaché parlementaire avant d’être élu au Conseil régional de Rhône-Alpes, puis à l’Assemblée nationale de 2007 à 2017. Désormais Ministre Délégué aux Comptes Publics, on attend toujours qu’il prenne part à une activité économique produisant la moindre valeur ajoutée comptable.

Curieusement, les dix ans de vie parlementaire de M. Dussopt sont passés sous silence dans sa biographie sur le site du gouvernement, alors que son rôle ministériel apparaît dans la rubrique « mandats électifs ». Ne serait-ce pas un indice supplémentaire du mépris des bureaucrates pour les élus parlementaires ?

Dans son intervention hier mercredi 17 Mars mais aussi en Novembre 2020,  M. Dussopt a tranquillement acté le fait que l’Administration avait usurpé le pouvoir de la représentation nationale.

Les bureaucrates usurpent le pouvoir des représentants du peuple

S’il y a bien un sujet politique, au sens le plus noble du terme, qui doit être décidé par les représentants du peuple réunis en assemblée, c’est bien celui de l’impôt et du budget de la nation. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, partie intégrante de notre Constitution, est on ne peut plus claire sur le sujet : ce sont les citoyens à travers la représentation populaire qui décident de l’impôt, de la dette, du budget. C’est la loi, c’est la Constitution.

Or, il faut entendre Monsieur Dussopt faire un éloge obséquieux du Président de la Commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis, pour comprendre le mépris dans lequel il tient nos représentants élus. Concernant le rapport sur l’avenir des finances publiques que M. Arthuis devait remettre au Premier Ministre aujourd’hui, notre ministre a affirmé avoir « toute confiance dans son indépendance de plume, mais aussi dans la qualité des propositions qui nous seront portées et que nous examinerons avec la plus grande attention. » Notre petit ministre a confiance, on croit rêver !

Plus grave, lors d’une récente intervention au Sénat début Novembre 2020, M. Dussopt avait annoncé au Sénat la mise en place d’un groupe de travail au sein de l’Administration pour réfléchir aux pistes de rétablissement des finances publiques. En réponse à la critique du sénateur LR Jérôme Bascher qui rappelait l’existence d’instances existantes chargées de cette tache, notamment le Parlement, notre ministre, par un incroyable renversement des valeurs, proposait d’auditionner les élus parlementaires qui le souhaitaient !

« Nous souhaitons si les parlementaires en sont d’accord, qu’ils puissent être auditionnés par des membres de ce groupe de travail (…) C’est une information que je donne au Parlement sur notre volonté de nous faire accompagner par des experts et des personnalités qualifiées dans ce domaine-là ».

Le ministre se fait accompagner dans ses décisions budgétaires par les parlementaires ! Elle est pas belle la vie de ministre !?

Ils ne s’en cachent même plus : la caste des administrateurs bureaucrates a subverti la démocratie et usurpé le pouvoir et elle l’assume tranquillement. Le mépris dans lequel elle tient nos représentants parlementaires et, à travers eux le peuple, n’a d’égal que la voracité avec laquelle elle utilise le pouvoir ainsi usurpé pour détourner à son profit le travail et le patrimoine des Français.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Médicaments : dès le 1er septembre, refuser un traitement de substitution vous coûtera cher
Photo by Roberto Sorin / Unsplash

Médicaments : dès le 1er septembre, refuser un traitement de substitution vous coûtera cher

À partir du 1er septembre 2026, refuser sans justification médicale un médicament hybride ou biosimilaire proposé par le pharmacien fera perdre le bénéfice du tiers payant. Le patient devra avancer la totalité du prix et pourra, dans certains cas, être remboursé sur la base d’un produit moins cher. Une décision technique en apparence, lourde de conséquences pour des millions d'assurés. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Retards SNCF : 70 millions d'euros d'indemnités que personne ne réclame
Photo by Loukian Jacquet / Unsplash

Retards SNCF : 70 millions d'euros d'indemnités que personne ne réclame

En 2023, 119 millions d’euros auraient dû être versés par le groupe SNCF au titre des retards, mais seuls 49 millions ont été réclamés par les voyageurs. Soit environ 70 millions d’euros laissés de côté, alors même que les procédures de compensation sont censées garantir les droits des usagers. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte,


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

283 milliards à dépenser avant la fin du mois : la panique bruxelloise
Photo by Christian Lue / Unsplash

283 milliards à dépenser avant la fin du mois : la panique bruxelloise

À quelques semaines de l’échéance de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), Bruxelles voit les États membres accélérer leurs dépenses pour ne pas perdre les crédits disponibles. Sur une enveloppe de 650 milliards d’euros, seulement 367 milliards avaient été versés, tandis que seulement 40 % des objectifs prévus pour août 2026 avaient été atteints. La Cour des comptes européenne redoute qu’une telle course au décaissement multiplie les erreurs. LE COURRIER DES STRATÈGES Rest


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany